Ce travail étudie le style philosophique de Tocqueville dans l'"oeuvre de pensée" qu'est De la Démocratie en Amérique (1835-1840). La double position de Tocqueville, penseur et homme politique, engage une rhétorique particulière à ce traité, qui met en forme le "type idéal" des démocraties à venir tout en définissant la ligne politique à tenir pour la France contemporaine dans la transition démocratique. Les deux livres de la Démocratie ont vocation à éclairer (c'est l'héritage de la philosophie des Lumières) un lecteur devenu citoyen et acteur politique. La prose tocquevillienne échappe cependant au didactisme, car Tocqueville, qui sait par ailleurs mettre très consciemment les lieux communs de l'éloquence traditionnelle au service de sa cause, formule aussi l'énigme démocratique, énigme du peuple, énigme d'une histoire ouverte, par le paradoxe et grâce à une poétique du "tableau de pensée". Les métaphores du fleuve et du cercle, l'ironie tocquevillienne traduisent ici la distance, là la "terreur" de l'observateur face à l'objet qu'il étudie. Dans cette enquête, qui met également au jour une philosophie du langage propre à Tocqueville, forme et fond sont indissolublement liés. La sémantique, les stratégies discursives, la syntaxe tocquevillienne sont analysées et comparées aux écritures contemporaines, classiques ou romantiques. Ce qu'elle révèle, c'est que Tocqueville, écrivain et moniteur "démocratique", n'est pas modérément démocrate mais démocrate modéré, engagé pour une pédagogie politique, mais conscient des limites d'une culture politique démocratique.
Date de parution
31/12/2004
Poids
790g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782745310286
Titre
TOCQUEVILLE ET LES LANGAGES DE LA DEMOCRATIE.
ISBN
2745310283
Auteur
GUELLEC LAURENCE
Editeur
CHAMPION
Largeur
160
Poids
790
Date de parution
20041231
Disponibilité
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Cette anthologie éditée à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Tocqueville (1805-1859), nous invite à redécouvrir le cheminement de cet intellectuel visionnaire, fils de l'aristocratie européenne qui va saisir, dès ses débuts, les enjeux de la démocratie. Comment apprendre aux hommes à se gouverner eux-mêmes ? Si la démocratie ouvre résolument l'ère du doute, Tocqueville ne cesse de s'interroger sur des thèmes essentiels : accès à l'éducation, religion, décentralisation, exercice des responsabilités locales, colonisation... Lorsqu'il décrypte ce monde naissant à la démocratie, l'écrivain semble parfois parler du nôtre. Philosophe politique épris de liberté, sociologue de l'égalisation des conditions par la démocratie, pionnier de la comparaison méthodique entre pays, auteur et penseur engagé, c'est un Tocqueville pluriel qui apparaît au fil des diverses interprétations et des commentaires. Tocqueville et l'esprit de la démocratie rassemble une sélection des meilleures contributions parues dans The Tocqueville Review/La Revue Tocqueville. Depuis 25 ans, cette revue franco-américaine publie réflexions et analyses marquantes autour de l'?uvre de Tocqueville. Cet ouvrage bilingue réunit aussi bien les plus grands spécialistes français et internationaux que les jeunes chercheurs et intellectuels qui assurent aujourd'hui la relève.
Penseur libre et iconoclaste, Tocqueville (1805-1859) fut un ardent défenseur de la démocratie. Séduit par le modèle politique américain, il interrogea son temps sur l'avènement de la démocratie en France et en analysa les fondements. Il mit au devant de la scène le nouveau rôle, politique du citoyen. Car si en théorie, "tous les hommes naissent libres et égaux en droits", la citoyenneté et l'esprit égalitaire s'acquièrent, en réalité, au prix de combats inlassables. Bousculant les idées reçues sur la démocratie et la Révolution, Tocqueville montre que le passage de l'individu soumis à un régime féodal et absolutiste au citoyen responsable, libre et acteur de la vie démocratique, ne se fit pas par une rupture nette, franche. Pour n'être pas tout à fait en phase avec son époque, Tocqueville n'en était pas moins en avance sur son temps. Sa pensée, dans ce qu'elle conserve et inquiétude sur l'avenir des démocraties, demeure donc plus que jamais d'actualité.
Laurence GUELLEC est maître de conférences en littérature française à l'Université Paris Descartes, membre junior de l'Institut universitaire de France et chercheur dans l'équipe « Écritures de la modernité, littérature et sciences humaines ». http://www.ecritures-modernite.eu/?p=1482 Françoise HACHE-BISSETTE est maître de conférences habilitée en sciences de l'information et de la communication à l'Université Paris Descartes et chercheur au Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines. h t tp://www. ch c s c. u v s q. f r/mme-hache- b i s s e t tefrancoise- 103827.kjsp?RH=1295347254226
Du XVIIe au XIXe siècle, le rôle de l'histoire est prééminent, grâce au statut qui fait d'elle, à l'égal de la tragédie, le genre noble par excellence, à valeur sinon édifiante, du moins instructive. Les historiens sont fortement conscients de cette fonction exemplaire, que la rhétorique doit pleinement servir. La vérité historique ne peut s'imposer dans toute sa force que si elle trouve une expression à sa mesure, une expression qui doit sonner juste. Dans cette perspective, faire entendre les voix " du passé, de la parole des grands acteurs au témoignage oral de plus humbles comparses, au sein du u récit historique, est un choix d'écriture qu'il faut interroger. Car s'il ne s'agit pas seulement pour l'historien d'orner son propos de formules mémorables, quelles sont ses visées ? Laisser place au témoignage censément authentique, apporter par la citation des preuves de vérité, ou théâtraliser les faits en mettant l'histoire en scène, s'affirmer comme écrivain, maître de tous les moyens techniques et littéraires de son art ? Les grands traités du XVIIe siècle sur l'histoire (La Mothe Le Vayer, Rapin), le genre des harangues, les biographies historiques, en vogue dès la fin de l'Ancien Régime, les histoires b de Saint-Simon, La Harpe, Balzac, Tocqueville ou Michelet illustrent diversement ces questions, qui rappellent aussi combien l'histoire avait alors à voir avec la littérature.