L'espace et ses représentations en Afrique subsaharienne. Approches pluridisciplinaires
Dulucq Sophie ; Soubias Pierre
KARTHALA
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EAN :9782845865433
Hic sunt leones " - " ici sont les lions " - écrivait-on, sur les atlas anciens de l'Afrique, comme si cet espace-là était, plus qu'un autre, voué à l'investissement de l'imagination. Les Européens ont rêvé l'Afrique, les multiples sociétés africaines ont saturé d'imaginaire leur environnement. Les projections des uns et des autres se sont rencontrées en s'hybridant ou en se télescopant, parfois au prix du malentendu. Plus largement, il existe une vaste gamme d'appréhensions de l'espace. Elles ouvrent à des dimensions qui échappent aux modes de perception classiquement " cartésiens " : l'espace vécu n'est pas l'espace topographique. Qu'on ait affaire à des plans, à des croquis, à des toponymes, à des descriptions, à des récits romanesques ou mythiques, à des créations artistiques, nombreuses sont les difficultés que posent les représentations de l'espace en Afrique. Ces représentations se trouvent par ailleurs prises dans un mouvement constant de déconstruction et de reconstruction, d'où émergent de nouvelles significations et de nouvelles pratiques. Il serait vain de croire que l'époque contemporaine est celle des synthèses stables. Des représentations inédites ne cessent en fait de s'élaborer, en particulier à propos de l'espace urbain, tant les villes concentrent les contradictions actuelles du continent. C'est à partir de ces constats que des chercheurs de disciplines diverses ont tenté de confronter leurs points de vue. En recourant aux lumières de l'analyse littéraire et cinématographique, de l'histoire, de l'anthropologie, de la sociologie, de la géographie et de l'économie, cet ouvrage collectif souligne à quel point les représentations de l'espace africain relèvent de processus complexes et originaux. S'interroger sur l'espace en Afrique, c'est donc voyager au plus profond de l'imaginaire des peuples, débusquer les fausses certitudes, dénaturaliser les repères. Circulations et clivages, fonds symboliques et réinterprétations, cosmogonies anciennes et mutations sociales, bouleversement des perceptions et réorganisation des territoires : multiples sont les pistes où entraînent ces questionnements.
Nombre de pages
256
Date de parution
02/11/2004
Poids
430g
Largeur
160mm
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EAN
9782845865433
Auteur
Dulucq Sophie ; Soubias Pierre
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
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20041102
Nombre de pages
256,00 €
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Ecrire l'histoire de l'Afrique est une entreprise aux racines plus anciennes qu'on ne le croit généralement. A l'ère de l'impérialisme triomphant, cette historiographie s'est affirmée dans un paysage intellectuel, politique et idéologique que cette étude s'attache à reconstituer. En France comme dans les territoires coloniaux, historiens et auteurs variés ont ainsi exhumé des pans entiers d'un passé dont on a progressivement découvert la richesse et la complexité. Ce nouveau champ de connaissances né en situation coloniale mobilise, entre la fin du XIXe siècle et la décennie 1950, des énergies et des compétences nombreuses. Réseaux savants, revues scientifiques, historiens amateurs et professionnels, érudits locaux actifs dans les colonies comme en métropole conjuguent leurs efforts pour affirmer la légitimité de leur démarche et diffuser leurs découvertes. Leurs travaux contribuent à définir les contours d'un récit historique qui propose des interprétations, établit des chronologies et instaure des découpages dont certains ont survécu à la décolonisation. Bien sûr, cette histoire coloniale a partie liée avec les pouvoirs impériaux, soucieux de connaître les colonisés afin de les mieux dominer. Elle a longtemps renforcé le discours de légitimation de l'entreprise coloniale, le destin historique des peuples extra-européens étant - on s'en doute! - d'être colonisés pour accéder à la "civilisation" ou à la "régénération". Mais plus contrastée et moins monolithique qu'on ne pourrait le croire, l'historiographie de la première moitié du XXe siècle a aussi contribué à produire des savoirs nouveaux sur l'Afrique, à expérimenter des modes d'enquête inédits, à promouvoir des chercheurs africains et à inventer ce que l'on nomme à l'époque l"histoire indigène". Dans les dernières années de la domination, plusieurs historiens français et africains sont également conduits à revisiter de façon critique les modèles interprétatifs dominants et à poser les bases d'une histoire de l'Afrique enfin décolonisée.
Les villes sont devenues, en moins d'un siècle, le cadre de vie, de travail, de référence d'un nombre croissant d'Africains. Lieux et enjeux de pouvoir, espaces soumis à une perpétuelle invention sociale, elles sont le creuset de la modernité négro-africaine. Dans ses ex-colonies, la France s'est appuyée sur les réseaux urbains, anciens ou nouveaux, pour asseoir sa domination, et la morphologie des villes fut fortement marquée par la logique de la colonisation. Après 1945, les capitaux publics métropolitains affluèrent vers l'empire. Les villes ne furent pas oubliées, d'autant que l'exode rural s'accentuait, et les investissements de l'époque leur ont conféré des caractères spécifiques que la coopération bilatérale a souvent pérennisés après les indépendances. Après une étude des flux d'investissements français vers les villes africaines et une analyse des pratiques urbanistiques en usage entre les années 1940 et les années 1980, cet ouvrage retrace l'évolution des espaces urbains à la lumière des enjeux qui ont contribué à les façonner. Il dresse un bilan du legs fait par la France à ses ex-colonies en 1960 et appréhende, par-delà les traditionnelles ruptures chronologiques, la continuité de l'action menée par les divers gouvernements français dans le domaine urbain.
Entre 1894 et 1898, le jeune Emile Dussaulx, officier affecté au Soudan Français, tient avec constance un journal qu'il expédie à sa famille sous forme de lettres. C'est un témoignage de première main sur la conquête de l'Afrique, à un moment où les puissances européennes pénètrent l'intérieur du continent et y mettent en place les structures de l'administration coloniale. Emile Dussaulx porte un regard libre et incisif sur ce qu'il découvre. Le Journal du Soudan a en effet peu à voir avec les mémoires épurés et reconstruits que de nombreux coloniaux illustres firent paraître à l'époque. Oeuvre d'un officier inconnu écrivant jour après jour aux siens, sans souci de publication, il laisse percer une sincérité et une spontanéité inhabituelles. Dussaulx évoque aussi bien son travail d'administrateur que son activité militaire. On voit s'animer tous ceux qui l'environnent : ses tirailleurs, ses " épouses " et ses domestiques, ses administrés, appréhendés selon les catégories d'un XIXe siècle finissant qui ne doute ni de l'infériorité des Noirs ni du bien-fondé de la " mission civilisatrice ". On y voit aussi, exprimées sans fard, les, souffrances liées à l'éloignement et à l'isolement. Ce journal, redécouvert récemment dans des archives familiales, est un document exceptionnel par son genre, son ampleur, sa continuité. Il est ici, présenté avec fidélité, accompagné de notes et d'une préface qui doivent faciliter sa découverte, sans détruire l'impression qu'on peut avoir d'être en train de lire par dessus l'épaule d'Emile Dussaulx,
Dulucq Sophie ; Klein Jean-François ; Stora Benjam
Cet ouvrage est centré sur la colonisation des 19e et 20e siècles, qui a façonné la France contemporaine et sa relation à de nombreux pays du Sud. L'étude des discours constitue une entrée privilégiée dans la compréhension de ce passé tumultueux. À travers l'analyse d'une centaine de mots - ceux des colonisateurs comme ceux des colonisés, mots de l'historiographie spécialisée, aussi -, où se côtoient bled et brousse, nègre et néocolonialisme, opium et otages, ce kaléidoscope linguistique veut permettre au lecteur d'appréhender la variété et la complexité des situations coloniales.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.