L?écrivain et critique David Bosc tente dans ce court texte de penser le rapport singulier que les écrivains peuvent entretenir avec le langage. Son texte s?ouvre sur l?adage fameux de Nicolas Boileau, selon lequel « Ce que l?on conçoit bien s?énonce clairement ». Cette affirmation est d?emblée mise en regard d?autres citations qui constituent autant de témoignages d?écrivains sur leur expérience. David Bosc, en lecteur et en écrivain, entre en dialogue avec ces voix plurielles et s?interroge avec elles sur la place de l?intention et du rythme dans l?écriture, sur ce qui peut pousser à écrire, ou sur ce qu?on peut entendre ou désigner par auteur ou créateur. Il se fraie un chemin à travers des mots dont il fait entendre toute l?épaisseur de sens : celui d?instance, par exemple, qui serait peut-être plus juste que celui d?auteur pour penser la création. Il fait ainsi résonner, dans ce tissage de voix d?autres «praticiens» et penseurs, , et ce depuis leur singularité, une expérience commune de l?écriture, celle d?un non-savoir, et d?une aventure qui relève moins d?une intention maîtrisée que d?un perdre pied au sein du langage. Ce texte reprend une conférence prononcée au Banquet du livre d?automne de Lagrasse, le 29 octobre 2016.
Nombre de pages
48
Date de parution
05/06/2020
Poids
46g
Largeur
116mm
Plus d'informations
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EAN
9782889550319
Titre
Il faut un frère cruel au langage
Auteur
Bosc David
Editeur
HEROS LIMITE
Largeur
116
Poids
46
Date de parution
20200605
Nombre de pages
48,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Un homme d'une quarantaine d'années, Milo, s'installe dans une maison familiale, située dans les Bouches-du-Rhône et abandonnée depuis longtemps. Il y vit en marginal, travaillant au noir à l écart des habitants du village. On le découvre hanté par des cauchemars fratricides et le souvenir d'une ancienne compagne. Parce qu il refuse d avoir un enfant avec celle qu il aime et qui le lui demande, Milo a fait délibérément un pas de côté par rapport au cours logique de l existence. En opposant un refus radical au destin qui lui semblait assigné, Milo s aventure, tel un funambule sur le fil fragile de l existence, en quête d une vie nouvelle. Milo pourrait s apparenter à un roman d apprentissage. Or, de cheminements hasardeux en errances volubiles, c est à un roman de la reconstruction que le lecteur s avère convié. Par un véritable travail de sape, en usinant ou en coupant, en découpant, puis en clouant, le personnage cherche comment il pourra à nouveau prendre part à la vie. Bien plus qu un cheminement individuel, c est la fresque entière d une époque qui prend forme sous nos yeux. On lit certains romans pour savoir; Milo, il s agirait plutôt de l écouter. La voix du personnage et celle du narrateur-auteur s entremêlent au point de faire apparaître, en poussant la dissonance jusqu à son paroxysme, de terribles moments de crise mais aussi de véritables états de grâce. D ailleurs, cette voix ne manque pas de faire écho, parfois, à l écriture de Samuel Beckett. Sous l apanage d une tournure littéraire foncièrement classique auquel l auteur prend un malin plaisir à tordre le cou, entre autodafé et feu de joie, Milo nous donne à voir le parcours d un homme qui a choisi l errance afin de se réconcilier avec le monde.
Sonia cherche à se perdre dans les rues ravagées de Londres, dans la ville rendue à la nuit par le black-out, dans les forêts environnantes, dans les caves à jazz, dans l'emmêlement des corps et dans les méandres de ses propres dessins. Poursuivant un désir à quoi rien ne saurait répondre, elle amorce un envol qui n'aura pas de fin. Quand on a vécu son enfance dans une absolue liberté et que l'entrée dans l'âge adulte ne s'est assortie d'aucun harnais, d'aucune obligation ni désir de servir, de consacrer les bonnes heures du jour au travail, aux soins des enfants ou des animaux, alors la faim de liberté se déplace, elle mute, elle trouve aussitôt d'autres murs à quoi se heurter, d'autres insuffisances : la société, bien sûr, la liberté qu'on n'a pas d'y faire ceci, d'y être cela, mais aussi la limitation du corps et la limitation de l'esprit. Sonia voudrait ne plus avoir de nom, ne plus avoir de langage, ne plus avoir de visage. Elle croit qu'il y a mieux à faire que d'être à son tour une personne et que chacun peut devenir une suite ininterrompue d'événements : par contagions et par alliances, en trahissant l'espèce, le genre et la communauté.
Quitter les lieux communs, prendre ses distances avec tel ou tel discours à la mode et retrouver enfin "une parole dense, une culture fondée, un monde intimement et intensément vécu" . Voici, pour le poète, l'essentiel. Territoires chamaniquesest le fruit d'un long travail de récolte de chants et de poèmes oraux. Kenneth White nous introduit avec jubilation à une poésie première, qui n'a cessé de nourrir, à travers le monde, un sentiment de proximité avec les choses et les êtres. Une poésie qui dessine une géographie originale et originelle dont les contours délimitent les fondements mêmes de notre culture. Cet ouvrage a fait l'objet d'une première édition en 2007.
Abu Al-Hayyat Maya ; Mikhaïl Mireille ; Julien Hen
Cette anthologie des poèmes de Maya Abu Alhayyat prend pour thème la situation des Palestiniens en Palestine. A l'enseigne du titre qu'elle donne à l'anthologie, ses raccourcis ressemblent souvent à des litotes qui tournent mal. Quand elle demande "comment tu as traversé la rue" , elle se doit de préciser "à ta sortie de prison" . Une poésie de la douche froide, comme sans y toucher. La vie pourtant quand même passe, "Oh merveille" écrit-elle, avec ses petits bonheurs, ses peurs abyssales, ses révoltes rentrées, ses accès de panique. Encore et encore. Le recueil est une anthologie, composée par l'autrice Maya Abu Al-Hayyat, à partir de ses livres Ce sourire... ce coeur (2012), Robes d'intérieur et guerres (2015) et La peur (2021). La traduction s'efforce de respecter la limpide architecture formelle des poèmes et de perpétuer l'espèce de flottement d'une sensibilité à la fois toujours aux aguets et réceptive aux signaux faibles de la vie ordinaire pourtant presque impossible à vivre dans un tel contexte.
Mendel Singer alluma la bougie dans la bouteille verte à côté du lit et alla à la fenêtre. Là, il vit le reflet rougeâtre de la vivante nuit américaine qui se jouait quelque part et l'ombre argentée intermittente d'un projecteur qui semblait désespérément chercher Dieu dans le ciel nocturne. Oui, Mendel voyait même quelques étoiles, quelques misérables étoiles, des constellations déchiquetées. Mendel se souvenait des nuits claires et étoilées au pays, du bleu profond du ciel immensément étendu, du croissant de lune doucement courbé, du sombre murmure des pins dans la forêt, des voix des grillons et des grenouilles.
Indices et décomptes. Le réel, la poésie ne se soucie pas de l'enfermer dans une définition, pourtant elle ne cesse de l'interroger. Numéroter, classer, puis remélanger, numéroter encore. Les indices sont aussi des propositions. Le réel est une suite d'énoncés. Les listes peuvent être courtes ou longues, sembler se contredire ou parfois se compléter. Leur combinaison ébauche des structures. Il faut se méfier quand le sens prend. Rester dans le comptage, dans le montage, ménager toujours du jeu. Peut-être qu'au final le réel c'est cela : il n'y a pas de final, précisément. Lorenzo Menoud travaille à maintenir dans la langue du poème la possibilité de reconfigurer le réel sans jamais l'y figer.