Divisé en huit parties, Après les cendres peut se lire comme une chronique de deuil, tenue quatre années durant. L'auteur y interroge la disparition de la figure du père. "Ecrire, c'est avoir la mort au bout de la langue". Emprunté à Michel Schneider, cet exergue donne le la aux brefs chapitres d'un récit autobiographique fragmenté. Regard ironique et humour noir y font souvent pièce à la douleur commune : ils éclairent, subvertissent la part sombre des événements. Par fidélité à une mémoire ancienne, certains lieux se détachent de l'épaisseur du temps ; ils bornent un territoire personnel et dessinent une géographie intime. Une filiation se dessine alors - mais en creux. Une transmission opère - mais par défaut. Une reconnaissance apparaît - mais grevée par le remord. Une fratrie s'y esquisse - mais trouée par la dispersion. Bref, l'ordre naturel des choses suit son petit bonhomme de chemin. Et Benoît Damon arpente, avec une légèreté d'observateur attentif aux moindres faits, le plus grand cimetière de la ville jusqu'à découvrir ce qu'il ignorait y chercher. Entretemps, deux baudruches tombées du ciel, chacune porteuse d'un message espérant une réponse, sembleront lui avoir été expressément adressées par-delà une frontière invisible. Mais laquelle au juste ? Peut-être bien celle qui relie, plus qu'elle ne sépare ou divise, les morts des vivants ; et les hommes des enfants qu'ils furent hier, jusqu'à ceux d'aujourd'hui.
Nombre de pages
160
Date de parution
10/09/2021
Poids
170g
Largeur
120mm
Plus d'informations
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EAN
9782889550463
Titre
Après les cendres
Auteur
Damon Benoît
Editeur
HEROS LIMITE
Largeur
120
Poids
170
Date de parution
20210910
Nombre de pages
160,00 €
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Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...
Ce n'était que bouts de ficelle, rognures d'ongles, boutons trouvés, capsules de bières et paroles volées. Avec ça, il bricolait de petites machines qui ne servaient à rien et n'intéressaient presque personne - de toutes petites machines privées de sens comme d'influence dans quelque sphère que ce soit. Mais, en dépit de sa minutie tatillonne et de tous les efforts déployés au cours de leur fabrication, aucune d'entre elles ne fonctionnait comme il l'aurait souhaité ; il demeurait toujours, ici ou là, un grain de sable inopportun : avant d'éclater, il crissait entre deux rouages mal ajustés. Et tout était à recommencer. En plus fin. Plus discret. Plus effacé. "
Et l'enfance morne, coite, animalière, s'en allait en marge du temps : elle coulait, se précipitait, cristallisait déjà dans l'obscure profondeur de ce que nous allions devenir : gesticulants pantins de chair et de sang, fils de la Chute - singes d'hommes tombés de la vulve des mères. " Dans ce bref récit, Benoît Damon - qui renoue ici avec l'écriture de soi - a réuni les séquences d'un bestiaire aux pages d'un journal, tenu notamment suite à l'étrange maladie qui frappa son père. Empruntés à différentes périodes de la vie de l'auteur, des souvenirs font écho à tel geste, regard ou épisode du temps présent.
Peu de temps avant sa mort, Théodore Géricault exécute dix portraits d'aliénés. Pensionnaire à l'hospice de Charenton, l'un d'entre eux, appelons-le "Monomane de la guillotine", s'adresse au jeune peintre durant trois séances de pose. II raconte la Révolution, évoque le marquis de Sade, Marie-Antoinette, Louis XVI et leur exécution. Tissant des liens entre les événements historiques et son destin individuel, cet "Enfant de la Patrie" convoque les figures parentales, sans doute jamais connues. Mais l'enquête est insoluble: bien que dévoilé, le mystère de la naissance demeure entier... "Je suis en ces lieux, comme je l'étais le jour de mon arrestation par trois hommes de main, je suis, j'étais, je demeure qui je suis: le fils de la guillotine."
L?écrivain et critique David Bosc tente dans ce court texte de penser le rapport singulier que les écrivains peuvent entretenir avec le langage. Son texte s?ouvre sur l?adage fameux de Nicolas Boileau, selon lequel « Ce que l?on conçoit bien s?énonce clairement ». Cette affirmation est d?emblée mise en regard d?autres citations qui constituent autant de témoignages d?écrivains sur leur expérience. David Bosc, en lecteur et en écrivain, entre en dialogue avec ces voix plurielles et s?interroge avec elles sur la place de l?intention et du rythme dans l?écriture, sur ce qui peut pousser à écrire, ou sur ce qu?on peut entendre ou désigner par auteur ou créateur. Il se fraie un chemin à travers des mots dont il fait entendre toute l?épaisseur de sens : celui d?instance, par exemple, qui serait peut-être plus juste que celui d?auteur pour penser la création. Il fait ainsi résonner, dans ce tissage de voix d?autres «praticiens» et penseurs, , et ce depuis leur singularité, une expérience commune de l?écriture, celle d?un non-savoir, et d?une aventure qui relève moins d?une intention maîtrisée que d?un perdre pied au sein du langage. Ce texte reprend une conférence prononcée au Banquet du livre d?automne de Lagrasse, le 29 octobre 2016.
Quitter les lieux communs, prendre ses distances avec tel ou tel discours à la mode et retrouver enfin "une parole dense, une culture fondée, un monde intimement et intensément vécu" . Voici, pour le poète, l'essentiel. Territoires chamaniquesest le fruit d'un long travail de récolte de chants et de poèmes oraux. Kenneth White nous introduit avec jubilation à une poésie première, qui n'a cessé de nourrir, à travers le monde, un sentiment de proximité avec les choses et les êtres. Une poésie qui dessine une géographie originale et originelle dont les contours délimitent les fondements mêmes de notre culture. Cet ouvrage a fait l'objet d'une première édition en 2007.
Abu Al-Hayyat Maya ; Mikhaïl Mireille ; Julien Hen
Cette anthologie des poèmes de Maya Abu Alhayyat prend pour thème la situation des Palestiniens en Palestine. A l'enseigne du titre qu'elle donne à l'anthologie, ses raccourcis ressemblent souvent à des litotes qui tournent mal. Quand elle demande "comment tu as traversé la rue" , elle se doit de préciser "à ta sortie de prison" . Une poésie de la douche froide, comme sans y toucher. La vie pourtant quand même passe, "Oh merveille" écrit-elle, avec ses petits bonheurs, ses peurs abyssales, ses révoltes rentrées, ses accès de panique. Encore et encore. Le recueil est une anthologie, composée par l'autrice Maya Abu Al-Hayyat, à partir de ses livres Ce sourire... ce coeur (2012), Robes d'intérieur et guerres (2015) et La peur (2021). La traduction s'efforce de respecter la limpide architecture formelle des poèmes et de perpétuer l'espèce de flottement d'une sensibilité à la fois toujours aux aguets et réceptive aux signaux faibles de la vie ordinaire pourtant presque impossible à vivre dans un tel contexte.
Mendel Singer alluma la bougie dans la bouteille verte à côté du lit et alla à la fenêtre. Là, il vit le reflet rougeâtre de la vivante nuit américaine qui se jouait quelque part et l'ombre argentée intermittente d'un projecteur qui semblait désespérément chercher Dieu dans le ciel nocturne. Oui, Mendel voyait même quelques étoiles, quelques misérables étoiles, des constellations déchiquetées. Mendel se souvenait des nuits claires et étoilées au pays, du bleu profond du ciel immensément étendu, du croissant de lune doucement courbé, du sombre murmure des pins dans la forêt, des voix des grillons et des grenouilles.