L'Athénien Xénophon (environ 428 - environ 355 av. J.-C.) est l'auteur d'une oeuvre considérable. Outre les Helléniques, qui raconte l'histoire du monde grec dans la première moitié du ive siècle av. J.-C., ou bien les Mémorables, qui rapporte les enseignements de son ancien maître Socrate, il est connu pour avoir écrit l'un des premiers traités équestres du monde occidental. Ce cavalier athénien, qui a parcouru l'Empire perse lors de l'expédition des Dix Mille - nom donné aux soldats grecs mercenaires enrôlés par Cyrus le Jeune pour renverser du trône son frère aîné, le souverain achéménide Artaxerxès II - et qui a combattu auprès des Spartiates tout en ayant renié quelque temps sa cité d'origine, a acquis une solide expérience équestre qu'il a voulue, par souci didactique, fixer par écrit. Outre De l'art équestre, donnant des conseils encore d'actualité, il a rédigé un traité destiné à un jeune commandant de la cavalerie: l'Hipparque. Dans l'ouvrage proposé par Actes Sud, Alexandre Blaineau nous donne à lire ces deux oeuvres inestimables, mises ici en valeur par la belle traduction de l'helléniste Paul-Louis Courier (1772-1825). Ce dernier, écrivain polémiste qui combattit dans les armées napoléoniennes, est reconnu pour avoir su retranscrire et surtout transmettre, grâce à son style imagé, toute la puissance d'évocation du texte grec. Chacun des traités est suivi d'annotations, qui complètent et corrigent les commentaires faits par Paul-Louis Courier il y a deux siècles. Dans une seconde partie, Alexandre Blaineau présente un certain nombre de textes tirés de l'oeuvre de Xénophon - l'Anabase, les Helléniques, Agésilas, les Mémorables, le Banquet, l'Economique, Hiéron, l'Art de la Chasse, la Constitution des Lacédémoniens et Cyropédie -, qui évoquent, de manière plus ou moins étendue, le monde des chevaux et des cavaliers de son temps. Il s'agit donc de témoignages essentiels pour la connaissance de l'équitation, des pratiques équestres dans l'Antiquité et, plus largement, de la conception qu'avaient les Anciens des relations entre l'homme et le cheval. Enfin, cette intégrale équestre est suivie des fragments du livre perdu de Simon d'Athènes, daté du ve siècle av. J.-C.: Sur l'extérieur et le choix des chevaux. L'homme y apporte des informations intéressantes sur la conformation du cheval grec, les robes et les régions d'élevage. Tous ces textes sont précédés d'une longue introduction d'Alexandre Blaineau présentant un état des lieux des connaissances sur les chevaux et les cavaliers dans le monde grec, les principaux aspects de la vie de Xénophon et la réception de ces oeuvres équestres depuis la Renaissance. Elle vise aussi à mieux cerner la figure de Paul-Louis Courier, ce personnage de roman qui avouait une passion sans fin pour l'antique, et qui combattit, lors de la bataille de Castelfranco (1805), à la manière d'un cavalier grec? à cru!
Léon est le neveu d'Arthur Rimbaud et lui ressemble physiquement. Durant sa courte vie, il va subir le poids de la comparaison permanente avec l'homme aux semelles de vent, au sein d'une famille rongée par les drames et les non-dits. Côtoyant Victor Segalen, Paul Signac ou Paul Claudel, il tentera de s'affranchir progressivement de ses origines. Comme Arthur, il partira vers l'Afrique, espérant secrètement l'oubli et l'offre des possibles.
Depuis plus de deux millénaires et demi, les centaures peuplent nos imaginaires. Générateurs tout à la fois de chaos et de sagesse, ils intriguent nos esprits décidément trop logiques. Leur dualité contre nature nous inquiète en même temps qu'elle nous fascine. Cette anthologie montre combien les centaures et centauresses agissent comme de puissants révélateurs des rapports entre l'homme et l'animal, mais aussi combien semble pertinente leur assimilation au couple que forment le cavalier et son cheval.
Baroudeur inlassable des chemins d'Europe et du monde, Rimbaud devint cavalier dans la deuxième partie de sa vie, alors qu'il arpentait en tous sens l'Abyssinie. Qu'est-ce que cela change de l'imaginer sur sa monture, solitaire et assurément taciturne, entre la mer Rouge et Harar ? Si le point de vue équestre confirme ce que l'on sait de son caractère, de ses élans nomades, de la construction de son mystère, il renforce l'idée que l'on se fait de cette vocation rimbaldienne de l'exil dramatique, qu'il soit effectif ou intérieur, les tumultueux galops précipitant sa vie trop courte vers un insidieux pourrissement. Rimbaud va en effet, par ses chevauchées incessantes, s'abimer puis mourir, loin de la poésie et de ses orages désirés. Ce drame à venir, il le pressent parfois dans certaines de ses Illuminations, où toujours la fuite se confond avec au mieux l'incertitude, au pire l'anéantissement, à l'occasion de brèves allusions au monde équestre - cheval qui détale, carrosse fantasmatique ou juments bleues et noires qui s'éloignent au grand trot. Malgré ses promesses de crépuscule, Rimbaud à cheval s'emploie à poursuivre ses anabases, à la recherche de l'autre, à la recherche de soi, dans des cavalcades insensées à la mesure de son impatience.
C'est à 51 ans que Dvorák débarque sur le sol américain. Nommé en 1892 à la tête du Conservatoire de la ville, il se passionne pour la musique du continent, ses mélodies et ses rythmes, puis se lance, l'année suivante, dans la composition d'une symphonie. Certes, Dvorák n'est pas véritablement le pionnier de la musique américaine, mais sa «Symphonie n° 9 »en cristallise l'esprit et s'impose vite comme le chef-d'oeuvre de son auteur. Sous la baguette de Paul Daniel, l'ONBA offre une lecture lyrique et passionnée de cette partition en forme de voyage musical à la découverte d'un luxuriant "Nouveau Monde". Composée en 1878 dans un registre plus intimiste, la trop rare «Sérénade en ré mineur» complète l'enregistrement.
Menteuse invétérée, voleuse pathologique, arnaqueuse de génie : Marsha Sprinkle ne compte plus ses ennemis. Certains sont bien déterminés à lui faire ravaler ses bobards une bonne fois pour toutes. À commencer par sa mère et sa fille, son ex-complice lubrique Daryl et une sautillante bande d'hurluberlus, fétichistes du trampoline, tous lancés à ses trousses. Mais Marsha est intelligente, incroyablement fourbe, et celui qui l'attrapera n'est pas encore né. À priori... Sexe, crime et règlement de comptes familial : tels sont les ingrédients de cette course-poursuite rocambolesque et décadente tout droit sortie de l'esprit brillamment tordu de John Waters. Le cinéaste légendaire signe un premier roman à son image : hilarant, outrancier, déjanté et délicieusement pervers.
Au milieu de la forêt se cache un dôme mystérieux. Couverte d'aiguilles et de sable, c'est la maison de milliers de fourmis. Tant de choses se passent là-dedans ! Où vont les fourmis ? Peux-tu suivre leur chemin ...
George Sand découvre Tamaris, petite bourgade provençale de la commune de La Seyne-sur-Mer, et s'enthousiasme pour le caractère sauvage et rustique du paysage. Michel Pacha (1819-1907), après avoir été directeur des phares et balises de l'Empire ottoman, constructeur des quais et docks de Constantinople, transforme le lieu en ville de saison. Il achète les terrains, comble les marécages, édifie son château entouré d'un somptueux jardin. Il bâtit un décor qui suggère le voyage : palais italiens, chalets suisses, maisons orientales ; en front de mer, il plante le Grand Hôtel et le casino et, presque sur l'eau, l'Institut de biologie marine. Il aménage les accès terrestres et maritimes et exploite toutes les ressources du territoire. Dans son principe d'élaboration d'un paysage urbain harmonieux, Tamaris associe le jardin et la ville et annonce l'optique des cités idéales du XXe siècle. Au carrefour de l'orient et de l'Occident est née une architecture de la Méditerranée.
Lorsqu'en 1855 Hippolyte Taine (1828-1893) lit, retraduit partiellement et résume l'Anabase, il fait de ce récit le premier reportage de guerre et s'enthousiasme : "Rien de plus curieux que cette armée grecque, république voyageuse qui délibère et qui agit, qui combat et qui vote, sorte d'Athènes errante au milieu de l'Asie." Au IVe siècle avant J.-C., l'expédition des Dix Mille, ces mercenaires grecs partis pour Babylone et y mettre sur le trône de l'Empire perse Cyrus, bientôt contraints de retraverser l'Asie dans l'autre sens après avoir perdu leur chef lors de la bataille de Counaxa, ressemblait-elle à cela? Taine nous donne à lire une formidable histoire abrégée qui déjà crée une vision mythique. Celle-ci n'a pas peu contribué à relancer l'intérêt pour Xénophon et l'Anabase.
Qui n'a jamais eu envie d'écrire son nom sur un mur ... Les Grecs ne font pas exception : ils nous ont laissé des milliers d'écrits sur des supports aussi variés que la pierre, le bois, le tissu ou la céramique. Griffonnés à la va-vite ou artistiquement calligraphiés pour durer, ces textes sont souvent difficiles à lire. Grâce à ce plaisant ouvrage qui donne tous les rudiments nécessaires à leur compréhension, vous saurez les reconnaître et les déchiffrer sur la plupart des monuments, sur les sites archéologiques, au détour d'une salle de musée, jusque dans la rue. D'Athènes à New York et d'Agde à Kaboul, découvrez la mosaïque étonnante des inscriptions grecques : ces émouvants instantanés de la vie quotidienne ne vous laisseront pas de marbre !
Avec son peuple d'animaux et de végétaux auxquels des acteurs humains donnent sans sourciller la réplique, la fable joue sur les frontières : entre l'imaginaire et la réalité, l'enchantement et la vérité, la sagesse et la puérilité, l'animalité et l'humanité, l'écriture et l'oralité, et par-dessus tout entre les sphères culturelles, les langues et les époques. Héritière des civilisations mésopotamiennes de l'âge du bronze, la fable constitue le genre littéraire le plus continûment et le plus universellement cultivé de l'Antiquité à nos jours : d'Orient en Occident, les recueils d'apologues se comptent par centaines. Au sein de cette galaxie, les récits et anecdotes qu'on attribue à Ésope (VIe s. avant J.-C.) occupent une place privilégiée. On les découvrira ici, accompagnés pour la première fois en édition de poche de la Vie romancée qui installe durablement la légende d'Ésope, cet esclave difforme et monstrueux, aussi subtil que redoutable, celui que La Fontaine considérait comme le père d'un genre toujours vivace et fascinant.
Le De amicitia, l'un des derniers traités de Cicéron, s'inscrit dans une tradition de réflexion dont il ne nous reste avant lui que les témoignages de Platon et d'Aristote. Mais Cicéron, comme dans ses autres ouvrages, écrit pour son temps: au lendemain de l'assassinat de César, il définit l'amitié à la fois d'après les concepts grecs et en fonction des conditions sociales et politiques de la vie romaine, avec l'intention d'en faire le fondement d'une renaissance de l'esprit républicain. Cette alliance de la tradition romaine aux principes de sagesse grecs forme le c'ur de l'humanisme cicéronien dont s'inspirera notre culture classique.