Qu'est-ce qui fait des Nuits un trésor de la culture mondiale, le lieu rêvé où parler et vivre ne sont que les moments d'une même vérité? Shéhérazade raconte des histoires à un roi pour le distraire du funeste projet qu'il a conçu d'épouser chaque soir une vierge et de la faire exécuter à l'aube. Mais comme, conte après conte, elle est toujours vivante et comme le roi reste si peu présent, on ne pense plus qu'à écouter l'aventure sans s'apercevoir que se mime l'affrontement d'un désir et d'une loi. Le véritable événement précède la montée sur scène de la conteuse et dicte son langage: il s'agit du meurtre de deux reines. Ce livre entreprend d'analyser la composition des contes et la génération des récits, de découvrir les rouages d'une machinerie, d'étudier la fonction des opérateurs, de mettre au jour l'organisation profonde d'un conte apparemment banal ou trompeur, de comprendre la stratégie subtile de ses significations. Car les Mille et Une Nuits ne sont pas qu'une collection de récits distrayants. Leur texte profond nous renvoie à un temps où la magie réglait encore les secrets de l'univers, de d'au-delà, de l'amour et de la mort. Elles ravivent une mémoire très ancienne dont nul mieux que Jamel Eddine Bencheikh, écrivain et linguiste à la double culture, n'était aujourd'hui armé pour déchiffrer la trace encore présente et délivrer la "parole prisonnière".
Nombre de pages
233
Date de parution
22/09/1988
Poids
330g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782070713981
Titre
Les Mille et Une Nuits ou La parole prisonnière
Auteur
Bencheikh Jamel Eddine
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
330
Date de parution
19880922
Nombre de pages
233,00 €
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La poésie arabe s'est toujours voulue le conservatoire d'une culture et d'une histoire, le monument élevé à la gloire d'une communauté, le champ d'exercice d'une conscience collective. Poétique arabe entreprend de présenter une théorie de cette écriture. L'ouvrage analyse aussi bien les phases de son élaboration que les lieux où elle se décide et s'organise : mémoire poétique, forme-poème, espace-vers, opérateurs phono-sémantiques, etc. Cette réflexion permet, dans un premier temps, de remettre en place les concepts de classicisme, néo-classicisme et modernisme, trop imprudemment employés dans le domaine arabe. Elle conduit surtout à cerner les rapports établis entre le langage et la philosophie générale de l'existence qui s'y fait jour.
Couvrir dix sept siècles de littérature arabe suppose des choix et des équilibres à respecter. Quelques articles de synthèse éclairent les origines, soulignent les évolutions et précisent les contextes. Un équilibre a été établi entre érudition et réflexion littéraire sans négliger la création contemporaine, jeunes auteurs et revues littéraires. Les monuments de la tradition savante ainsi que la littérature orale de langue berbère trouvent leur place dans ce dictionnaire. Les collaborateurs sont des universitaires français mais aussi arabes (Egypte, Maroc, Syrie, Liban, Tunisie)
Au IXe siècle de notre ère apparaît un homme qui se dit prophète. Les uns l'appellent le Maître, les autres le Maudit. Il soulève les esclaves africains qui assèchent les marais du Bas Euphrate, prend Bassora, pousse ses avant-gardes jusqu'à Bagdad. L'empire arabo-musulman vacille, le califat est menacé. La guerre, longue, brutale, chemine avec son cortège d'effroi. S'agit-il ici du palimpseste d'une histoire révolue ou du brouillon d'une autre, à venir ? Passé, présent et futur ont d'étranges connivences en cet Orient déchiré par les conflits politico-religieux. Dans cette fresque polyphonique, Jamel Eddine Bencheikh propose des pistes de réflexion sur les ressorts psychologiques et historiques de l'engagement au nom de Dieu. Avec érudition et énergie, il interroge la mécanique, toujours à l'oeuvre, des déchaînements de violence.
En Islam, le domaine de Dieu est inaccessible aux hommes sinon de par la volonté de Dieu lui-même et selon la lettre du Coran, texte de la Révélation, fondamental, nécessaire et suffisant. Les musulmans s'interdisent donc toute autre représentation du divin et singulièrement celles qui procèdent de l'imagination. C'est pourtant le Coran qui, par sa sourate XVII, ouvre une brèche dans cette interdiction « Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur / de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée / dont nous avons béni l'enceinte, / et ceci pour lui montrer certains de nos Signes. » La tradition populaire s'est autorisée de ces versets pour broder sur le thème d'un voyage fait en songe par le Prophète, de La Mecque à Jérusalem, puis dans les au-delà célestes et infernaux. Des moyens merveilleux, une échelle sublime (mi'radj) ou une monture prodigieuse, ailée, à visage féminin, conduisent jusqu'à Dieu, à travers les Cieux, font découvrir l'Enfer et permettent la rencontre d'Adam, des patriarches et des prophètes, d'Abraham à Jésus, en passant par Moïse. Les variantes attestées et écrites sont nombreuses, précisément parce qu'if s'agit de la seule ouverture sur l'imaginaire religieux. Et leur objectif est simple: convoqué à comparaître devant Dieu qui va prononcer sa légitimité, Mahomet franchit ces espaces utopiques accompagné et vénéré par tous les grands témoins du credo monothéiste. Dernier des Envoyés, il se trouve immédiatement confirmé dans sa supériorité sur tous les précédents. Ici, l'islam se fonde tout en célébrant sa primauté. Face à la variété des textes issus de ce que gardiens du temple et islamologues distingués traitent de « fatras et folklore matérialiste pour croyants médiocres aux appétits grossiers », Jamel Eddine Bencheikh a réécrit, avec une magnifique sensibilité littéraire, l'une des versions, la plus étoffée, en l'enrichissant des autres de façon à restituer un récit poétique complet et dont l'homogénéité se justifie par l'unicité de la source d'inspiration. Il s'en explique dans une postface remarquable sous le titre de L'Aventure de la Parole. Ce faisant, ü fait justice à un peuple musulman de plusieurs centaines de millions d'âmes pour qui ces représentations sont le corps de la foi. Si l'islam est aujourd'hui l'une des religions les plus répandues au monde, c'est aussi grâce à ces récits apocalyptiques. Sans doute leur popularité tient-elfe à ce qu'ifs donnent à voir. D'où, encore, leur succès auprès des miniaturistes. Car, telle est l'autre qualité de ce livre: un chatoiement d'images et de couleurs nées du texte et qui y trouvent immédiatement leur place. Rarement harmonie aura été aussi parfaite.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.