De Vladimir Jankélévitch à Michel Guiomar, de Philippe Ariès à Ernst Bloch, l'hora incerta a toujours fasciné, sans doute parce que s'y mêle, selon la formule de Georges Devereux, l'angoisse de l'objet interne : moi qui parle de la mort des autres, je vais mourir, mais à cet instant rien en moi ne parlera plus?Énigme médicale, gouffre métaphysique, esthétique ambiguë : tout cela est connu, arpenté, illustré ; depuis quelques années cependant, le tabou du cadavre et ses transgressions occupent un pan de plus en plus considérable de la production contemporaine, qu'il s'agisse de littérature, de cinéma, de fictions télévisuelles. Tout se passe comme si, à l'hypertechnicité des romans criminels - avec une particulière mention pour la scène d'autopsie, devenue incontournable morceau de bravoure - correspondait en creux, en absence, une occultation magique de l'inéluctable, lorsque très littéralement, très visuellement, reviennent les morts, mêlés aux vivants, prenant la parole dans les voix off du cinéma ou du roman? sans que l'on puisse garantir le label "fantastique", que rien, dans le déroulement du récit, ne vient par ailleurs étayer. Les morts envahissent et saturent notre imaginaire, au fur et à mesure qu'ils désertent nos maisons (on meurt à l'hôpital) et nos rites (le deuil, escamoté, ne sied plus à Electre). Nos fictions vont-elles désormais vers une "achérontique du retour ", où le corps du mort accède de plein droit au statut de " morphème herméneutique" ? Cet ouvrage analyse cette invasion et cette présentation paradoxale des figures de la mort dans la littérature, le cinéma et les séries télévisuelles contemporaines.
Date de parution
22/02/2007
Poids
580g
Largeur
150mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782745314956
Titre
NOUVELLES MYTHOLOGIES DE LA MORT
Auteur
CASTA ISABELLE
Editeur
CHAMPION
Largeur
150
Poids
580
Date de parution
20070222
Disponibilité
Sur commande en 4-6 jours
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
Aujourd'hui, le genre policier s'aventure et fleurit loin, bien loin souvent de son origine narrative "classique" ; le crime se chante, se dessine et se peint, se met en scène, jouxte la littérature d'enfance autant que la nouvelle fantastique, se fait loufoque ou bien nous glace le sang : en un mot, le crime contamine toutes les formes de la fiction contemporaine. Et c'est là l'idée forte du présent ouvrage : en un siècle et demi, à mesure que s'éloignait l'ancien canon des frontières du littéraire, le dire policier est devenu la mère de tous les récits. Il leur a transmis son esthétique, ses propres registres d'attente et de réception, et il imprime son rythme (énigme/leurres/indices/résolution partielle/dénouement...) à la "posture" mentale de générations entières. En terme de problématologie (Michel Meyer), on peut dire que la procédure criminelle est à la fois du côté de la question (comme la science-fiction) et de la réponse (comme le mythe) et que, ainsi, elle nous constitue en sujet lyrique, contrairement à bien d'autres créations de la modernité. Oui, tout se passe comme si l'oeuvre criminelle savait trouver en nous une forme d'acquiescement fasciné, d'addiction sans retour, consumés que nous sommes par le feu noir.
L'enfant souillée, puis suicidée dans Les Démons de Dostoïevski, l'errance toxique des petits durs de Robert Cormier, l'apprenti nazi au visage d'âge peint par Stephen King... autant de signes de l'opérativité du Mal, contextuellement plus choquant car rapporté à l'enfance, à la jeunesse, moments de l'Etre où nous nous plaisons à déposer nos rêves de pureté, d'innocence, de protection et de préservation. Or, le réel dément chaque jour cette sanctuarisation idyllique, et cet autre réel que porte la littérature de jeunesse vient nous chuchoter de bien sombres histoires - histoires de cruauté, d'abandon, de vices et de tortures. Constater la "banalité du mal" chez l'enfant des fictions (mal qu'il commet/mal qu'on lui inflige) amène au besoin d'expertise : qu'ont donc à nous apprendre, à ce propos, l'Histoire, la tradition, l'esthétique, la morale ? Ce scandale permanent et renouvelé nous interroge en effet autant que nous le questionnons, inspirés que nous sommes par l'énigmatique parole hégélienne : oui, "les blessures de l'esprit sont les seules à guérir sans laisser de cicatrices".
Le guérisseur, le rebouteux, la sorcière new age, le savant fou, la "princesse de science" ou le généraliste à l'écoute tolérante : autant de figures de "docteurs" peuplant la littérature de jeunesse de leur expertise, de leur puissance salvifique, ou parfois aussi de leur malveillance. Ce sont ces contrastes, ces paradoxes et ces différentes incarnations que le présent Robinson évoque et rappelle, à la lumière de la devise "primum non nocere" du triangle hippocratique. Soigner, guérir ou occire... scandent ainsi le trajet de l'énergie vitale, capable de ranimer la santé comme de l'anéantir, parcourant les oeuvres de jeunesse d'un influx venu de Paracelse et d'Erasme ; c'est pourquoi magie et sapience se mêlent dans les présentes contributions, redessinant les traits complexes des médecins de l'âme et du corps.