Pourquoi la sérendipité?Danièle Bourcier & Pek van AndelIl faudrait, pour organiser la gestion de son propre ménage, étudier une fois, de façon sérieuse, pourquoi la plus grande partie des découvertes est due au hasard.G.C. LichtenbergPrésentation du thèmeLe mot sérendipité, absent des dictionnaires français, figure depuis longtemps dans les dictionnaires anglais-français sous le terme de serendipity: il est traduit laconiquement par «don de faire des trouvailles». En 2009 le livre De la sérendipité dans la science, la technique, l'art et le droit: Leçons de l'inattendu de Pek van Andel et Danièle Bourcier (Chambéry, L'Act Mem) paraît en France. Écrit pour introduire le mot et le phénomène dans le monde francophone, il devint l'occasion de réunir pendant dix jours des chercheurs, des artistes, des créateurs, des philosophes, des décideurs, des psychanalystes et des amateurs curieux au Centre Culturel International de Cerisy pour explorer et approfondir ce thème en partant de leur propre pratique. Suscitant de façon inattendue de multiples débats dans la presse, le terme de «sérendipité» fut finalement consacré mot de l'année 2009 par la Revue des Sciences Humaines.Le mot était peu familier mais le phénomène de ce qu'on appelle sérendipité était depuis longtemps observé, utilisé et commenté dans la littérature scientifique. Claude Bernard, par exemple, notait en 1865 ce qui allait devenir le motto de la sérendipité dans tous les domaines de la connaissance et de l'action: "Il n'y a rien d'accidentel, et ce qui pour nous est accident, n'est qu'un fait inconnu qui peut devenir, si on l'explique, l'occasion d'une découverte plus ou moins importante." Ainsi l'expérimentateur comme le créateur doivent s'attacher à tirer profit de toutes leurs observations, en particulier les observations accidentelles, parce que ce qu'on appelle "accident" n'est qu'un effet observable d'une cause encore inconnue: trouver la cause peut devenir la clé d'une nouveauté cruciale.Il est risqué de proposer une définition consensuelle de ce mot - qui est un concept multiforme et un phénomène polymorphe. On dira provisoirement que la sérendipité est considérée comme la capacité de découvrir, d'inventer, de créer ou d'imaginer quelque chose de nouveau sans l'avoir cherché à l'occasion d'une observation surprenante qui a été expliquée correctement. Ce phénomène concerne tous les domaines de l'activité humaine.La sérendipité ne commence pas par une savante hypothèse ou avec un plan déterminé. Elle n'est pas due seulement à un accident ou au hasard. Mais les milliers de grandes ou petites innovations qui ont jalonné l'histoire de l'humanité ont un élément commun: elles n'ont pu se transmettre que parce qu'un observateur, un expérimentateur, un artiste, un chercheur, à un certain moment, ont su tirer profit de circonstances imprévues.Les sophistes disaient déjà cinq siècles avant J.-C. qu'on ne peut pas chercher ce qu'on ne connaît pas parce qu'on ne sait pas ce qu'on doit chercher. Pour découvrir quelque chose de nouveau, on ne peut pas dériver le nouveau de l'ancien ni le connu de l'inconnu. Si on était capable de le faire, le résultat ne serait ni inconnu, ni nouveau. Pour parler d'une véritable innovation, on a besoin d'un élément imprévisible, comme d'une observation surprenante, élaborée ensuite correctement. Le droit exige même cet élément inattendu, imprévisible, non évident, pour qu'une invention soit brevetable.La plupart des livres, articles et essais sur la sérendipité se réduisent à des collections d'exemples, de la découverte de l'Amérique à celle de la fission nucléaire ou de la peinture abstraite. La monographie la plus sérieuse sur la pratique et la théorie de la sérendipité est celle des sociologues des sciences Robert K. Merton & Elinor G. Barber, intitulée The Travels and Adventures of Serendipity, A study in Historical Semantics and the Sociology of Science. Terminée en 1958, elle fut mise de côté pour être revue, complétée et finalement publiée en 2004 à Princeton University Press.
Les sciences de l'artificiel pénètrent toutes les sphères de décision, en médecine, économie, gestion. Vidéo-surveillés et modélisés, les sujets de droit sont-ils prêts à être traités par et comme une machine au nom des logiques sécuritaires et gestionnaires ? Un réexamen, dans les textes, des statuts de la décision et de la loi.
Résumé : Dans tous les pays et particulièrement en Europe, les citoyens, les magistrats et les juristes en général déplorent la complexité normative. Comment traiter la complexité des normes à prendre en compte dans toutes les décisions fondées sur la règle de droit ? Depuis une quinzaine d'années, l'étude des systèmes complexes a fait de grands progrès tant du point de vue des méthodes que de la formalisation. L'approche politique et l'approche scientifique semblent a priori éloignées mais elles convergent sur l'intérêt de prendre en compte un objet nouveau : la complexité des systèmes. Ces systèmes font émerger des propriétés nouvelles, émergeantes, non observables au niveau des éléments constitutifs, par une dynamique difficilement prédictible et rendent vaine toute analyse en sous-systèmes plus simples. Actuellement, les recherches sur les systèmes complexes se développent au niveau international du point de vue de la modélisation et d'applications. Parmi les domaines privilégiés, le droit comme réseau de normes en évolution et en interaction est un domaine de plus en plus étudié du point de vue du traitement du langage naturel ou de la documentation.
Résumé : La participation s'oppose traditionnellement au modèle dominant de la représentation, et constitue aujourd'hui la réponse la plus souvent proposée aux citoyens pour une démocratie nouvelle. Les auteurs de cet ouvrage portent quant à eux un autre regard sur les transformations concrètes de la démocratie en se fondant sur la notion de bien commun. Ils tirent les leçons d'un travail de recherche coopérative mené sur des expérimentations en Europe qu'ils ont menées dans les domaines de la santé, de l'environnement et du développement technique et industriel. Ils ont observé l'émergence de formes de coordination et de coopération sociale originales autour de la création et de la gouvernante de biens communs. Ils questionnent ainsi les catégories traditionnelles de l'action publique et reconsidèrent certaines oppositions convenues intérêt particulier et intérêt général, propriété privée et propriété publique, ou encore, Etat et société civile. Ils suggèrent une méthode qui les conduit à repérer dans les modalités du "faire ensemble" les manifestations d'une démocratie vivante où le lien social se construit dans l'action. Ce livre s'adresse aux citoyens, aux étudiants et aux chercheurs, aux décideurs, aux associations, et à tous ceux qui sont à la recherche de nouvelles formes de vie démocratique.
Bourcier Danièle ; De Filippi Primavera ; Cannatac
L'Open data encourage les gouvernements à mettre à disposition de tous, de manière totalement ouverte, les informations publiques, pour en permettre une libre réutilisation. Entre temps, explose le marché des Big data c'est-à-dire la collecte et à l'agrégation de grandes masses de données numériques, privées et publiques, dans le but d'extraire de nouvelles informations, grâce à des algorithmes statistiques et prévisionnels. Les données à caractère personnel présentes dans ces différents gisements, sont la cible privilégiée de ces traitements. Leur régime de protection risque d'être gravement affecté sous l'effet de ce double mouvement. Loin de remettre en cause le principe d'Open data, ces nouvelles menaces doivent susciter des précautions supplémentaires, notamment pour les données scientifiques. Il devient urgent de susciter des vocations dans le champ des Humanités numériques, notamment au C.N.R.S. , parmi les jeunes chercheurs juristes, informaticiens, politologues, sociologues, cogniticiens. Cet ouvrage, le premier du genre en français, réunit des contributions essentielles de spécialistes de diverses disciplines dont le droit et la sociologie, pour comprendre les nouveaux enjeux de l'explosion des data dans notre vie privée.
Droit Roger-Pol ; Atlan Monique ; Masquelier Frédé
L'amour se raconte, s'éprouve, se rêve, s'étiole. Il fait hurler de joie ou de douleur, pousse à agir ou foudroie, transporte ou désespère. Mais peut-il être l'objet d'un savoir ? Ne pourrait-il être approché que par des récits, et non des concepts, par la littérature et la poésie, et non par la philosophie ? Ce qui est sûr, c'est que l'amour fait des histoires... que les philosophes ont longtemps négligées, n'y voyant que les marques de l'émotivité, de la passion, de la déraison. Pourtant, ces histoires sont riches d'enseignements. Comment naissent, vivent et meurent les histoires d'amour ? Du roman au cinéma, les récits d'aujourd'hui sont-ils comparables à ceux de jadis ? Aime-t-on de la même manière qu'autrefois, alors que semblent s'installer la peur de l'engagement et la défiance envers le sentiment amoureux ? Les philosophes et experts ici rassemblés nous invitent à envisager le lien amoureux comme une transformation sans cesse en devenir, tissu sans fin d'histoires humaines. Avec les textes de : Boris Cyrulnik, Vincent Delecroix, Frédérique Ildefonse, Sophie Galabru, Olivia Gazalé, Christian Godin, Francis Wolff
Latham Monica ; Amselle Frédérique ; Ferrer Daniel
Cet ouvrage propose une visite guidée des " antichambres " , " coulisses " et autres " arrière-cuisines " , où l'écriture de Virginia Woolf se prépare. Ses lieux d'écriture, à Londres ou dans la région du Sussex, révèlent les méthodes de travail de l'autrice autant que son environnement. En plus de sa prose romanesque et de ses essais critiques, Woolf écrivait quotidiennement dans son journal, tenait une correspondance régulière, et esquissait des projets dans ses carnets de travail. Ces milliers de pages offrent un formidable témoignage littéraire, où l'on peut la voir analyser avec lucidité sa propre méthode et réfléchir à son écriture, avec ses mécanismes, ses joies et ses peines. Alors que l'examen de la genèse de Mrs Dalloway révèle une écrivaine qui tâtonne afin de mettre en place sa vision unique et hautement ambitieuse du roman moderne, les manuscrits d'Une chambre à soi mettent au jour la rapidité d'écriture d'un essai littéraire et féministe qui résonne encore aujourd'hui. Suivre les processus d'écriture de ces textes nous permet d'observer à la fois l'écrivaine à l'oeuvre, et l'oeuvre en train de prendre forme, à la confluence de plusieurs courants, inspirations et idées novatrices.
L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses pieds, a été immortalisée par le cinéma hollywoodien et a durablement imprégné l'imaginaire collectif. Or, beaucoup de ce que l'on croit savoir sur cette grande catastrophe historique est faux. Rome brûle relate comment l'incendie de 64 a détruit une bonne partie de la ville et plongé sa population dans la panique. L'ouvrage décrit également comment le feu a détruit l'image dorée de l'empereur Néron, et provoqué une crise financière qui a durablement influé sur l'économie romaine. Ce livre recenseen outre les récentes découvertes archéologiques qui permettent de mieux comprendre cet événement, et sa postérité dans la littérature, l'opéra ou le cinéma. S'appuyant sur une riche documentation, à la fois littéraire et archéologique, le professeur Anthony Barrett montre comment le grand incendie de Rome provoqua la chute de Néron et la fin de la dynastie julio-claudienne, et fut un point de bascule dans l'histoire romaine.
Il ne leur manque que la parole, entend-on souvent dire à propos des chiens. En effet, pourquoi après 35 000 ans de cohabitation, d'amitié, de services rendus, ne nous parlent-ils toujours pas ? Comment la parole est-elle venue à l'homme, et qu'en comprennent nos compagnons les chiens ? Qu'échangeons-nous vraiment avec eux ? Pourquoi leur parlons-nous sur un ton stupide ? Quelles limitations les empêchent de nous répondre ou tout simplement de nous dire ce qu'ils pensent de nous ? A ces questions, parfois naïves, les neurosciences - humaines et animales - fournissent des éléments sérieux de réponse. Et une expérience inédite vient bousculer notre conviction que seul l'humain peut utiliser le langage pour communiquer, et interroger le sens même de l'existence. Alors ? Pensent-ils humains ?
Qu'est-ce qui nous amène à vouloir repousser nos limites humaines ? Que nous apprennent la connaissance et l'exploration de l'espace comme de l'Univers ? Pourquoi faut-il continuer à imaginer et à financer de grands projets scientifiques ? Pourquoi regarder vers les étoiles, c'est s'intéresser à notre planète ? Comment la science peut-elle résister aux conflits internationaux ? Dans un dialogue vif et engagé, Thomas Pesquet, astronaute, et Etienne Klein, physicien, répondent à toutes ces questions et à bien d'autres, et partagent avec nous leur passion pour les découvertes, la science, les infinis. Toujours avides de nouvelles expériences et défendant un optimisme raisonné, ils nous invitent à travers ce livre à continuer à rêver, mais lucidement.
Programmes surchargés, obsession de l'évaluation et de la compétition, manque de temps et de moyens : l'enseignement et la recherche souffrent de nombreux maux. En plus de produire des élèves, étudiants et chercheurs malheureux, dont le désir de comprendre est malmené, tout cela menace la survie de sociétés humaines qui, depuis leurs lointaines origines, dépendent de la création continue de connaissances pour s'adapter à des environnements changeants. A l'heure où les sciences sont attaquées de toutes parts, il devient vital de rompre avec ces logiques destructrices et de mettre en oeuvre une politique révolutionnaire de l'enseignement et de la création scientifique.
De l'IA à la conquête spatiale : la nouvelle géopolitique du salut technologique. Cet essai plonge au coeur de la philosophie de la Silicon Valley : le technofuturisme. Adossé à trois piliers - transhumanisme, maîtrise des risques existentiels et expansion spatiale -, il révèle l'ambition d'une république technologique où l'intelligence artificielle assoit la suprématie des puissances. Mais sous la promesse d'émancipation se profile une inquiétude, celle d'un avenir que la technologie pourrait écrire sans nous, reléguant l'humain aux marges de son propre récit. Jean-Noël Missa, docteur en médecine et en philosophie, est directeur de recherches au FNRS et professeur à l'ULB.