La logique du don est mystérieuse. Pour de nombreux économistes et gestionnaires, c'est une pratique sociale, de nature affective ou morale, qui échappe à leur domaine de compétence. Le don n'a pas, selon eux, le sérieux qui sied à ceux qui sont en charge de "faire des affaires". Evoquer la place du don en économie, c'est donc être un peu naïf. Pourtant, dans l'entreprise et sur les marchés, on trouve partout du don et du gratuit. Cela saute aux yeux : le coup de pouce au collègue, le renvoi d'ascenseur, le transfert gratuit d'informations, les cadeaux d'entreprise, les remises gracieuses au client, le service rendu sans y être obligé, etc. La vie concrète de l'économie, celle qu'il nous faut arriver à déchiffrer pour comprendre son fonctionnement et son efficacité, est animée de milliers de dons quotidiens sans lesquels l'entreprise et les marchés tout simplement n'existeraient pas. Les auteurs de cet ouvrage refusent d'exclure de l'économie la logique du don et refusent aussi de l'idolâtrer. Ils la considèrent comme un des moteurs de l'activité humaine. Il s'agit de comprendre la manière selon laquelle ce qui est codifié et institutionnalisé par les marchés, les contrats et les normes organisationnelles entre en frottement avec ce qui est "ouvert" et lié à la liberté subjective de donner. L'articulation entre la logique du don et celle de l'échange doit être au coeur d'un programme de recherche incluant le don en économie. Pour cela, il convient de faire oeuvre de réalisme en sciences sociales et, en particulier, en gestion.
Le XXIe siècle vit un changement de rythme. L'invention d'Internet, la mondialisation des marchés et de la finance, celle des réseaux sociaux ont imposé une mutation profonde dans les relations, jusqu'au sein de l'économie et du capitalisme. Les conceptions innovantes doivent tenir compte des nouvelles attentes en matière de rapports humains. Qui souhaite évoluer doit respirer, écouter, parler avec tout son corps, à la manière des plantes. Qui veut survivre aujourd'hui est appelé à déployer toutes ses fonctions ? y compris la fonction entrepreneuriale ? en renonçant à exercer un contrôle sur tout, en activant et en responsabilisant toutes les cellules du corps dans une dynamique de communion et d'unité. Ce livre parle donc d'économie, de don, de communion, de la subsidiarité dans le management, d'esprit du capitalisme..., des expressions peu familières au langage économique d'aujourd'hui. Le message est bien porteur de nouveauté, car on y découvre la puissance du fragile, du vulnérable, et on contemple l'action de cette économie humaine et silencieuse, déjà profondément à l'oeuvre au sein de nos sociétés. Une mine d'inspiration pour théoriciens et acteurs de la vie économique et politique.
Le Moyen Age dans le texte, explore différentes facettes de la "nouvelle histoire textuelle" qui s'est imposée en histoire médiévale ces trente dernières années. Le livre reflète un cycle d'ateliers où se sont confrontés pendant cinq ans des chercheurs issus du Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (Lamop), de France et de l'étranger, de l'Angleterre au Japon, dans une approche interdisciplinaire mettant en contact historiens, spécialistes de la littérature, linguistes et philologues. La nouvelle histoire textuelle a révolutionné le champ de l'histoire médiévale en interrogeant toutes les dimensions de la source-texte, conçue non plus comme une évidence, mais comme le terrain d'une enquête, quantitative et qualitative, devant sans cesse être renouvelée. Comment articuler les connaissances auxiliaires nécessaires à l'exploration historique du texte ? Quels jeux d'échelles adopter, et quelle philosophie de rapport à la source ? Comment replacer les textes dans leurs sociétés de création ? Cinq angles d'attaque sont présentés, permettant de réfléchir à ces problèmes : les enjeux de l'histoire des collections textuelles ; les jeux de code-switching et d'oscillation linguistique ; la Bible en tant qu'objet d'histoire textuelle ; l'absence du texte comme défi à la recherche ; enfin les différentes approches européennes du concept d'écriture pragmatique.
Jacques Maritain (1882-1973) fut sans doute le plus grand philosophe chrétien du XXe siècle. Né à Paris dans le milieu de la gauche libérale, il découvrit la foi chrétienne avec sa jeune compagne Raïssa (1883-1960), juive issue de l'émigration russe. On peut dire qu'il arma intellectuellement le monde chrétien face aux défis de la modernité, promouvant un humanisme démocratique plus actuel que jamais. Homme et femme de prière, Jacques et Raïssa témoignèrent pour une Église servante et pauvre qui puisse trouver, dans la contemplation de Jésus sur tous les chemins du monde et de la vie, un chemin d'Évangile pour aujourd'hui. Jean Daniel fut marqué par la pensée de Jacques Maritain au grand séminaire de Quimper. Il connut la vie monastique bénédictine, puis il discerne sa vocation à la Chartreuse : celle d'ermite paysan. En 1969, il a un contact direct avec Jacques Maritain qui l'encourage dans sa vocation.
Depuis plus d'un millénaire, l'oeuvre du moine arménien, Grégoire de Narek (940-1003), a accompagné les fidèles de sa nation dans toutes les circonstances de leur vie. On déposait son livre sur l'autel paroissial ; on le lisait au chevet des malades pour obtenir leur guérison ; on en insérait des extraits dans la liturgie de la messe. Si l'on partait en voyage, on en recopiait quelques pages, qu'on gardait sur soi comme viatique contre les craintes et les périls. Presque inconnu en Occident jusqu'au milieu du XXe siècle, saint Grégoire de Narek a été proclamé docteur de l'Eglise universelle en 2015. Il enseigne l'art de parler à Dieu des profondeurs du coeur, en nous présentant devant lui avec une sincérité exempte de pharisaïsme. Si nous sommes tous sauvés en Christ, nous partageons solidairement toutes les fautes de nos semblables. Nous sommes tous impliqués dans la même chaîne de prières, jusqu'à la fin des temps, en une démarche de contrition profondément libératrice.
A 36 ans, je redécouvre un monde devenu presque "étranger" : le monde de la nourriture apaisée, le monde de la vie restaurée, un monde qui ne ressemble finalement qu'à celui de nouvelles faims. D'appétits furieux de sens et de désirs retrouvés, de boulimie de vie intérieure. Je passe devant ces toilettes qui ne servaient à rien sauf à ma destruction, à ma douleur et à mon apaisement. (...) Dans quelle prison faut-il se trouver pour se sentir menacée et dérangée pour une bouchée ? Une prison mentale qui s'appelle l'anorexie et sa meilleure copine la boulimie. Deux "personnes" qui avaient pris possession de mon cerveau, de mes comportements, de mon être tout entier jusqu'à éclipser ce que j'étais réellement. Deux personnes qui ont dominé ma vie pendant plus de dix ans. Qui m'ont fait sombrer dans l'horreur du gouffre, de la vase et de la boue. Qui m'ont dépouillée entièrement physiquement et mentalement".
Ils s'appellent Denko, Bintou, Jonathan. Ils viennent d'Afrique noire, d'Europe de l'Est, du Maghreb. A 16 ans, parfois plus jeunes encore, ils ont fui la guerre, des menaces pesant sur leurs familles, la misère. Le drame de l'exil les a endurcis, a broyé leur innocence. Au titre de la protection de l'enfance, la France reconnaît des droits à ces garçons et filles, mineurs étrangers non accompagnés (MNA) le droit à bénéficier d'une assistance et d'un hébergement, le droit à être scolarisé. Mais faire appliquer ces droits est un long combat, d'abord parce que les administrations mettent systématiquement en doute l'âge de ces jeunes, qu'ils soumettent à des tests osseux pourtant très controversés, ensuite parce que le droit de rester en France leur est souvent refusé à la majorité. Membre du Réseau Education Sans frontières (RESF) depuis 2008, et fondatrice des associations Eole en 2018 et Hébergeurs Solidaires et Parrains Engagés (HéSoPE) en 2019, Marie-Pierre Barrière se bat à leurs côtés. Comme citoyenne et comme chrétienne, elle témoigne avec force de sa foi en ces jeunes encore à l'aube de leur vie, et défend un autre projet de société : celui de l'ouverture et de l'inclusion, à rebours de la politique actuelle de durcissement des conditions d'accueil et de fermeture des frontières.