Dans le Panthéon philosophique des années soixante, Gilbert Simondon (1924-1989) occupe une place à part, aussi discrète qu'insistante. Deux livres seulement parurent de son vivant : Du mode d'existence des objets techniques et L'Individuation à la lumière des notions de forme et d'information. On redécouvre aujourd'hui son oeuvre dans ses vraies dimensions, augmentée de quantité de cours et d'inédits publiés par les Presses Universitaires de France. Philosophie des objets techniques, oui, mais surtout de la technicité. Philosophie de l'individuation, sans doute, mais tout autant de l'invention comme champ problématique permettant de circuler de l'univers physique aux cultures humaines, du biologique au psychosocial, de la mécanique quantique à la théorie politique en passant par l'éthologie, la cybernétique ou la psychologie de la forme. Dans le dossier réuni par Elie During, Emmanuel Alloa et Irlande Saurin apportent deux éclairages complémentaires sur les cours et inédits consacrés à la technique et à la psychologie, d'une part, et d'autre part à la philosophie des images et de l'invention. Un entretien avec Anne Sauvagnargues évoque le philosophe et le professeur que fut Simondon, tout en marquant sa place dans certains débats contemporains, de la philosophie de la culture à l'écologie. A cet ensemble s'ajoute un texte inédit consacré à l'idée de progrès, présenté par Nathalie Simondon.
Résumé : "Vaste et orageux océan, empire de l'illusion, où maint brouillard, maints bancs de glace en fusion présentent l'image trompeuse de pays nouveaux, attirent le navigateur parti à la découverte, et l'entraînent en des aventures auxquelles il ne pourra plus s'arracher, mais dont il n'atteindra jamais le but". Par ces mots, Kant entend décrire les affres de la métaphysique. Quête du sens et de l'essence des choses, créatrice de concepts destinés à mieux saisir l'universalité et la transcendance, la métaphysique cherche à penser ce qui est "au-delà des réalités physiques". Si beaucoup de penseurs l'ont critiquée, elle n'en reste pas moins fascinante. Peut-on la pratiquer sans déjà raisonner en métaphysicien ? A quoi sert-elle ? Est-elle encore légitime aujourd'hui ? La métaphysique est-elle indissociable de l'expérience ou bien est-il possible de penser a priori ? Cette anthologie rassemble les plus grands textes sur la métaphysique, d'Aristote à Peter Strawson, en passant par Avicenne, Thomas d'Aquin, Descartes, Leibniz, Voltaire, Kant, Hegel, Schopenhauer, Comte, Engels, Mach, Peirce, James, Nietzsche, Bergson, Merleau-Ponty ou encore A J Ayer.
Résumé : "L'âme : donner un sens à ce vieux nom de souffle". C'est ainsi que Valéry pose le problème philosophique de l'âme. Ce concept flottant, auquel l'époque contemporaine cherche à tourner le dos, mérite en effet d'être pensé ou repensé, car il est au carrefour de questions philosophiques cruciales : il permet par exemple d'interroger les différences entre l'animé et l'inanimé ou de mettre au jour les rapports qu'entretient l'esprit avec le corps. Puis-je dire que j'ai une âme au même titre que j'ai un corps ? Faut-il considérer l'un et l'autre comme deux substances distinctes mais liées en l'homme ? L'âme est-elle universelle et s'incarne-t-elle en chacun ? Quand je dis "moi", est-ce l'âme qui parle ? Puis-je alors considérer que je suis mon âme ? Puis-je ressentir la présence de mon âme, c'est-à-dire en faire l'expérience ? Est-elle un être connaissable ou une fiction théorique ? Cette anthologie rassemble les plus grands textes sur l'âme, de Platon à Foucault, en passant par Aristote, Plotin, saint Augustin, Maître Eckhart, Mollâ Sadrâ, Descartes, Spinoza, Leibniz, Voltaire, Hume, Kant, Regel, Bergson, Kandinsky, Wittgenstein, Souriau ou encore Ryle.
Deux thèses négatives animent La Science et l'Hypothèse : d'une part, la science n'atteint aucune vérité absolue concernant la nature des choses ; d'autre part une grande partie de ses énoncés ont le caractère de conventions librement adoptées par les scientifiques en fonction de critères pragmatiques. Les géométries non-euclidiennes ne sont pas moins vraies (ni plus vraies) que la géométrie classique ; que la Terre tourne n'est pas un fait, mais une hypothèse commode qui simplifie nos calculs et autorise des prédictions plus efficaces. Tout cela, bien entendu, n'enlève rien à la valeur objective de la science. Poincaré soutient ce paradoxe en proposant une interprétation des concepts et des procédés typiques de la science en acte. Il élabore du même coup une conception originale du rôle de l'a priori dans la théorie.
Après quelques décennies d'oubli relatif, le nom de Raymond Ruyer (1902-1987) circule à nouveau. Néo-finalisme, son grand livre de 1952 longtemps épuisé, figure cette année au programme de l'agrégation de philosophie. La publication d'un inédit, L'Embryogenèse du monde et le Dieu silencieux, témoigne d'une oeuvre qui traverse en diagonale tous les domaines du savoir : de la neurobiologie à la théologie rationnelle en passant par la psychologie de la perception, la physique quantique, la théorie de l'information, la pensée utopique. Deleuze, Merleau-Ponty ou Canguilhem n'avaient pas attendu le succès public de La Gnose de Princeton pour saluer l'audace et l'originalité d'une métaphysique qui n'hésite pas à ranimer les "grandes questions" à côté des plus techniques. Le dossier réuni par Critique présente quatre perspectives complémentaires sur une oeuvre à la fois séduisante et complexe. André Conrad livre les clés qui ouvrent les portes du système, tandis qu'Anne Sauvagnargues propose une lecture critique de certains de ses aspects les plus problématiques. Jean-Claude Dumoncel brosse le portrait inattendu d'un Ruyer structuraliste avant l'heure. Enfin, un entretien avec Fabrice Colonna offre un éclairage biographique et philosophique sur la trajectoire d'un penseur à bien des égards inclassable.
Le temps d'un séjour de quelques semaines dans sa maison d'enfance, la narratrice raconte ses retrouvailles avec sa famille, où, depuis trois générations, hommes et femmes ont choisi le métier de pasteur. Mais quand elle arrive, quelque chose de cet ordre ancien s'est profondément déréglé. De ses proches, elle raconte les rires, les chutes, les chants. De toutes ses forces, elle les soutient, quand leur vie ne semble plus tenir qu'à un fil.
Il est impossible de croire sérieusement, comme les deux héros du célèbre film d'Hitchcock Fenêtre sur cour, que leur voisin aurait tué sa femme, puis l'aurait découpée en morceaux devant les fenêtres ouvertes d'une trentaine d'appartements. Mais leur délire d'interprétation n'a pas pour seule conséquence de conduire à accuser un innocent. Il détourne l'attention d'un autre meurtre - bien réel celui-là - qui est commis devant les spectateurs à leur insu et mérite l'ouverture d'une enquête. "La démonstration séduit par son intelligence, la logique de son argumentation et une pointe d'humour fort plaisante". Emmanuelle Giuliani, La Croix "Un récit haletant, fougueux et d'une drôlerie intrinsèque, qui se dévore comme un bon polar". Gérard Lefort, Les Inrockuptibles Hitchcock s'est trompé s'inscrit dans un cycle qui comprend Qui a tué Roger Ackroyd ? , Enquête sur Hamlet, L'Affaire du chien des Baskerville, La Vérité sur "Ils étaient dix" et Odipe n'est pas coupable. Ces ouvrages de "critique policière" visent à résoudre des énigmes criminelles tout en menant une réflexion sur la littérature et l'art.
Je vous prie de me faire la faveur de publier Le Verdict en un petit volume autonome. Le Verdict, auquel je tiens tout particulièrement, est certes très court, mais il relève plus du poème que du récit, il a besoin d'espace dégagé autour de lui et il ne serait pas indigne qu'il l'obtienne". Franz Kafka Lettre à son éditeur Ecrit d'une seule traite dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912, Le Verdict est le texte fondateur de Kafka. Jean-Philippe Toussaint en propose ici une nouvelle traduction.
J'étais plutôt son genre, et elle m'avait dans la peau. Mais pourquoi me demander ça à moi ? Parce que j'étais disponible ? Parce que j'habitais juste en face et que Miko, son mari, m'invitait souvent à la pêche à la mouche et n'y verrait que du feu ? J'avais beaucoup d'ennuis, tout de même. Je lui ai demandé si c'était parce qu'elle n'avait pas d'autre solution ? Véritablement, Sally ne savait pas dans quoi elle s'embarquait en ma compagnie.