Ce livre réunit des travaux inédits sur les villes dans la Caraïbe. Pas de livre en en langue française sur ce sujet à ce jour (juste un numéro thématique d'une revue). Il propose une théorie pour comprendre le processus de construction des villes caribéennes, croisant des approches relevant de l'histoire, de l'urbanisme, de l'architecture autour d'un même objet méconnu. La ville caribéenne constitue un objet d'étude singulier et méconnu. Ces établissements humains hétérogènes, parfois héritages des premiers temps coloniaux, concentrent les activités économiques et le pouvoir politiques. La ville attire par sa richesse et offre de multiples opportunités. La lecture de ce type d'espace est complexe, les contradictions abondent dans ces territoires sont composites, désarticulés, fragmentés, mouvants, entre violence et métissage. Insolents îlots de richesse voisinent avec de vastes poches de pauvreté et d'exclusion. C'est la ville refuge des démunis et des sans-logis et sans papiers, les invisibles, les plus vulnérables aux différents risques naturels récurrents. La ville caribéenne, d'aspect chaotique, juxtaposant des fragments de modernité et de doux exotiques anachroniques, objet social et vitrine politique, ouvre un champ d'investigation particulièrement riche. L'objectif de la présente étude est d'analyser les processus de fabrication de cette ville, de donner du sens à l'enchevêtrement de ces établissements humains qui font la ville, où les autoconstructions submergent au quotidien d'ordonnancement urbain projeté depuis les temps coloniaux ; d'où l'intérêt d'interroger les modes de d'organisation sociale initiées par les habitants.
Dehoorne Olivier ; Saffache Pascal ; Bernard Nicol
Les îles constituent des laboratoires privilégiés pour étudier les enjeux contemporains de contrôle des ressources. Ces territoires, si loin des grandes problématiques qui préoccupent la scène internationale, sont le théâtre de conflits de faible acuité, qui n'occupent guère le devant de la scène; pourtant ces conflits silencieux n'en sont pas moins fondamentaux pour l'avenir. Autour des ressources, s'opposent des usages, et, au-delà, des conceptions du développement et des modalités d'exploitation des éléments naturels. Ces oppositions caractérisent notamment des confrontations entre les usages locaux, plus ou moins anciens, et la valeur économique escomptée de l'exploitation des ressources à des fins de consommation internationale. La "nature sociopolitique et socio-économique des ressources" (Raffestin, 1980) n'est pas la même pour tous les acteurs. Par exemple, sur le plan touristique, la fascination pour la singularité insulaire, avec pour corollaire l'exploitation de cette ressource idéelle, suscite de nouveaux intérêts économiques qui entrent en compétition avec d'autres pratiques plus anciennes. Les nouveaux usages qui se définissent, soutenus par des consommateurs extérieurs, contribuent à l'exacerbation des concurrences autour du contrôle des ressources naturelles. Une réflexion sur les choix de développement s'impose donc pour une gestion raisonnée des ressources.
Brownfields, friches industrielles, friches urbaines, friches touristiques... les friches constituent une dimension incontournable de nos sociétés industrielles et postindustrielles. Les différentes contributions réunies dans ce livre posent les bases d'une réflexion sur les friches, de l'identification à l'analyse des modalités de reconversion, à travers différents contextes géographiques en mettant l'accent sur les enjeux renouvelés avec des projets territoriaux qui interpellent la durabilité et défient les politiques de développement. Il s'agit de prendre la mesure des friches, de leur signification dans leur contexte historico-socio-économique, selon les contraintes spatiales des lieux ? de l'exiguïté insulaire aux larges horizons continentaux ?, pour voir dans quelle mesure il est possible de revitaliser ces anciens terrains industriels et autres friches urbaines, d'examiner les conditions d'intervention et d'évaluer les perspectives de viabilités économique, sociale et environnementale. Fruit d'un programme international de quatre années, cet ouvrage collectif dévoile les limites des modèles de développement du XXe siècle. Issues d'expériences canadiennes, roumaines et antillaises, les différentes études de cas proposées ici illustrent la diversité des situations et le partage de défis communs : du recyclage d'espaces usés et dégradés ? devenus obsolètes au regard des impératifs économiques du moment ? à la fabrication de nouveaux territoires aux usages renouvelés défiant la durabilité. Un regard aiguisé sur le monde d'aujourd'hui pour mieux envisager notre environnement de demain.
Aragon Falomir Jaime ; Dehoorne Olivier ; Vidal Or
La Nature en Vente explore l’histoire environnementale de la Caraïbe, du colonialisme au capitalisme touristique, révélant comment l’exploitation de la nature a façonné les sociétés, les inégalités et les dynamiques écologiques, hier et aujourd’hui.Cet ouvrage propose une réflexion inédite sur l'histoire environnementale du grand espace caribéen, du XVIIIe siècle à nos jours. Il part d'une conviction forte : l'histoire de la région ne peut être comprise sans intégrer la dimension environnementale, longtemps négligée dans les récits historiques et les traditions historiographiques. En croisant les sciences naturelles et sociales ? histoire, anthropologie, géographie, archéologie, économie, sciences politiques ?, ce livre adopte une perspective transdisciplinaire pour analyser les liens entre sociétés, empires, nations et ressources naturelles. Les contributions réunies ici portent sur l'eau, les bois, les forêts et plus largement sur les richesses extraites du territoire, tout en soulignant la place décisive qu'a prise le tourisme, devenu l'un des principaux moteurs de l'exploitation de la nature caribéenne et de sa marchandisation. Elles montrent comment l'extractivisme ? qu'il soit minier, agricole, forestier ou touristique ? a façonné les structures sociales, économiques et politiques de la région. Dans la lignée des réflexions de l'historien panaméen Guillermo Castro, ce volume met en évidence les contradictions d'un modèle de croissance fondé sur la destruction sociale et écologique, et invite à penser de nouvelles voies pour une histoire partagée, inclusive et attentive aux enjeux environnementaux du présent.
La Louisiane, colonisée par la France, est le seul état d'Amérique où le français est organique : non seulement un quart de million de cajuns se réclament de cette appartenance linguistique, mais encore certaines tribus indiennes, comme les Hourras. A ceux-ci s'ajoutent moins de dix mille personnes qui parlent créole, Kréyol La Lwizyàn. Mais les points communs vont au-delà de la langue : le climat, l'agriculture, la géographie, la cuisine, et surtout l'histoire et la culture sont en partage entre Louisiane et Antilles. La Louisiane, comme tout le Sud, est l'une des pointes du triangle de la Traite. Le présent recueil explore quelques-uns de ces fascinants partages dans un esprit pluridisciplinaire.
Le colloque international « Édouard Glissant : l'éclat et l'obscur » (2018) fut le premier organisé en Martinique pour célébrer l'écrivain en sa terre natale. Les organisateurs du colloque, Dominique Aurélia, Jean-Pierre Sainton et Alexandre Leupin ont voulu, à travers ce volume, épouser l'esprit d'une ?uvre qui s'est, dès l'origine, ouverte au monde et à la poésie. Le colloque international « Édouard Glissant : l'éclat et l'obscur » fut le premier jamais organisé en Martinique pour célébrer l'écrivain en sa terre natale. Comment revenir au terroir contraint de l'île après avoir arpenté toutes les terres libres auxquelles avait conduit le débordement fécondant de ses eaux? Il y aurait quelque chose de l'ordre de la mauvaise mesure. Mais ici, c'est une île, qui comprend le monde. L'un et l'ailleurs y sont présents. Il convenait de les nouer en épousant l'esprit d'une ?uvre qui s'est, dès l'origine, ouverte au monde et à la poésie, dans une admirable fusion.
Cet ouvrage n'a d'autre prétention que celle d'offrir une introduction à la lecture d'un des romans majeurs qui marquent le renouveau des lettres hispano-américaines dans la seconde moitié du XXème siècle, appelé familièrement le "boom". Sorti en 1962, le roman retrace les aventures, à la fin du " siècle des Lumières ", d'une femme entre deux hommes mais aussi celles d'un jeune homme entre Amérique et Europe, au coeur de la révolution "française" que le roman entend revisiter. Les moments décisifs d'une Histoire qui unit et sépare les deux rives de l'Atlantique, comme les pages consacrées à la Guadeloupe, ne doivent pas faire oublier l'hymne aux beautés de la nature américaine, au "réel merveilleux" qui définit, selon Carpentier, le continent américain et en particulier la Caraïbe, espace vital et moral pour les personnages, espace d'invention romanesque et poétique pour le romancier. Si Le Siècle des Lumières est devenu un classique de notre temps, pour notre temps, il doit cette sorte de promotion d'abord, à la formulation d'un impératif à la fois simple et exigeant : il appartient à l'homme "d'améliorer ce qui est"/mejorar lo que es, mais aussi à la force et à l'étonnante richesse de sa langue, à "des mots" qui, comme il est rappelé au début du roman, "ne tombent pas dans le vide".