Chaque jour, j'emploie le dialecte des cyclones fous. Je dis la folie des vents contraires.Chaque soir, j'utilise le patois des pluies furieuses, fe dis la furie des eaux en débordement.Chaque nuit, je parle aux îles Caraïbes le langage des tempêtes hystériques. Je dis l'hystérie dé la mer en rut.Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Déroulement de la vie en spirale.Fondamentalement la vie est tension. Vers quelque chose. Vers quelqu'un. Vers soi-même. Vers le point de maturité où se dénouent l'ancien et le nouveau. La mort et la naissance. Et tout être se réalise en partie dans la recherche de son double. Recherche qui se confond à la limite avec l'intensité d'un besoin, d'un désir et d'une quête infinie.Des chiens passent - j'ai toujours eu l'obsession des chiens errants - ils jappent après la silhouette de la femme que je poursuis. Après l'image de l'homme que je cherche. Après mon double. Après la rumeur des voix en fuite. Depuis tant d'années. On dirait trente siècles.La femme est partie. Sans tambour ni trompette. Avec mon coeur désaccordé. L'homme ne m'a point tendu la main. Mon double est toujours en avance sur moi. Et les gorges déboulonnées des chiens nocturnes hurlent effroyablement avec un bruit d'accordéon brisé.C'est alors que je deviens orage dé mots crevant l'hypocrisie des nuages et la fausseté du silence. Fleuves. Tempêtes. Éclairs. Montagnes. Arbres. Lumières. Pluies. Océans sauvages. Emportez-moi dans la moelle frénétique dé vos articulations. Emportez-moi! Il suffit d'un soupçon de clarté pour que je naisse viable. Pour que j'accepte la vie. La tension. L'inexorable loi de la maturation. L'osmose et la symbiose. Emportez-moi! Il suffit d'un bruit de pas, d'un regard, d'une voix émue, pour que je vive heureux de l'espoir que le réveil est possible parmi les hommes. Emportez-moi! Car il suffit d'un rien, pour que je dise la sève qui circule dans la moelle des articulations cosmiques.Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Je dis le déroulement de la vie en spirale.À force de vouloir dire, je ne suis devenu qu'une bouche hurlante. Je ne m'inquiète point de savoir ce que j'écris. Tout simplement j'écris. Parce qu'il le faut. Parce que j'étouffe. J'écris n'importe quoi. N'importe comment. On l'appellera comme on voudra: roman, essai, poème, autobiographie, témoignage, récit, exercice de mémoire ou rien du tout. Moi, je ne sais même pas. Pourtant ce que j'écris ne m'est pas étranger. Personne ne parviendra à dire beaucoup plus qu'il n'aura vécu.J'étouffe. J'écris tout ce qui me passe par la tête. L'important pour moi, c'est l'exorcisme. La libération dé quelque chose. De quelqu'un. Peut-être de moi-même. La délivrance. La catharsis. J'étouffe. Je ne vois pas de soupirail. Et je force sur les parois de mon asphyxie avec le bélier des mots. Si, malgré tout, elles ne s'ouvrent pas, un passant entendra la ruée anarchique de mon langage, ou le SOS barbare de mon agonie. J'ai assez réfléchi. On réfléchit trop dans mon entourage. Ou peut-être que Ton ne réfléchit pas du tout. Je suis fatigué. Maintenant je frappe aux portes closes. Je piaffe. Je crie. J'appelle. Je hurle. Mes cris d'alarme réussiront-ils à émouvoir quelqu'un? À toucher une cible sensible? Je ne sais. Pourtant le malheur, la misère, le désespoir, la rage, les fleuves, les tempêtes, le sang, le feu, la mer, les cyclones, mon pays, les arbres, les montagnes, mon peuple, les femmes, les enfants, les vieillards, tous les hommes, toutes les choses et tous les êtres me gonflent la voix, à un point que, s'il arrive que j'échoue, j'aurai été réellement seul. Effroyablement seul. Horriblement seul.(...)
[...] Ce diable d'homme a tout fait. II a commencé par la poésie, Mon côté gauche, puis le récit autobiographique, Mûr à crever, pour exploser un midi dans le ciel port-au-princien avec un texte d'une telle subversion qu'il allait diviser à jamais l'intelligentsia de Port-au-Prince: Ultravocal. Je me souviens de ma rencontre avec FRANKETIENNE à cette époque, au tout début des années 70, dans une chambre encombrée de livres et d'instruments de musique. FRANKETIENNE composait des chansons pour un groupe populaire, Les Ambassadeurs, et il s'apprêtait à devenir peintre. C'était un ogre qui voulait tout dévorer, et qui a tout dévoré: musique, peinture, poésie, roman (Dézafi est le premier roman créole haïtien), sans compter les expériences spiralistes risquées. FRANKETIENNE se présente de plus en plus comme une figure nobélisable. Dany Laferrière, Promolivres, 2003. On dit de lui qu'il est un nouveau James Joyce. A voir. Mais c'est un grand écrivain et un sacré personnage. Christian Sauvage, Journal du dimanche, 2004. C'est un colosse taillé comme une falaise, FRANKETIENNE. Dans les Caraïbes, c'est aussi un mythe. Doublé d'un féroce mégalomane. André Clavel, Le Temps, 2004
La pièce théâtrale « Melovivi » ou « Le Piège » est une remarquable illustration de la Spirale, forme littéraire impliquant l'esthétique du chaos. Ecrite en décembre 2009, cette oeuvre, où se dessine une dimension écologique universelle, anticipe et retrace d'avance la terrible catastrophe qui allait ravager la terre haïtienne soumise aux déglingailles épileptiques démentielles du séisme du 12 janvier 2010. Quant à « Brèche Ardente », elle affirme et matérialise la densité, l'intensité et la transcendance créatrice de la parole poétique, novatrice et subversive. « Brèche Ardente», beaucoup plus pure que le néant. Beaucoup plus envoûtante que la lumière d'un astre émergeant de la beauté d'un désastre énigmatique. Invention et douleur. Appel et déchirure. Violence et tendresse. L'oeuvre de Frankétienne interpelle, interroge, dérange, propose, s'impose, entre ténèbres et clartés, commel'une des productions les plus fortes de la littérature d'aujourd'hui.
Frankétienne habite Port-au-Prince, ville orpheline, dit-on, d?espoirs et de songes. Au fond de la nuit, dans les collines des fois, résonnent de mystérieuses voix, quand ce ne sont pas des djinns, des habitants font croire que c?est la voix de Frankétienne serpentant les montagnes, hurlant dans les plaines un chant de vie plus puissant que la mort. Et dans ces périmètres carrés acculés à la dépendance, à la bêtise et au cynisme urbanistique, Frankétienne entretient seul une poétique, une vision et un art qui n?est que son chant chaotique, fragmenté. Écrire! Oui, nous dit-il: « Écrire est mon ultime oasis dans l?incendie de mes déserts. Mon dernier port d?attache sur les rives tourmentées de ce continent fabuleux qu?est la vie. Mon rapjazz de folie ». Rapjazz. Journal d?un paria est le livre d?un visionnaire. L?écrivain dépasse ainsi les formes sensibles, les langues (créole/français). La communication est cet acte absolu, cette relation organique avec les genres, les êtres, les choses et l?univers afin que s?actualisent tous les possibles, en nous et pour nous. Particules étranges et éblouissantes que sont ces étincelles de vérité, d?amour et de beauté qui nous font revenir à l?évidence ou à la question: Que serait Port-au-Prince sans Frankétienne?
Dans les décombres de Vilasaq (Ville à Sac: Port-au-Prince mise à sac par Duvalier), où la réalité du monde extérieur se réduit aux fragments de journaux trouvés au fil des caniveaux, se joue le dernier acte de l'affrontement titanesque entre Vatel le révolté, le naisseur de conscience, et Mac Abre, le coupeur de jambes, le collectionneur de cris de suppliciés, l'homme de pouvoir jusqu'au cri puissant, inextinguible, "ultravocal", du poète qui déclarera la guerre "à la peur et à la mort". Prodigieuse gigantomachie où se retrouvent littéralement incarnés, réinventés au feu brûlant du vaudou, les grands mythes de l'humanité, Ultravocal est la matrice de toute l'?uvre de Frankétienne, dans laquelle s'exprime avec une rare intensité "l'esthétique du chaos", lorsque grondent encore les forces premières du mal, et que prend forme en nous la lave en fusion des grandes mythologies. Tout simplement, un chef-d'?uvre.
Résumé : Kévin Bordi et Samy Robin vous ouvrent leur univers de passionnés et vous embarquent à la découverte des échecs. Grâce à leur approche singulière du jeu, ils démystifient les codes et guident vos pas sur le chemin de la victoire. Avec plus de 450 diagrammes commentés, vous découvrirez les clés et astuces pour jongler entre les tactiques, peaufiner vos stratégies et comprendre enfin ce qu'il se passe dans la tête des champions. Pédagogique et complet, de l'ouverture à la finale, vous ne serez plus jamais démuni face à un échiquier et trouverez enfin des réponses adaptées pour progresser et repousser vos limites.
Le Nord de la France a longtemps souffert d un manque d image positive. Les clichés sur le climat, la pauvreté, la tristesse de ses habitants, le manque de culture, la langue, ont aujourd hui fait long feu grâce notamment au film de Dany Boon. Cette mise à l écart a eu néanmoins un effet positif: celui de préserver une région et de perpétuer des traditions qui ont ailleurs disparues. Les 59 thèmes sélectionnés dans cet ouvrage donnent un large éventail des produits liés au Nord qu ils soient issus du patrimoine architectural (la brique, les beffrois, les moulins); de la tradition populaire (les friteries, les estaminets, les carnavals), de la tradition culinaire (l endive, la bière, le maroilles) ou encore culturelle ou sportive (le quotidien la Voix du Nord, la Piscine de Roubaix, la trouée d Arenberg).Il ne s agit pas ici uniquement d évoquer un passé nostalgique mais de souligner le portrait vivant d une région qui, pour être attachée à ses traditions, sait se hisser à la pointe de la technologie, de montrer que les entreprises ou les industries locales qui s y sont créées ont su se développer et être, pour certaines aujourd hui, des leaders dans leur spécialité. Biographie de l'auteur Bruno Vouters est rédacteur en chef adjoint du quotidien la Voix du Nord. Il est très impliqué dans sa région, il a notamment été à l'origine de la création du Musée Matisse dans la ville natale de l artiste au Cateau-Cambrésis. Il est également l auteur de plusieurs ouvrages ayant trait au Nord. Il a aussi contribué à des documentaires ou portraits pour la télévision.Rémi Vouters a participé à différents projets de documentaires télévisés et écrit pour le théâtre.
Elles fleurissent partout sur le visage des hommes d'aujourd'hui, plus ou moins longues, plus ou moins travaillées ou fournies. Leur forme et leur style renseignent sur leurs propriétaires mais aussi sur notre époque. Esthétiques, éthiques, religieuses, symboliques, les aventures du poil ont été nombreuses et étonnantes. Des fanatismes, des luttes, des guerres, des amours, des cultes, des rires, des pleurs, des espoirs, des regrets ont jalonné son histoire. C'est cette histoire inédite que Jean Feixas et Emmanuel Pierrat explorent en rassemblant nombre d'anecdotes surprenantes et savoureuses qui s'y rapportent et en les ponctuant d'illustrations variées et hautes en couleur. Car après tout, comme les auteurs nous le disent, " c'est à un poil près que chacun peut passer à côté du gros lot, et à un cheveu que tient la vie " !