Une adolescente se rêve enceinte de l'amant de sa mère (Le Plus Bel Amour de Don Yuan) ; une femme empoisonne l'épouse de son amant avant de goûter avec lui une félicité dépourvue de tout remords (Le Bonheur dans le crime) ; une duchesse espagnole, pour punir son mari d'avoir tué son amant, déshonore son nom en se prostituant (La Vengeance d'une femme). Les Diaboliques (1874), ce sont six histoires de femmes qui cultivent en un recueillement impie leur péché six nouvelles de passion, d'adultère et de crime, qui valurent à l'auteur un succès foudroyant. Accusé de diabolisme, menacé de poursuites pour outrage aux bonnes moeurs, il dut se défendre en prenant la posture du moraliste chrétien, peintre critique de la société de son temps et des "crimes de l'extrême civilisation". Contre les bien-pensants, Barbey d'Aurevilly eut l'audace de donner à voir, dans un style aussi luxuriant que cynique, la puissance vertigineuse du désir érotique et ses perversions.
Un roman vécu où il y a du sang coagulé" disait de ce livre Barbey d'Aurevilly. Le séduisant Ryno de Marigny, "scandale vivant du faubourg Saint-Germain", épouse la belle Hermangarde "au teint pétri de lait et de lumière". Le couple s'établit en Normandie dans le Cotentin, région aux paysages violents et contrastés entre la lande et la mer. Mais la Vellini, ancienne maîtresse du jeune homme, réapparaît: "Tu passeras sur le c'ur de la jeune fille que tu épouses pour me revenir", lui avait-elle prédit lors de leurs adieux. Commence alors la lente désagrégation du bonheur ou de son apparence. La Vellini impose de nouveau sa loi, celle de l'amour tragique, exclusif et destructeur. Elle vaincra. Avec ce roman Barbey donne une magnifique illustration de ses thèmes fondateurs et de sa philosophie de la vie. On ne peut être fidèle qu'à ce qui est sa propre origine. Il est impossible d'échapper au destin qui dicte sa loi. Catherine Breillat, qui vient d'adapter au cinéma cette terrible histoire, signe la préface de cette édition. dans laquelle elle souligne toute la modernité de ce roman.
Un des épisodes les plus romanesques de la Chouannerie et le premier volet de cette "épopée normande" que Barbey d'Aurevilly songea toute sa vie à écrire. Après des débuts littéraires incertains, l'auteur des Diaboliques trouve sa voie au moment où il retrouve son enfance, Valognes, Saint-Sauveur-le-Vicomte, le milieu familial où il a été élevé dans la nostalgie d'une culture qui est morte en 1789. C'est cette quête proustienne d'un temps, d'un monde perdu qui, par-delà les exploits des héros, donne au Chevalier des Touches son étrange miroitement poétique. "Les Poètes, comme les Tortues, disait Barbey, portent leur maison sur leur dos, et cette maison, c'est le palais des premiers songes."
Je suis le chevalier des Touches ; n'est-ce pas que ce sont des ingrats ? " Quelques décennies après la Révolution de 1789, la réapparition, spectrale, de ce héros chouan à Valognes réveille les souvenirs de quelques royalistes déchus, vieillissants, presque ridicules, mais pourtant attachants. Sous la plume de Barbey, dandy nostalgique de ces temps disparus, c'est l'épopée chouanne qui resurgit à travers ces personnages. On les écoute alors raconter et revivre la geste de leur jeunesse. Oui, ces temps héroïques appartiennent au passé, et l'Histoire a poursuivi son chemin sans qu'on n'y puisse rien faire. Mais la littérature, en faisant ?uvre de mémoire, permet à tout un monde de renaître, l'espace d'un récit. Le lecteur a ainsi l'impression d'assister à l'évocation magique d'une époque révolue. L'accompagnement pédagogique analyse en profondeur l'écriture aurévillienne, sa puissance d'évocation et sa structure romanesque. Le récit-cadre et les retours en arrière, l'Histoire mêlée à l'intimité offrent de multiples occasions d'initiation au commentaire autant qu'à la dissertation. Roman (XIXe siècle) recommandé pour les classes de lycée. Texte intégral.