Il arrive qu'un enfant s'émerveille d'une chose que personne d'autre que lui ne peut voir. Avec ses mots d'enfant, il tente de la décrire, mais personne ne l'écoute : les grands, c'est bien connu, ne croient que ce qu'ils voient. On l'accuse même de mentir. Alors l'enfant se tait et finit par douter de son regard. Ce doute peut persister longtemps, parfois une vie entière, sauf si l'enfant devenu grand découvre qu'il a vu vrai. Il se passe alors quelque chose d'étrange : son regard redevient aussitôt celui de l'enfant qu'il était." Le récit commence dans les rues d'une ville où marche la narratrice. Son appareil photo dans la poche, elle est partie glaner des images. Il fait gris, il commence à pleuvoir, mais quelque chose la pousse malgré elle à poursuivre jusqu'à ce qu'elle tombe sur une image banale qui n'arrête personne, sauf son regard. Le regard, c'est le vrai héros de ce récit. Il apparaît d'emblée, comme un personnage ? que l'on pourrait appeler Regard avec un R majuscule. Il rebondit d'image en image, de question en question : Qu'est-ce qu'un regard ? Qui est ce compagnon de route, invisible, muet et pourtant omniprésent ? Comment est-il né ? Quelle est a été son enfance ? Les premières images qu'il a aimées comptent-elles encore maintenant qu'il a grandi ... Au fil des images qu'elle croise ou retrouve ? quelques ombres sur un store, une photo de famille, une série de chromos ou les premiers clichés d'un négatif photographique ? la narratrice cherche à retrouver l'origine de ce compagnon de route invisible et muet : le regard qu'elle porte sur le monde. La photographie occupe une place centrale, y compris dans ce pari fou de classer/archiver le monde des images, travail de Sisyphe dont on ne sait plus trop si c'est son projet à elle ou celui de son regard, frappé enfant par un curieux traumatisme. C'est à une enquête personnelle que nous invite l'auteure, également ethnographe, une recherche dans nos images familières pour retrouver les débuts du regard qui nous anime. Si le récit recoupe des réflexions philosophiques ou esthétiques sur le regard, il se lit surtout comme une fable incarnée ouvrant sur une leçon de vie : dans un monde saturé d'images, il reste une place pour un regard d'enfant qui nous relie à un « quotidien pavé de merveilles » selon l'expression de l'ethnologue Michel de Certeau.
Nombre de pages
103
Date de parution
19/04/2024
Poids
194g
Largeur
143mm
Plus d'informations
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EAN
9782359841817
Titre
Le regard retrouvé. Récit et photographies
Auteur
Deltenre Chantal
Editeur
ESPERLUETE
Largeur
143
Poids
194
Date de parution
20240419
Nombre de pages
103,00 €
Disponibilité
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Extrait Le pari de Phileas Fogg Quand Phileas Fogg, héros du Tour du monde en 80 jours de Jules Verne, regagne enfin Londres après son périple, il est persuadé qu'il a perdu son pari : selon ses calculs, il lui a fallu en tout 81 jours pour boucler son tour du monde, et non 80 comme promis aux gentlemen de son club. Or il s'aperçoit le lendemain matin qu'il n'en est rien : le calendrier est formel, 80 jours seulement ont passé en Angleterre alors que lui-même et son valet Rouletabille, tandis qu'ils fonçaient vers l'est, ont vu le soleil se lever 81 fois. Fogg a simplement oublié qu'en voyageant au rebours du soleil ils ont écourté chacune de ces 81 journées de dix-huit minutes en moyenne, soit à la fin du voyage toute une journée de moins. Contre toute attente, il a remporté son défi ! Le héros de Jules Verne n'est pas le premier à qui advient cette mésaventure, et l'auteur le sait bien, car il en fait mention dans son Histoire des grands voyages et des grands voyageurs (1870). Quand le pilote Sébastian Elcano, en 1522, ramène à Séville l'ultime caravelle de la flotte de Magellan après avoir bouclé en un peu moins de trois ans le tout premier tour du monde, il constate avec surprise qu'on est un jeudi alors qu'il se croyait un mercredi : «Nous ne pouvions nous persuader de nous être trompés d'un jour, parce que j'avais, sans interruption, marqué dans mon journal les jours de la semaine et les quantièmes du mois.» À lui aussi il faudra qu'un astronome explique que, voyageant vers l'ouest avec le soleil, il a, au contraire de Fogg, manqué un jour : ses journées à lui ont, à son insu, duré une minute et demie de plus en moyenne. Le premier grand voyageur On aimerait donner un nom, un visage à ce héros. Mais on ne connaît de lui que les traits imaginés par les scientifiques aux peuples de la préhistoire. Le premier grand voyageur de l'histoire humaine s'appelle Homo Erectus. Il ne se contente pas de se tenir debout comme l'indique son nom savant, mais en profite aussi pour marcher loin, très loin : parti d'Afrique orientale, la terre de tous ses ancêtres Homo Habilis, il essaime jusqu'au Maroc, en Espagne, en Europe du nord et de l'est, en Asie centrale, en Chine et en Indonésie - voire en Amérique. Après lui, il ne restera guère à la vague suivante - la nôtre, Homo Sapiens - qu'à coloniser quelques îles jusque-là désertes : l'Irlande, l'Australie, le Japon, les Caraïbes, le Groenland ou les archipels du Pacifique, puis enfin (aux Temps modernes) l'Antarctique, la dernière terre vierge d'hommes. Certes Homo Erectus prend son temps pour rayonner ainsi en tous sens : quelques centaines de milliers d'années, de sorte qu'aucun individu de l'époque n'accomplit personnellement aucun de ces fabuleux voyages - et même s'il a bien fallu qu'une famille au moins soit la première à franchir les isthmes, les cols, les fleuves ou les détroits qui la mèneraient d'Afrique en Europe ou en Asie, puis de là en Angleterre ou à Java. Grand voyageur Raison de cette formidable bougeotte : de régime plus ou grand chasseur ? volontiers Carnivore que ses prédécesseurs, c'est moins pour voir du pays que pour conquérir de nouveaux terrains de chasse qu''Erectus s'aventure en ces régions inconnues, plutôt moins propices que les Tropiques pour un végétarien, mais attrayantes pour un chasseur sachant marcher. Si notre remuant ancêtre court le vaste monde, c'est parce qu'il court après quelque chose : la proie dont il fera son dîner !
Voici un livre qui ne se lit pas nécessairement du début à la fin, mais que l'on peut ouvrir au hasard de ses 120 articles pour lever le voile sur une habitude, une croyance, un paysage, une mode, un objet, une personnalité, un art, une fête ou une expression, bref tout ce qui fait le quotidien et l'extraordinaire d'un pays : l'Inde. Ni manuel pratique ni guide de voyage, ces textes étonnent et charment par leur façon de mêler le passé et le présent, l'intemporel et le très actuel, le visible et le caché, le signe et le sens, l'anecdote et le conte, la prouesse technologique et la poésie ancestrale.
Froissement des saris, chatoiement des épices, l'Inde, dit-on, rend fou son visiteur. Les odeurs l'assaillent, la mousson l'engourdit, Bollywood l'enchante, les castes l'indignent. Et la spirituaité l'interloque. L'Inde a le mystère des contes, simple à première vue,fascinante par la suite, sacrée, toujours, et perpétuellement énigmatique. Il faut se perdre dans ses mystères, pas à pas et chakras grands ouverts, pour revenir plus riche d'un océan d'images. Ces Miscellanées tentent quelques pistes non pas érudites mais sensibles pour rêver l'Inde, la comprendre, ou l'arpenter.
Où part l'amour? Ce n'est pas une question, mais une phrase inachevée que la romancière Chantal Deltenre poursuit tout au long de ce récit, suivant pas à pas cet amour qui s'élance, hésite, revient sur ses pas, s'effondre puis repart par un autre chemin. Tout est amour dans ce texte, à commencer par ce qui le déclenche : la poésie de quelques images partagées sur Internet. Mais une image n'est parfois rien de plus qu'une illusion, un piège, un mirage... Du monde virtuel des réseaux sociaux à celui, bien réel, des orpailleurs en forêt amazonienne ou des réfugiés de guerre syriens, l'écrivaine nous entraîne dans un roman dont le héros est l'amour lui-même, toujours volatile et incertain.
Lorsque Frédérique Dolphijn rencontre l'histoire des Catulas, ces in-surgés qui, dans la première moitié du XIXe siècle, se sont rebellés parce que leurs conditions de vie et leur travail ne leur permettaient plus de vivre, elle fait le lien avec ce que l'on appelle, de nos jours, les travail-leurs-pauvres. Ceux qui crient leur colère sur les ronds-points, ceux qui prennent leurs tracteurs pour manifester leur ras-le-bol d'être laissés-pour-compte, ceux qui souvent subissent l'indifférence des nantis et du plus grand nombre. En 1847, à Berzée en Belgique, des conditions climatiques désastreuses et de mauvaises récoltes engendrent un début de famine. Un groupe d'hommes et de femmes décident de changer la donne. D'abord en ten-tant d'acheter au prix juste le grain nécessaire à leur survie, puis, en der-nier recours, en se servant dans les greniers de ceux qui thésaurisent les récoltes et en déterminent le prix selon la loi de l'offre et de la demande. Les révoltés seront repoussés, arrêtés et pour certains incarcérés et jugés. Or, fait étonnant, la cour ne les condamnera pas... Frédérique Dolphijn brosse un récit tout en nuances. Les différents points de vue sont évoqués, les nantis ne sont pas que les "méchants" de l'histoire ; les insurgés ont aussi leurs failles. Si leurs vies se côtoient, le cycle des saisons et les circonstances de la vie les impactent différem-ment. C'est dans cette nuance que le récit se tisse, dans les jours qui précèdent l'insurrection elle-même, jusqu'à ses conséquences. En faisant sienne cette révolte, c'est toute une époque que l'écriture de Frédérique Dolphijn fait revivre, celle d'un siècle où chacun et chacune a sa place et est censé la tenir, jusqu'au jour où tout bascule...
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Faire ses blancs pains, au Pays des Collines, c'est pétrir le drap du lit comme pour préparer une offrande pour l'au-delà. Ce geste annonce alors que la mort est proche et que le mourant, doucement, se prépare. En trois textes qui s'enchaînent, Françoise Lison-Leroy interroge la place prise par chacun dans sa famille, les présents comme les absents, ceux à la longue vie ou les enfants partis trop tôt. Comme cette tante de deux ans, emportée par la fièvre dans un temps où la vie des enfants était plus fragile. Au cimetière du village, sa tombe côtoie celles d'autres enfants ; un respect sacré, partagé, inné, entoure ce petit coin du cimetière. Sa présence habite les pensées et les promenades de l'auteur. évocations légères, souvenirs, bribes glanées au fil des pérégrinations, mémoire de la famille... ce qui reste de vie pour ceux qui grandissent. Précédée par cet enfant, l'auteure se sent aussi portée par celle qui lui offre alors une bienveillante attention. Elle tisse un monde où les sentiments se transmettent par delà les mots. Diane Delafontaine accompagne ce texte d'images qui, elles aussi, s'ancrent au passé comme au présent. Une manière de faire le lien et de donner au texte une tonalité faite de photos anciennes et de retouches à l'encre.
Trois moments pour dérouler le temps et arpenter la mémoire : une femme nous emmène dans la maison d'une grand-mère, vers les sentiers au fond du jardin et là où tout se trouble. La marche et l'errance urbaine y réveillent le souvenir et dessinent un nouveau territoire à parcourir. Texte de passage, de prise de conscience, de renoncement à un temps idéal qui passe par le deuil ? pas seulement des proches, mais d'une idée du monde, d'une liberté de rêver. Une écriture puissante, à vif, qui nous entraîne là où le quotidien devient poésie, là où le souvenir tisse sa trame.