Luigi Nono (1924-1990) est l'un des compositeurs les plus importants de l'après-guerre. Aux côtés de Boulez et de Stockhausen, il participe à une véritable reconstruction de la musique en s'appuyant sur l'héritage sériel de l'école de Vienne. Sa singularité au sein de l'avant-garde musicale de l'époque tient à ses engagements éthiques et politiques, qui le conduisent à adhérer au Parti Communiste Italien, dont il devient une figure dominante. Ses oeuvres se veulent "engagées" , au sens sartrien du terme : elles témoignent d'événements historiques tragiques comme le nazisme (Il canto sospeso), la Shoah (Ricorda cosa ti hanno fatto in Auschwitz), l'arme atomique (Sul ponte di Hiroshima), la guerre du Vietnam (A floresta é jovem e chesa de vida), et bien d'autres encore. Cet engagement l'éloigne des scènes musicales institutionnelles et le conduisent à se tourner vers les moyens électro-acoustiques. La musique de Luigi Nono est chargée d'une expressivité intense et cherche en même temps des voies nouvelles, aussi bien musicales que dans l'alliance avec d'autres arts (notamment dans ses deux opéras), et dans sa présentation : il organise de nombreux concerts dans les usines ou sur les places publiques, qui se terminent par de longs échanges avec les auditeurs. Au milieu des années 1970, il se remet profondément en question, ce qui l'amène vers d'autres sources d'inspiration et vers l'exploration des moyens nouveaux fournis par la live-electronics, tout en maintenant ses exigences musicales, éthiques et politiques. Le quatuor à cordes Fragmente-Stille, an Diotima est l'oeuvre qui inaugure cette nouvelle période créatrice. Présentée le 2 juin 1980 à Bonn par le Quatuor LaSalle, qui l'avait commandée, l'oeuvre modifie radicalement l'idée que l'on se faisait du compositeur ; elle a un fort impact sur les jeunes compositeurs et est souvent jouée par de nombreux quatuors. L'oeuvre est une immense méditation traversée de gestes éruptifs, une suite de moments (Fragmente) dans lesquels le silence (Stille) joue un rôle essentiel. La Diotima du titre renvoie à une figure du roman par lettres Hypérion de Friedrich Hölderlin et au nom qu'il donna à la femme aimée en secret. La partition comporte, sous les portées, des fragments de poèmes de Hölderlin que les musiciens doivent lire de façon muette tout en jouant. Au plus profond de l'intime, Nono interroge la nature du son et du silence, sa relation à l'époque, qui fait écho à celle vécue par Hölderlin. Chaque sonorité est ciselée, prolongée sur des durées inhabituelles, prise dans des relations énigmatiques et fascinantes, qui confèrent à l'oeuvre un caractère de cérémoniel, loin de la tradition du genre. La richesse sonore du quatuor répond à une richesse sémantique foisonnante : outre les écrits de Hölderlin, Nono fait référence à Maïakovski et Lili Brick, Kafka, Beethoven, Verdi, Scherchen, Maderna... Laurent Feneyrou démêle tous ces fils tissés les uns avec les autres, comme il démêle ceux de la construction musicale, retraçant la genèse de composition en s'appuyant sur toute une série d'esquisses et de documents publiés ou inédits. Il replace ce quatuor dans le contexte politique de l'époque et approfondit le lien à Hölderlin. Ainsi éclaire-t-il l'oeuvre de l'intérieur dans une approche à la fois historique, esthétique et analytique. C'est le premier livre en français sur cette oeuvre.
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Nombre de pages
300
Date de parution
19/11/2021
Poids
248g
Largeur
111mm
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EAN
9782940068623
Titre
Fragmente-Stille, an Diotima de Luigi Nono
Auteur
Feneyrou Laurent
Editeur
CONTRECHAMPS
Largeur
111
Poids
248
Date de parution
20211119
Nombre de pages
300,00 €
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De petits livres de 80 pages, en moyenne, analysent une oeuvre dans des termes simples, précis, sans verbiage. Ces ouvrages de fond sont destinés à un public large : amateurs, étudiants, interprètes ou compositeurs.
Ce livre est fait d'histoires, celles de l'extrême-gauche allemande et de sa radicalisation dans les luttes de la Fraction armée rouge (RAF) et celle de la musique de Helmut Lachenmann entre le début des années 1960 et la fin des années 1990. Compositeur majeur de l'après-guerre en Allemagne, il fut l'ami d'enfance de Gudrun Ensslin, une des membres fondatrices de la RAF. De lave et de fer est un essai autour de son oeuvre et de la conscience sociale, politique et historique qui l'anime. C'est un livre sur les exigences de l'artiste face à l'histoire.
Résumé : La tragédie, dans son sens étymologique, représente un conflit : celui de la mythologie et de l'histoire, du divin et de l'humain, de la transcendance et de l'immanence, dont elle exprime la division, la séparation, l'essentiel discord. Dans un monde sans dieux tutélaires, les hommes portent leurs ombres comme ils portent leur feu ? jusqu'à la catastrophe, la mort, la blessure ouverte ou l'enfermement. Cinq oeuvres majeures (Maderna, Nono, Barraqué, Feldman et Zimmermann) de la seconde moitié du XXe siècle abritent cette tonalité affective, tragique, dans leurs espaces sonores spécifiques. Ce sont des chemins, dont l'expérience seule est dépositaire d'une beauté et d'une fragilité troublantes. Abandonnés à l'écoute, ils livrent leurs strates, poétiques, musicales, littéraires ou philosophiques, mais aussi leurs inachèvements, leurs accumulations ou leurs patientes mutations. Composées après la guerre, les camps, les désagrégations politique et identitaire, ces oeuvres chantent l'abîme de la dissolution.
Né non loin de Cologne, adolescent meurtri d'avoir à grandir sous la barbarie nazie, Bernd Alois Zimmermann avait 21 ans au début de la Seconde Guerre mondiale. Il participa, contraint, aux campagnes de France, de Pologne et de Russie, et vécut les tragédies d'une génération sacrifiée. Au terme d'une vie intense, jalonnée d'oeuvres parmi les plus essentielles du XXe siècle, dont l'opéra Les Soldats ou le Requiem pour un jeune poète, et accomplissant ce que ses jeunes années avaient pressenti, Zimmermann compose en 1970 une dernière partition, testamentaire, qu'il n'entendra jamais : Je me tournai et regardai toute l'injustice qui se faisait sous le soleil, pour deux récitants, basse solo et orchestre, sur des extraits de L'Ecclésiaste et de La Légende du Grand Inquisiteur de Fiodor Dostoïevski. Dans cette "action ecclésiastique" d'une exceptionnelle densité d'expression, ordonnant et construisant, mais détruisant tout autant, à l'image d'une existence entière, se tient un triple procès, de l'histoire et des idéologies délétères du siècle dernier, de soi-même, coupable d'être, et de Dieu, qui laisse advenir tant de mal. Le livre de Laurent Feneyrou est plus qu'une étude de cette oeuvre ultime, dont il révèle les aspects compositionnels et les enjeux existentiels, éthiques, religieux et politiques. C'est aussi une magnifique synthèse du parcours du compositeur, une traversée de ses oeuvres jusqu'à cette dernière composition, une étude des principaux aspects de sa pensée musicale (son utilisation de la technique sérielle, son idée du pluralisme, sa conception du temps). A chaque fois, Laurent Feneyrou met en rapport les idées de Zimmermann et leur contexte, comme l'influence par exemple des idées d'Ezra Pound (son texte sur l'harmonie, ses Cantos), le sens des paroles de l'Ecclésiaste, et celui de la parabole du Grand Inquisiteur dans les Frères Karamazov de Dostoïevski. La qualité d'écriture, la profondeur d'une approche extrêmement documentée, qui apporte beaucoup d'éléments nouveaux, font de ce livre un véritable portrait de Zimmermann, l'un des plus grands compositeurs de son époque, malheureusement insuffisamment connu. Il pose, à travers son oeuvre, des questions brûlantes qui demeurent très actuelles.
Boulez Pierre ; Leleu Jean-Louis ; Decroupet Pasca
Dans cet ouvrage collectif placé sous la direction de Jean-Louis Leleu et Pascal Decroupet, la musique de Pierre Boulez est approchée de façon à la fois analytique et esthétique: l'approche rigoureuse du langage musical conduit à des réflexions sur sesenjeux. Les différents auteurs nous font entrer dans l'atelier du compositeur, éclairant ses procédés d'élaboration, les mutations d'une ?uvre à l'autre, l'évolution de sa pensée, les projets inaboutis et certains éléments qui l'ont influencé. Sont étudiées en détail des pièces comme le Livre pour quatuor, Le Marteau sans maître, la Troisième Sonate pour piano, Figures, Doubles, Prismes, Eclat/Multiples ou Rituel, mais aussi des pièces retirées. Il s'agit decontributions originales qui apportent une somme d'informations nouvelles et décisives pour la compréhension d'une pensée musicale ayantmarqué en profondeur les cinquante dernières années. Pour qu'ils soient plus lisibles et plus faciles à consulter, les exemples musicaux et les fac-similés des manuscrits de Boulez ont été gravés sur leCD-ROM joint.
Traduction d'écrits du compositeur américain Elliot Carter. Hommages à Stravinsky, Varèse, Ives... Etude des trois dernières sonates de Debussy. Mise en relation de la tradition américaine ave les mouvements novateurs européens. Essais sur le rythme et le temps musical. Ce choix d'écrits paraît à l'occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire du compositeur.