Discours sur le plaisir ou Comment faire des bêtises
Bourdil Pierre-Yves
FLAMMARION
14,70 €
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EAN :9782080674777
Rien n'intéresse plus que le plaisir : en toute occasion, c'est lui qu'on attend. On aimerait lui consacrer sa vie entière et ne connaître que lui. Tout se complique dès qu'on entreprend d'expliquer ce qu'on ressent. Le plaisir, en effet, est intime. Ne disparaît-il pas lorsqu'on le communique ? C'est le risque à courir en le partageant. C'est le plaisir à gagner. Du café qu'on savoure en terrasse jusqu'à la réflexion la plus sérieuse, en passant par toutes les expériences que nous en faisons - un repas gourmand, la lecture d'un bon livre, la façon de vivre un agréable moment, sans oublier naturellement l'exaltation des corps -, Pierre-Yves Bourdil nous invite à un parcours impertinent. La philosophie n'est pas toujours sage, elle peut aussi se dévergonder. De fait, on réclame qu'un discours sur le plaisir fasse plaisir jusqu'au bout. On demande à retrouver le goût délicieux des bêtises que l'on fait sitôt que les grandes personnes ont le dos tourné. Si nous ne sommes pas tous philosophes, nous réfléchissons tous en philosophie. On ne trouvera ici ni thèse savante ni catalogue, mais un dialogue complice entre un auteur et son lecteur. Pierre-Yves Bourdil fait de la pensée un art généreux. Il nous montre que nous pouvons réfléchir et rend la pratique de la philosophie jubilatoire.
Nombre de pages
240
Date de parution
01/11/1998
Poids
210g
Largeur
120mm
Plus d'informations
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EAN
9782080674777
Titre
Discours sur le plaisir ou Comment faire des bêtises
Auteur
Bourdil Pierre-Yves
Editeur
FLAMMARION
Largeur
120
Poids
210
Date de parution
19981101
Nombre de pages
240,00 €
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On ne peut s'intéresser à la religion que si l'on n'y croit pas : tel est le paradoxe. Le convaincu trouve sa croyance excellente. Pourquoi se poserait-il des questions ? L'insouciant pour sa part se moque de la religion. Elle s'adresse donc à l'incroyant sincère et disponible, prêt à cultiver sa curiosité. Il pourrait vouloir une bonne information : qu'on lui dise qui croît quoi. Hélas. Un répertoire traiterait toutes les religions avec un même désintérêt. L'histoire n'obtiendrait pas mieux, ni la sociologie, ni aucune science humaine. Elles peignent des comportements, pas des hommes. C'est que la religion ne relève ni d'un savoir ni d'un classement. Elle est affaire d'engagement : comment une conviction personnelle, je crois en un dieu ou plusieurs, trouve une forme collective avec ses rites, ses règles, ses monuments, ses m'urs. La religion n'explique pas non plus le monde. Elle n'est ni un folklore ni une science naïve, mais elle demande qu'un dieu justifie le sens du monde. Exprès. Elle ne veut pas des sectaires qui trichent et tuent sans honte. Posant la question de la religion, nous discutons la communauté dans laquelle nous vivons. Aujourd'hui. Il y va de la liberté de chacun.
Le mot passion devrait nous faire peur. Au sens propre, il indique la pathologie, la passivité, la maladie qui nous tombe dessus, l'excès dont nous sommes les victimes. Or elle nous attire au point que nous la réclamons. Nous souffrons de ne pas avoir une vie passionnante. Demandons-nous comment le retournement s'est opéré, comment l'idée nous est venue de croire la passion admirable. La littérature a montré l'exemple. La passion nous saisit quand l'envie nous prend de vivre de façon romanesque plutôt que sage. Jusqu'au bout. Jusqu'à la mort. Les menaces n'y font rien : mieux on comprend la passion, moins on la trouve condamnable. On aperçoit que la morale s'est fabriquée une " passion "sur mesure afin de repousser les comportements qui nous excitent spontanément. La morale n'aime pas vraiment la vie. Elle aime gouverner. Elle aime qu'on souffre. C'est pourquoi elle survalorise la mesure contre l'excès, la raison raisonnable contre le désir. Elle montre tous les " inconvénients " qu'on retire de l'amour et de la jouissance. On en arrive à contester un acharnement si obstiné, quand bien même on ne le voudrait pas. Car l'enjeu est de taille ; avec la passion, c'est la féminité que la sagesse refuse, comme si être une femme était une faute. Or, la femme est adorable, sous toutes ses formes ; la passion met en scène la libération de toutes les contraintes bien élevées. Elle poétise tout. Elle dévoile quelle place la féminité revendique dans une culture élaborée depuis tellement longtemps par des hommes.
Le XXe siècle, plus qu'aucun autre, passe pour le siècle de l'histoire. Il cherche quels événements sont dignes de mémoire et cultive une discipline chargée de les comprendre. Nous respectons volontiers les historiens qui savent comment raconter l'homme à l'homme. Nous pouvons nous contenter de les écouter comme des sages. Certaines horreurs commises au nom même de l'histoire peuvent néanmoins nous alarmer. Sans fondement moral, les pires dérives idéologiques sont à craindre. L'interprétation historique ne nous protège de rien, suggèrent, avec impertinence, les philosophes. Si l'histoire examine les événements qui sont arrivés, pendant que la philosophie se soucie de principes qui n'existent jamais, comment ne s'opposeraient-elles pas tôt ou tard, et vivement ... Par essence, l'histoire et la philosophie sont jalouses l'une de l'autre. Elles veulent édifier le même monde. Plus que sur la vérité, les philosophes et les historiens se disputent sur le sens d'une société laïque, résolument humaine, délivrée des intérêts pas toujours francs des mythes, des légendes et des superstitions. Hélas ! Notre civilisation semble de moins en moins attirée par les valeurs culturelles classiques, établies par l'histoire et garanties par l'école. Sous la forme de la consommation généralisée, l'envie folle nous guette de laisser agir la loi du plus fort. L'histoire a montré quelles horreurs cette fascination a pu déchaîner. La démocratie que nous désirons n'en est pas moins une invention de philosophes. Alors ...
Il arrive que le monde nous fatigue. Parfois, nous éprouvons le sentiment d'être étrangers en lui. Entre lui et nous, cela ne va pas. Nous regrettons de n'habiter qu'un seul trop grand monde. Les sciences et les philosophies ont beau nous expliquer ce qu'elles peuvent, nous souffrons d'une insatisfaction essentielle. Ou le monde ne parle pas la langue que nous pourrions entendre. Ou nous parlons une langue qui ne trouve pas en lui son répondant. Les bienheureux qui sont contents de leur sort nous paraissent étranges, parfois même saugrenus. Nous n'arrivons pas à croire qu'ils aiment vivre. Dans tous les cas, nous appelons au moins un autre monde plus conforme à nos espérances, plus beau, avec un début, un milieu et une fin qui tombent juste. Au moins pour comparer. Ne trouvant pas le monde qui nous entoure aimable, nous inventons des représentations à notre convenance. C'est le point de départ de l'imaginaire. Nous demandons aux rêves, aux livres, au cinéma, aux religions, aux politiques de nous aider à métamorphoser le monde. Parfois, cela se passe bien, parfois non. P. Y. Bourdil imagine ici comment serait le monde si nous en étions les auteurs. A la place des dieux.