Alors que Joyce, Kafka ou Faulkner font figure jusqu'à nos jours de grands rénovateurs, le roman des années vingt, en France, reste mal cerné par une critique que son foisonnement déroute, et n'occupe pas encore la place qu'il mérite dans l'histoire littéraire du XXe siècle. Doués d'une désir d'expérimentation sans égal et d'une formidable inventivité, les romanciers, au sortir de la Grande Guerre, bousculent pourtant toutes les règles apprises et refaçonnent avec brio le genre dans son ensemble. C'est à cette réinvention que s'attache ce volume. Confrontant les inventions de la modernité et celles des avant-gardes (à commencer par le surréalisme, largement abordé), il explore de larges pans de la production romanesque du temps, attentif au renouvellement des romans de guerre, à l'écriture du "Nouveau mal du siècle" , à l'influence du jazz comme à l'émergence d'un roman dada. Sensible aux multiples jeux de la fragmentation formelle comme à la crise de la personnalité qu'elle exprime, il interroge aussi bien les romans à clefs que les biographies imaginaires. Sans oublier les auteurs majeurs du moment (Morand, Cocteau, Soupault, Aragon...), il fait enfin la part belle à ces romanciers trop méconnus que notre nouveau début de siècle gagnerait à pratiquer avec plus de ferveur : Ribemont-Dessaignes, Bousquet, Vialatte, Beucler...
Commandé avant 16h, livré demain
Nombre de pages
240
Date de parution
01/07/2010
Poids
438g
Largeur
160mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782913761452
Titre
Revue des Sciences Humaines N° 298, 2/2010 : Réinventer le roman dans les années vingt
Résumé : L'insolite a l'impérieux éclat de ces mots qui vous séduisent avant même de faire sens. Vient-on à le prononcer qu'il éveille le souvenir de quelque soudain désordre, de quelque brusque désir qui, en nous précipitant au bord de l'inconnu, nous a un jour soustrait, le temps d'une embellie, aux mornes sollicitations de la vie courante. Tout se complique, pourtant, lorsqu'il s'agit de définir ce "trouble-catégories" par excellence. En quoi se distingue-t-il du merveilleux, de l'incongru, du loufoque ou de l'absurde avec lesquels il se combine volontiers ? Du léger au métaphysique, de l'humour à la mélancolie, l'insolite va et vient, et jamais ne se fixe. L'hybride est son emblème, l'anamorphose sa figure, le passage sa demeure. De cette infortune conceptuelle, cet essai a fait son bien. Plutôt que de forcer l'entrée du domaine de l'insaisissable, l'auteur a préféré s'approcher de ce dernier par des voies détournées, se frayer vers lui un itinéraire de lecture singulier, à travers les oeuvres de Cendrars, Tardieu, Freud, Topor, Calvino ou Breton... Se mettant, en somme, à l'école de l'insolite, il s'en est fait le lecteur buissonnier, découvrant, chemin faisant, que le sentier qu'il pensait avoir emprunté, était, au bout du compte, une royale avenue : celle qui mène à la littérature même, pour peu que l'on considère combien celle-ci doit au sens de l'insolite sa vocation à mettre le monde hors d'usage en état de révélation perpétuelle.
La tentation du reportage destiné à la grande presse n'a épargné presque aucun des écrivains des années trente : Carco, Cocteau, Cendrars, Soupault, Simenon, Kessel, Malraux et combien d'autres encore, se sont lancés, sous le patronage de la figure mythique d'Albert Londres, dans le genre incertain de l'enquête, pour le plus grand plaisir des lecteurs du Matin, de Paris-Soir ou de Voilà. Phénomène aussi remarquable que méconnu de la vie culturelle de l'Entre-deux-guerres, la vogue de l'écrivain-reporter soulève quelques unes des questions essentielles que se pose alors la littérature, à mi-chemin du livre et du journal, de l'écriture et de l'action.
La "déesse publicité", qui triomphe à l'Exposition internationale de 1937, peut se vanter d'avoir séduit de nombreux écrivains, et non des moindres. Mais se souvient-on des slogans, plaquettes et catalogues signés Cocteau, Colette, Cendrars, Valéry et Claudel même, Louise de Vilmorin, Giono, Ponge ou encore Sollers ? De la Belle Epoque aux Trente Glorieuses - et jusqu'à aujourd'hui -, de grands noms des lettres ont osé prêter leur talent et parfois leur image aux marques du commerce et de l'industrie, aux nouilles Rivoire & Carret comme aux parfums Lanvin. Ce livre, illustré d'images d'archives et de collections, ressuscite enfin l'histoire occultée de cette publicité d'auteur, à lire et à voir surprenante, drôle, souvent très belle. Il interroge la tentation - celle de vendre l'âme de la littérature au diable marchand -, qui a permis aux écrivains de se médiatiser, de gagner leur vie en divertissant leur plume, non sans enrichir leur oeuvre oit coule discrètement de l'encre de source publicitaire.
Qu'est-ce qu'être père ? Comment la paternité était-elle pensée et vécue au cours des derniers siècles ? Le présent ouvrage cherche à éclairer les profondes mutations de la figure paternelle en Occident du XV ? au XX ? siècle. S'intéressant aux relations personnelles et concrètes des pères avec leurs enfants, notamment tout-petits, aux émotions de même qu'aux enjeux de transmissions et de pouvoir, les contributeurs de ce volume donnent à voir les expériences paternelles et les modèles qui s'imposent aux pères dans toute leur diversité. Au profit d'un dépassement de stéréotypes et de simplifications communes, historiens et historiens de l'art mènent ici une série d'études variées qui révèlent des pans méconnus de la paternité d'hier et d'aujourd'hui.
Envois et Dédicaces constitue une réflexion sur le don du livre, qu'il se manifeste par un ex-dono, un envoi manuscrit ou une dédicace imprimée. Si cette dernière a été étudiée à propos de tel ou tel auteur, il nous manquait encore une réflexion d'ensemble sur celle-ci. Quant à l'envoi, jugé marginal et mondain, il n'a guère été abordé, hormis par les bibliophiles. On en trouvera ici un "bref traité" qui en souligne toute la richesse. Pas plus qu'il n'existe d'éléments insignifiants dans la vie psychique, ainsi que Freud nous l'a appris, il n'existe dans le livre de détail dépourvu de valeur. La modernité s'est intéressée longuement à la signature, beaucoup moins à l'envoi et à la dédicace, parce qu'elle estimait la littérature intransitive. Elle transite cependant et s'adresse à quelqu'un. Et ce qui semble à première vue accessoire joue un rôle non négligeable, sinon capital, dans la constitution du sens d'un livre. Telle est l'hypothèse d'Envois et Dédicaces, et son pari. Sa première partie, "Perspective cavalière" s'interroge, entre autres, sur la position en tiers du lecteur ainsi que sur la place de la dédicace, premiers mots d'un livre qui se révèlent souvent aussi ses derniers mots. La seconde, "Couleurs locales", examine la façon dont quelques auteurs se sont appropriés ce geste: un musicien, Bach, et cinq écrivains, Voltaire, Hugo, Baudelaire, Montherlant, Goffette, ce dernier nous offrant, en guise de conclusion, un poème inédit adressé "à ceux qui partent".
Habbard Anne-Christine ; Message Jacques ; Colette
Cet ouvrage, qui réunit chercheurs français et étrangers, présente un éclairage renouvelé sur la question de l'éthique chez Kierkegaard. Souvent présentée comme une étape intermédiaire entre l'esthétique et le religieux, l'éthique se révèle chez Kierkegaard à la fois la matière et le fruit d'une intense problématisation de ce que signifie être humain: est enjeu la possibilité d'une compréhension éthique de l'exigence d'un "rapport absolu à l'absolu". L'oeuvre étudiée, fondée sur des expériences déterminées autant que sur une culture immense, multiplie sources d'interrogation et terrains d'analyse. Sa forme même implique en matière éthique une réflexion irréductible à une doctrine, tout lecteur se trouvant engagé dans une relation originale avec les questions exigeantes qu'elle pose; cependant, aussitôt suscitée, cette relation échappe à la rassurante ordonnance de la communication entre deux entités finies, non qu'y jouent quelque subjectivisme (supposé par tous ceux qui n'ont pas compris le rationalisme de Kierkegaard) ou certaine haine du moi acclimatée en climat luthérien (alors que Kierkegaard analysa comme désespoir la haine du fini pour le fini), mais parce que les conditions uniques de sa mise en scène appellent un acte patient de lecture, et ouvrent le lecteur à son histoire propre. Que ce soit dans la vulnérabilité d'une relation à autrui, l'écoute musicale, la tension de l'amour, l'expérience du vertige, le travail d'écriture, l'épreuve du religieux ou même dans les échecs de la vie morale, les auteurs s'attachent à comprendre l'intensité paradoxale de cette expérience de soi fondamentale qu'est l'éthique, et que Kierkegaard a su, de façon lumineuse et inédite, magistralement penser.
En dehors des polémiques, cet ouvrage interroge les notions de rayonnement et de retenue appliquées à l'Allemagne contemporaine qui est accusée tour à tour d'être hégémonique et de pratiquer une trop grande retenue. Des spécialistes issus des sciences politiques, de l'histoire, de l'économie, des études littéraires et culturelles allemandes proposent un tableau nuancé et sans complaisance invitant à la réflexion.