Pour valoriser leur histoire et leurs " traditions ", les groupes ou les individus s'approprient et transforment couramment les mots et les imaginaires des autres en visant une identité consensuelle qui répondrait non seulement à leurs attentes, mais aussi aux regards et aux discours extérieurs. Dans ce jeu de miroir, paroles, écrits et images se croisent et se combinent en direction de différents publics. Localement, les créations plastiques et les récits oraux des artistes ou des élites s'inspirent en partie des publications ethnologiques ou des stéréotypes culturels véhiculés par les médias. En retour, ils produisent de nouveaux écrits selon des enchaînements circulaires permettant d'accorder culture locale et communication globale, tradition et création contemporaine, savoirs " autochtones " et travaux scientifiques, mémoires du passé et revendications du présent. Anthropologiques, historiques ou linguistiques, les quinze études réunies dans cet ouvrage analysent les usages identitaires ou mémoriels de ces va-et-vient constants entre oralités, écritures et/ou images afin d'en saisir les raisons et les effets dans différents contextes africains, américains et européens.
Nombre de pages
286
Date de parution
24/11/2015
Poids
510g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782811114794
Auteur
Ciarcia Gaetano ; Jolly Eric
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
Date de parution
20151124
Nombre de pages
286,00 €
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Depuis quelques décennies, le passé de l'esclavage est devenu une question sociétale importante et dont la charge politique est considérable. Issus de recherches concernant des contextes africains, américains et européens, les articles ici réunis interrogent les gestes, les récits et les visions propres à l'institution globalisée et plurielle d'une mémoire culturelle des traites négrières. Une telle mémoire est à l'oeuvre dans la création de lieux, de monuments, de rituels ou de discours dont la quête de consensus ou de réparation n'est pas sans soulever, parfois, de vives polémiques et de fortes tensions. Ainsi, ce dossier vise à montrer les manières dont le souvenir du passé esclavagiste se manifeste également par le biais de postures morales, de revendications identitaires et d'émotions. Analyser les enjeux sous-jacents de reconnaissance, d'héritage, de dette qui gouvernent ces fabrications mémorielles est l'un des objectifs de cette livraison.
L'ethnologue sur le terrain est amené à rencontrer une grande diversité d'acteurs et de témoins qui sont producteurs de discours sur des savoirs et des savoir-faire locaux, susceptibles d'être objectivés de l'extérieur et mis en inventaire. Ces personnes que nous définissons, dans cet ouvrage, comme des "passeurs de mémoires" ne correspondent pas au portrait stéréotypé de l'érudit du terroir ou du porte-parole de communautés imaginées que l'on voit notamment évoqué dans certains dis-cours émanant de l'Unesco. Si ces passeurs ne reprennent pas à leur compte l'image qui voudrait faire du vieillard qui meurt une "bibliothèque qui brûle", ils savent organiser leur discours en y mêlant des références à la tradition et à la modernité et en faisant un outil politique. Leur capacité à être à la fois des porteurs, des auteurs, des enquêteurs-collecteurs de mémoires culturelles et des lecteurs de textes scientifiques caractérise les actions des passeurs dont ce volume présente des ethnographies. Dans les contributions ici réunies, l'analyse des pratiques de la transmission croise l'examen de leurs représentations. Les études qui viennent illustrer cette problématique s'intéressent aussi bien à des contextes français qu'à des situations extra-européennes (Afrique, Amérique, Asie, Océanie).
Sur les lieux de la Route de l'Esclave dans le Bénin méridional, l'institution d'une mémoire officielle de la traite négrière a été accompagnée, dans les années 1990, d'un mouvement de réforme des cultes vodun mené par leurs dignitaires ainsi que par des élites intellectuelles et politiques. Issu d'enquêtes effectuées entre 2005 et 2012, ce livre propose une analyse de certains espaces publics et cérémoniels porteurs d'un héritage culturel et moral émanant du passé esclavagiste. A la fois sélective et projective, la mémoire de ce passé suscite des interprétations, des fictions et des récits, mais également des oublis créateurs, entre reconstitutions consensuelles et versions partiales des faits historiques. Le rappel d'événements récents, mais déjà fondateurs ? tels le Festival des arts et de la culture vodun Ouidah 92. Retrouvailles Amériques-Afrique en 1993 ; le lancement de la Route de l'Esclave en 1994 ; la création de la Fête nationale du vodun en 1997 ; la tenue annuelle, depuis 1998, de la Marche du repentir ? est associé ici à une réflexion sur le moment patrimonial contemporain. Au prisme des rapports entre narrations locales, savoir ethnographique et vulgates missionnaires, cette recherche interroge l'émergence actuelle d'une connexion mémorielle entre figures du passé de l'esclavage et entités vodun devenues l'expression d'une religion à la fois "endogène" et "diasporique".
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.