Non sans paradoxe, c'est à Paris que Walter Benjamin trouve les traces de ce qui lui permet dedéchiffrer la nature, mieux la vérité de la modernité. Charles Baudelaire lui a servi de guide dansces nouveaux temples du culte marchand que sont les passages couverts. Mais, en 1930, le luxen'y est plus, tout comme le flâneur, c'est donc à une autre réalité que s'attache alors Benjamin,une réalité où l'aura a disparu.Hannah Arendt décrivait ainsi sa démarche si particulière: « Ce penseur, nourri de l'aujourd'hui,travaille avec les ?éclats de pensée? qu'il peut arracher au passé et rassembler autour de soi.Comme le pêcheur de perles qui va au fond de la mer, non pour excaver et l'amener à la lumièredu jour, mais pour arracher le riche et l?étrange, perles et coraux, et les porter, comme fragments,à la surface du jour, il plonge dans les profondeurs du passé, mais non pour le ranimer tel qu'il futet contribuer au renouvellement d?époques mortes ».L'ouvrage examine les travaux de Benjamin dans une perspective historique, philosophique etthéorique. Il comporte quatre parties. La première s'intéresse à divers aspects de l'analogie et durêve qui sont au coeur des chapitres les plus importants de Passagen-Werk. La seconde traite desmondes oniriques du XXe siècle et se concentre plus particulièrement sur la relation entrel'architecture, le cinéma et la presse populaire. La troisième section propose une approchecomparative permettant d'aborder l'architecture dans une perspective interdisciplinaire. La dernièrepartie explore des notions ou des procédures propres à Benjamin, depuis ses notions d'aura et dereproductibilité mécanique jusqu?à ses méthodes de montage textuel et sa théorie d'unetechnologie « seconde ».
Andreotti Alberta ; Le Galès Patrick ; Moreno-Fuen
Les cadres supérieurs urbains de Milan, Madrid, Paris et Lyon sont en train de devenir une classe sociale " émergente ", mobile dans le cadre européen, se représentant comme l'avant garde de leur pays dans le monde. Mais ils sont en même temps profondément enracinés dans leur quartier, dans leur ville, où ils ont leurs amis, des liens familiaux très denses et sont très présents. Leur mobilité transnationale est relative : ils ne partent pas pour très longtemps, pas très loin, et ils reviennent souvent là où ils ont habité. Ils adoptent souvent des stratégies résidentielles sur le long terme qui intègrent des liens hérités et le souhait de vivre à proximité de la famille. Ils utilisent aussi les services publics, sur lesquels ils réussissent à exercer un certain contrôle afin de les adapter à leurs besoins. La transnationalisation se fait sous forme " d'exit partiel ", on part un peu et on revient en valorisant les ressources accumulées à l'étranger. Cette transnationalisation est orientée à la fois par le choix et les idées des individus (plus favorables à la libéralisation et au marché), ou par les pressions des grandes entreprises pour lesquelles ils travaillent.
Au cours du processus de mise en forme, il est décisif que le projeteur puisse faire apparaître de façon explicite la pertinence de ses choix (un dessein) pour mieux en assurer la maîtrise. C'est le rôle des catégories architecturales, dans lesquelles on range des principes, des caractères, des relations et des opérations de même genre et de même domaine. Le domaine ici traité est celui de la morphologie des ouvrages et des espaces bâtis décrits par un dessin, muni de ses codes de représentation. Ces caractères morphologiques s'exercent par rapport à deux pôles opposés : celui des quantités spatiales, en partie mesurables, et celui des qualités spatiales, peu mesurables ou non mesurables, que nous désignons par l'adjectif topologique. Les caractères de position-situation en relation avec des limites spatiales matérialisées entrent ici en jeu. Quant aux propriétés et relations euclidiennes, elles résultent de la confrontation entre les deux polarités de quantité et de qualité. La forme euclidienne du contour d'un tracé apparaît comme une clef de composition entre les caractères morphologiques de taille avec ceux de position-situation des ouvrages bâtis, associés aux espaces qui leur correspondent. L'espace de l'architecture se présente alors comme un ensemble de lieux habités, délimités, où l'on peut se situer. Les catégories de la mise en forme suscitent trois questions fondamentales que le concepteur se pose dans tout processus de projet pour définir : — La forme du contour des espaces et des ouvrages bâtis, examinés en fonction de leurs caractères de régularité (propriétés et relations euclidiennes réglées par l'opérateur de groupe expérimental des déplacements dans la description de l'espace du projet). Le concept de régularité incorpore celui d'irrégularité, qui permet de faire apparaître par opposition, afin d'en évaluer le sens. — Les positions relatives de ces ouvrages et espaces, leur distribution et leur accessibilité ainsi que les relations entre aires et régions distinctes, notamment intérieures et extérieures, perçues en rapport à des limites identifiables (propriétés et relations topologiques, sous-jacentes à celles que l'on vient de mentionner). — Les dimensions de ces ouvrages et espaces dans un système d'évaluation des quantités quel qu'il soit (propriétés et relations de taille, de mesure et de proportion). Les catégories de la mise en forme du projet dessiné expriment les conditions d'existence de la conception et de la production architecturale ; elles s'inscrivent dans un mode de pensée et de faire hérité d'une histoire.
Au tournant des années 1990, la ville de Lille fut le théâtre d'une des opérations d'urbanisme les plus commentées et les plus controversées de la fin du xxe siècle, non seulement à l'échelle locale, mais aussi nationale et internationale. Baptisée Euralille, celle-ci portait sur un secteur de 70 hectares autour de la nouvelle gare Tgv qui allait bientôt mettre la capitale des Flandres à une heure des grandes métropoles européennes : Paris, Londres ou Bruxelles. Avec une trentaine d'années de recul, Valéry Didelon revient sur Euralille, devenu le troisième quartier d'affaires en France, en s'intéressant non pas tant à ses formes urbaines ou à son style architectural qu'au processus qui l'a généré et qui reflète le tournant néolibéral de l'aménagement des villes : mélange de déclin de l'Etat-providence, de montée en puissance des opérateurs privés et de crise du statut de l'architecte-urbaniste. L'ouvrage est ainsi organisé autour des trois personnages principaux de cette histoire, acteurs majeurs et pionniers de leurs domaines respectifs : Rem Koolhaas, architecte néerlandais de réputation mondiale qui deviendra l'une des plus grandes stars de l'architecture, Pierre Mauroy, maire socialiste de la ville et homme politique d'envergure nationale mais surtout Jean-Paul Baïetto, véritable manager de ce projet, créateur de la société d'économie mixte qui le finança, et inventeur en France, à cette occasion, de la figure mi-publique mi-privée de l'" aménageur ", aujourd'hui centrale dans les opérations urbanistiques. Armé d'une bibliographie et d'un index, le livre est complété par un entretien inédit avec Rem Koolhaas, réalisé par l'auteur.
Résumé : Ne requérant aucune connaissance préalable, l'ouvrage de l'ingénieur et l'architecte Marc Leyral vise à instruire tout lecteur sur les principes simples qui sous-tendent les structures les plus complexes. L'ouvrage prend forme d'un dialogue socratique entre un jeune élève et son maître qui l'introduit pas à pas aux notions fondamentales de l'art de bâtir. Les objets qui nous entourent, depuis le simple nid d'une hirondelle jusqu'à la halle d'un marché couvert, ne cessent de nous interroger sur les liens étroits et parfois mystérieux qui unissent formes, forces et matières. Mais la science des structures, indispensable à l'architecte qui les dessine tout comme à l'amateur qui cherche à les comprendre, peut s'avérer d'un abord intimidant. Ne requérant aucune connaissance préalable (outre les quatre opérations mathématiques de base), l'ouvrage de l'ingénieur et l'architecte Marc Leyral vise à instruire tout lecteur sur les principes simples qui sous-tendent les structures les plus complexes. Guidé par une volonté didactique affichée, l'ouvrage prend forme d'un dialogue socratique entre un jeune élève et son maître qui l'introduit pas à pas aux notions fondamentales de l'art de bâtir : Qu'est-ce qu'une force ? Comment les charges se répartissent dans les éléments d'une structure ? A quelles conditions celle-ci est-elle à l'équilibre ? Comment se comportent les matériaux soumis à différents types d'efforts ? Jusqu'à quel point résistent-ils ? Qu'est-ce qu'un arc, une voûte, un porte-à-faux ou une membrane sous-tendue ? Toutes ces questions sont systématiquement associées à l'analyse d'exemples précis, anciens ou contemporains, monumentaux ou ordinaires : du Centre Georges Pompidou à Paris aux abris vernaculaires en terre crue au Cameroun, du Panthéon de Rome à la grande toiture en béton de l'hippodrome de la Zarzuela à Madrid, des ponts de singe des Indiens des Andes au dôme géodésique de l'exposition universelle de Montréal en 1967. Accompagnés d'une riche iconographie, incluant près de 400 illustrations didactiques réalisées spécialement pour l'ouvrage, tous les chapitres se terminent par une fiche synthétique et une application pratique. La leçon apprise, il ne reste qu'un pas entre comprendre " pourquoi ça tient " et pouvoir imaginer de nouvelles structures.
En vue de bâtir, concrètement et immédiatement, une société modèle, ou du moins commencer à le faire, Jean-Baptiste André Godin, l'inventeur du célèbre poêle en fonte, associe de manière inédite le travail, le capital et le talent. Influencée par Charles Fourier, la solution sociale qu'il met en pratique se veut non seulement une tentative personnelle mais aussi un exemple à suivre et à améliorer. Sa critique du capitalisme industriel en plein essor est principalement morale. Elle ne peut aboutir que dans la construction d'une société autre, plus harmonieuse. Parce qu'il y a là une tentative de vivre et de travailler autrement, parce qu'il y a là une utopie, l'oeuvre de Godin interpelle et impose, plus que jamais, de l'étudier. Une série d'articles, de récits et de témoignages complète ce volume en rendant compte des jugements émis par des chroniqueurs, des réformateurs sociaux ou des écrivains parmi lesquels figure Émile Zola, au regard de l'expérience novatrice et audacieuse de Godin.