L'ouvrage Playlist : musique et sexualité est constitué de seize essais autonomes, qui explorent tour à tour la musique dans les pratiques sexuelles, et le sexe dans les pratiques musicales. Il se déploie d'une thématique vers l'autre, comme un texte de sociologie de la musique qui virerait insensiblement au texte de musicologie. Quel est aujourd'hui le rôle de la musique dans la vie sexuelle des personnes, la réelle comme la fantasmée ? Quelles sont les représentations de la sexualité dans les oeuvres musicales, celles du répertoire classique comme celles des genres populaires ? Quelle a été, de l'Antiquité à nos jours, la trajectoire historique de ces imbrications ? Comment cette histoire dialogue-t-elle, dans la période contemporaine, avec le devenir marchand de la musique, et avec sa numérisation ? Comment la musique s'insère-t-elle dans l'histoire sonore de la sexualité, ce territoire méconnu des sound studies ? Quelles conséquences cette enquête peut-elle avoir pour repenser les pouvoirs de la musique ? Telles sont les questions que ce livre se propose d'explorer. Chaque chapitre aborde ce vaste domaine à partir d'une entrée singulière, comme une série de variations sur un thème musical, ou une playlist thématique. Ce choix formel fait écho à la diversité des oeuvres concernées : Don Giovanni de Mozart, Tristan et Isolde de Wagner, Lady Macbeth de Chostakovitch sont ainsi revisités, entre autres classiques, tout comme Je t'aime moi non plus de Gainsbourg, L'importante è finire de Mina, ou Erotica de Madonna, entre autres tubes. Plus récemment, la diffusion sur internet d'une music for sex et les dispositifs de recommandation des plateformes de streaming incitent à revisiter la critique adornienne de l'industrie culturelle, les idées de Guy Debord sur les femmes dans la société du spectacle, ou encore l'enquête sur la sexualité de Pasolini dans son film Comizi d'amore. Le livre se veut ainsi à la fois une enquête empirique et une proposition théorique, qui discute avec la musicologie féministe et les queer studies, avec les sciences cognitives de l'écoute et du plaisir, avec la sociologie de la culture et l'histoire culturelle. En envisageant la musique comme un dispositif technique aux usages diversifiés, de la présence anthropomorphe à la "musique d'ameublement" , il esquisse une écologie sonore capable de rendre compte à la fois des logiques du plaisir et de celles de la domination, à commencer par la domination des hommes sur les femmes. Si la musique n'a cessé, au cours de l'histoire, d'énoncer et de faire sentir par les sons l'amour et ses attachements, le désir et ses imaginaires, l'ambition ultime de Playlist est de contribuer à une conception renouvelée des formes temporelles de l'expérience humaine.
Commandé avant 16h, livré demain
Nombre de pages
297
Date de parution
22/09/2022
Poids
432g
Largeur
140mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782378040536
Titre
Playlist. Musique et sexualité
Auteur
Buch Esteban
Editeur
EDITIONS MF
Largeur
140
Poids
432
Date de parution
20220922
Nombre de pages
297,00 €
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison à domiciledès 5,10 €
Tout le monde se souviendra de la terrible reprise du thème An die Freude, dans Orange mécanique : Ludwig van est l'idole d'Alex. Rééduqué aux sons de la neuvième, ce dernier est gagné par la nausée chaque fois que l'hymne lui est administré. Assez curieusement, dans son film, Stanley Kubrik a remplacé la cinquième par la neuvième. Peut-être se souvenait-il que le poème de Schiller (An die Freude), était joué dans les camps, enfermant dans un geste qu'Esteban Buch n'hésite pas à qualifier de "satanique", ses auditeurs dans le même cercle de violence barbare que le cynique Arbeit macht Frei.Histoire politique, l'étude d'Esteban Buch trouve doublement sa place dans la bibliothèque de Pierre Nora. D'abord parce qu'elle est l'histoire de la fonction de la musique dans la construction de l'identification nationale. Pour l'Allemagne, comme auparavant pour la France de la Révolution Française, instituer la Nation c'était aussi en institutionnaliser la voix. Et de ce point de vue, Esteban Buch nous montre parfaitement comment l'?uvre de Beethoven est devenue emblématique d'une certaine idée de la nation allemande, en quête de son identité politique. Ensuite parce qu'au fond, à travers une histoire de sa réception, ce qu'il met en valeur, ce sont les mécanismes de "mémoirisation" qui ont fait de cette ?uvre un bien singulier lieu de mémoire. D'Auschwitz à Sarajevo (joué en 96 par Yehudi Menuhin), en passant par son adoption, en 1972, par le Conseil de l'Europe comme hymne communautaire, sans oublier l'année 1981, lorsque François Mitterrand le choisit comme hymne d'investiture, le prélude de l'hymne à la joie aura décidément porté de bien étranges inspirations.Musicologue, sociologue, Esteban Buch s'était déjà fait remarquer lorsqu'il était étudiant à l'EHESS par un très prometteur mémoire sur l'hymne argentin. Il a également publié aux éditions Actes Sud, en 1994, une passionnante étude sur Alban Berg.--Joël Jégouzo--
Le "cas Schönberg": avec cette expression, la critique musicale viennoise désigne, dès 1907, les controverses que déchaînent la figure et la musique du compositeur. Entre mars 1902, date de la création de son sextuor La Nuit transfigurée, et le concert du 31 mars 1913, où les ?uvres de ses élèves Berg et Webern déclenchèrent une quasi-émeute, la valeur de la "nouvelle direction musicale", selon les termes du rapport de police, n'a cessé de diviser le public de sa ville natale. Les adversaires de Schönberg n'ont pas oublié Le Cas Wagner de Nietzsche, qui avait associé esthétique musicale et critique de la culture. Les métaphores politiques de leurs diatribes traduisent les inquiétudes du moment sur le cours du monde, mais s'y manifeste aussi la profonde perplexité que fait naître cette musique littéralement inouïe, s'affranchissant peu à peu de la tonalité jusqu'à devenir, vers 1909, purement atonale. La critique voit en Schönberg, bien avant ses amis qui préfèrent le décrire comme un héritier de la tradition, ce qui fera de lui la principale figure musicale du XXe siècle: un révolutionnaire. Comment l'idée qu'il représente l'avant-garde musicale par excellence s'est forgée pour passer dans le sens commun, c'est ce qu'établit Esteban Buch en se fondant sur une analyse attentive de l'abondante presse de l'époque, en partie oubliée. Elle lui permet de poser un nouveau regard sur les avant-gardes historiques du XXe siècle.
L'affaire Bomarzo est une histoire de censure : la censure, par la dictature argentine en 1967, d'un opéra d'Alberto Ginastera et Manuel Mujica Lainez, accusé de "référence obsessionnelle au sexe, à la violence et à l'hallucination". Ainsi, Bomarzo reste à ce jour l'emblème des persécutions idéologiques de la dictature militaire. D'abord soutenue par le général Ongania lors de sa création à Washington, cette oeuvre de musique contemporaine est, quelques mois plus tard, brutalement exclue de la scène musicale de Buenos Aires par ce même régime. Ses auteurs, pourtant plutôt conservateurs, sont rejetés, condamnés, traités de pervers. Aussi haletante qu'un thriller, la chronique de ce scandale nous fait revivre l'ampleur et la complexité du débat suscité par l'interdiction, et interroge le rôle de l'église et de l'Etat comme régulateurs des rapports entre l'art et la morale. En observant le comportement des artistes et des intellectuels pendant ces années sombres, Esteban Buch dévoile les engagements et les compromissions de l'ensemble de la société argentine et, plus largement, éclaire les rapports entre musique et politique au XXe siècle.
Du secret, dans l'histoire de la Suite lyrique il y en a partout: secret musical, le chiffre de Hanna dans l'oeuvre de Berg, et secret social, la liaison de Berg et Hanna Fuchs. Mais il s'agit d'un secret hystérique, qui tout le temps crie j'existe, je suis un secret, dévoilez-moi, possédez-moi, pour ensuite se dérober à l'aveu, en se repliant dans la conscience des tenants du secret. L'histoire de la Suite lytique est aussi celle des personnages qui, à un moment ou un autre, se voient élevés au rôle de gardiens du secret. Cette histoire ressemble même à un combat dont l'enjeu n'est pas tellement le secret lui-même, mais le droit d'en disposer, et d'écrire l'histoire en conséquence." (Extrait)
Dans Poudreuse, invitation à suspendre le temps pour penser au-delà de nos positions, de nos générations et de nos traditions, la poésie fait surgir des ruines l'espoir d'un renouveau, d'une vitalité retrouvée et d'une communauté imprévisible qui ne demande qu'à être reconnue pour se manifester. Dans un rapport étroit à l'oralité, par la polyphonie de répliques qui pourraient converger en une seule et même voix, l'écriture piège les "solistes" du libéralisme. L'autrice débusque leurs mobiles, leurs manies, leurs tactiques, tandis que la neige - métaphore du système qui nous ensevelit ? -, à la manière du temps qui passe, imperturbable dans sa chute et implacable dans sa manière de recouvrir le réel, vient traverser cette "chronique imparfaite [de l'époque], à l'impératif hors mode, demandant au temps de l'écrire".
Xixi, une adolescente chinoise, vit dans un village de riziculteurs quand une longue période de sécheresse conduit le gouvernement à mener des opérations militaires de géo-ingénierie pour modifier le climat. Son existence va être bouleversée par une conjonction d'événements politiques, familiaux et climatiques. Dans ce poème composé en plusieurs mouvements, Xixi partage réflexions et visions face à la déliquescence du climat. Elle incarne les troubles et les désirs d'une jeune génération qui va devoir s'émanciper et penser les conditions écologiques du futur. Xixi est un poème composé en plusieurs mouvements, qui s'attache à développer des préoccupations actuelles du monde contemporain : place des non-humains, actions et rôles des humains quant à la biosphère, usages collectifs du vivant. La voix principale est celle d'une adolescente ; on suit l'émergence de cette singularité étrange et lucide, confrontée aux violences climatiques et humaines. Xixi s'interroge sur un monde en guerre où l'on cherche à contrôler le ciel et ensemencer les nuages, elle observe les vies minuscules que les humains oublient de protéger, elle est attentive aux relations qu'elle entretient avec l'environnement. Sa prise de conscience écologique s'affirme tout au long du poème, oscillant entre phases candides, incisives, méditatives et oniriques. Sans céder au catastrophisme, Xixi ouvre des imaginaires positifs, dessine un horizon utopique où explorer de nouveaux possibles.
Résumé : Veules-les-Roses est d'abord et avant tout un texte joyeux et drôle. Ce qui n'est pas si courant dans le monde de la poésie contemporaine. Mais il n'est pas que cela. Il est aussi une promenade, ou plutôt une déambulation au milieu du territoire rural : l'histoire de personnes qui entendent visiter Veules-les-Roses sans jamais y parvenir. Ils n'y vont pas mais consultent les cartes, égrènent les noms, évoquent les morts, racontent des histoires, bref peuples ce territoire d'images, de récits, de projets qui sont autant de couches que la poésie ajoute à ce qui, au départ, n'était qu'une simple visite touristique. Une augmentation réjouissante et profonde du territoire. Conçu pour être lu et mis en scène, le texte devient ici un livre sans rien perdre de sa verve folle et de son rythme ultra syncopé.
Deux poètes et performeurs poétiques s'attaquent au développement personnel. L'enjeu est moins la critique du genre en tant que tel que de l'idéologie qu'il dissimule : l'injonction au bien-être. Et il ne s'agit pas de théoriser mais de s'exercer. Ou plutôt de pratiquer des contre-exercices dans le but de se non-développer ou de s'anti-développer ; voire de s'oublier comme personne, de quitter radicalement la perspective du personnel, de sortir de soi. Comment ? Par la poésie. En détournant, jouant, décalant, délirant, etc. , autrement dit en travaillant de l'intérieur les expressions toutes faites, les phrases déjà écrites, la rhétorique quelque fois subtile de la psychologie positive. La poésie comme arme d'une guérilla psychique qui vient au secours de ceux qui ne veulent pas être meilleurs et plus heureux. C'est ce que proposent David Christoffel et Maël Guesdon dans leur livre bien nommé : Le Bien-être par la poésie, sous-titré Manuel de contre-culture psychique. Ou comment (re)faire de la poésie une pratique. En détournant les manuels de développement personnel, c'est bien un contre-manuel qu'ils ont écrit. Une autre manière de faire aujourd'hui de la poésie, en redonnant au genre une puissance d'action sur ses lecteurs dont on ne l'imaginait plus capable. Pensé sous la forme d'une suite d'exercices psychiques et poétiques, ce manuel d'un nouveau genre fera du lecteur le praticien d'une nouvelle discipline : la poésie appliquée ou l'art d'oublier ses problèmes en expérimentant sur soi et la langue et sur soi par la langue. C'est aussi, enfin, un livre où l'on apprend beaucoup dans la mesure où il entreprend à sa manière une véritable archéologie du discours mélioratif du XIXe siècle à nos jours.