Dans les sociétés occidentales contemporaines, la présence de communautés constituées sur la base de critères ethniques, religieux, linguistiques, culturels, nationaux - quelle que soit leur combinaison - est désormais bien établie. Cependant, exprimer des revendications spécifiques et/ou désirer être reconnu par les sociétés d'accueil suscite parfois des craintes : peurs de dérives essentialistes ou dangers d'incompatibilité avec les valeurs partagées. Les diverses manifestations du " fait communautaire " sont souvent qualifiées de " positives " lorsqu'elles conduisent à une réappropriation ou à une reformulation identitaire visant à une meilleure intégration. A contrario, elles se voient taxer de " communautaristes " lorsqu'elles se radicalisent et risquent de porter atteinte à la cohésion nationale. S'appuyant sur des exemples concrets pris dans les zones géographiques et aires culturelles européennes et anglo-saxonnes, cet ouvrage, comparatiste et diachronique, s'efforce de vérifier si cette analyse binaire est toujours d'actualité.
L'historiographie des politiques française et britannique de l'immigration met en lumière une certaine continuité dans leurs approches et leurs attitudes face à cette question. En France comme au Royaume-Uni, la fermeture progressive des frontières aux migrants a engendré une augmentation massive de l'immigration clandestine, un enjeu sociétal désormais quasi-permanent. Le débat politique quant à lui se focalise sur la volonté réelle des pouvoirs en place ainsi que sur leur capacité, souvent illusoire, à maîtriser ce flux. Le droit d'asile, en partie détourné par certains migrants économiques, en est la première victime car cette législation internationale s'interprète désormais de façon très restrictive au niveau national. L'un des plus grands défis que ces deux pays ont à relever est de concilier leur lutte tous azimuts contre les clandestins avec leurs besoins réels en migration, liés à l'évolution de leur économie et au vieillissement de leur population. C'est ainsi qu'ils ont récemment pris position en faveur d'une immigration, " choisie " selon les Français ou " encadrée " selon les Britanniques, censée répondre à ces impératifs. La convergence de vue qui se profilait à la fin des années quatre-vingt-dix est maintenant presque totale car la solution, s'il en est, ne peut s'élaborer que dans un contexte européen, sous leurs efforts conjugués
Etudier le monde juif anglais de 1830 à 1914, en exploitant des sources longtemps négligées, permet de tracer le portrait d'une Communauté aux traits changeants, constituée de familles bourgeoises à la recherche d'une intégration qui se trouve remise en cause, après 1880, par l'arrivée de vagues successives de Juifs venus d'Europe centrale et orientale. A notre époque, si sensible aux questions d'accueil ou de rejet de populations d'immigrants, les réactions de la société victorienne, paradigme des sociétés "civilisées" du XIXe siècle, mettent en lumière la survie de stéréotypes, la montée d'une xénophobie de type nouveau, mais aussi les facteurs d'intégration d'une minorité dans une nation occidentale.
Quelles réponses apporter aujourd'hui aux questions de diversité nationale, ethnique, culturelle et religieuse des populations urbaines des pays occidentaux ? De l'assimilation au multiculturalisme en passant par l'intégration, les résultats sont décevants. Cette réflexion propose l'interculturalisme qui vise à créer des synergies encore inexistantes et/ou à renforcer les liens entre diverses communautés partageant un même environnement.
Germain Lucienne ; Lassalle Didier ; Prum Michel ;
La notion de "visibilité", qui repose sur l'idée d'une perception sensorielle culturellement modelée, est très usitée dans certains pays de l'aire anglophone comme le Canada, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, contrairement à ce qui se passe en France où le discours républicain majoritaire est celui de l'"invisibilisation" ethnique. Aux Etats-Unis ainsi qu'en Grande-Bretagne, la notion de "visibilité", tout en restant présente en arrière-plan, connaît des fortunes plus diverses en raison de la spécificité des luttes antiracistes et du combat des minorités pour l'égalité des droits ainsi que du contexte sociopolitique. En partant d'exemples historiques ou contemporains précis, cet ouvrage entend mettre en évidence les processus d'occultation ou de dévoilement des identités ethniques qui sont instrumentalisées, soit par le groupe majoritaire pour asseoir ou conforter sa domination, soit par les groupes minoritaires en quête de reconnaissance. Les liens entre phénotypes et construction sociale, les manifestations et/ou expressions identitaires ainsi que les représentations de l'ethnicité font partie des thématiques abordées dans ce travail.
L'année 2010 marquera, pour de nombreux pays africains surtout francophones, 50 ans d'indépendance, donc de gestion du pouvoir entre les mains des élites dirigeantes africaines. Seulement, un demi-siècle plus tard, un constat se dégage de l'ensemble des Etats africains : le développement semble s'éloigner de l'Afrique au fur et à mesure que les années passent. Pourquoi l'Afrique demeure-t-elle à la traîne malgré toutes les richesses qu'elle possède ? Le continent noir peut-il se sortir du piège de l'aide pour son développement si la bonne gouvernance s'installe effectivement et si les mentalités changent radicalement ? Compte tenu de l'apport remarquable des diasporas intellectuelles notamment chinoise et indienne pour l'émergence de la Chine et de l'Inde, la diaspora intellectuelle africaine, avec l'élection du fils d'Afrique Barack Obama à la Maison Blanche, ne constitue-t-elle pas le meilleur pilier de l'Afrique pour sortir du labyrinthe de la néguentropie ? Dans le cadre de mes recherches de plus d'une décennie, je présente également ce que l'on pourrait assimiler à une nouvelle théorie des relations Nord-Sud. Ce sont ces réflexions et interrogations auxquelles nous essayons de trouver des solutions pour l'avenir de l'Afrique avec quelques brillants intellectuels de la diaspora africaine d'Europe et d'Amérique du Nord.
Avant la conquête française, la plus grande partie de la moitié orientale du Burkina Faso actuel était occupée par les Mossis. On appelle également "mossis" les représentants de l'ordre aristocratique qui dirige ce territoire, souvent qualifié à tort d'empire, un ordre dont les institutions se sont maintenues durant les six décennies de domination coloniale. Pourquoi et comment ce système a-t-il été préservé alors même que la société toute entière vit de grands bouleversements ? Au moment de la conquête, les chefs précoloniaux n'auraient-ils pas dû être renversés et leur système aboli ? Et lorsqu'on s'approche de la décolonisation, c'est-à-dire d'une indépendance accordée à une élite "moderne" formée à l'école coloniale, la question de l'abolition des organisations traditionnelles n'aurait-elle pas dû être de nouveau soulevée ? Comment les structures politiques mossis ont-elles su se maintenir durant la période coloniale ? Selon quelles modalités ...