Le palimpseste est un manuscrit sur parchemin dont l'écriture en masque une autre, première et originelle, que l'on peut tenter de reconstituer à l'aide de techniques appropriées. Dans le présent ouvrage, Chantal Zabus ne parle pas d'antiques parchemins, mais de textes littéraires écrits par des auteurs africains dans des langues européennes. Elle les déchiffre en rendant compte de la langue africaine, présente en filigrane, dans l'écriture ouest-africaine d'expression française et anglaise, des années 1960 à nos jours. Après une introduction sur la situation de diglossie et de glottophagie en Afrique et, plus particulièrement, au Sénégal, en Côte d'ivoire, au Ghana et au Nigéria, l'auteure se penche sur les diverses méthodes scripturales utilisées par les romanciers de ces pays d'Afrique de l'Ouest. Mis à part les notes de bas de page et l'insertion occasionnelle de termes africains dans le texte, on distingue divers autres procédés, dont celui du doublage - où le mot en langue africaine est flanqué de son " double" en langue européenne -, la contextualisation, l'alternance codique, l'ethnotextualité, la pidginisation et la relexification. En ce qui concerne cette dernière, la tâche du critique est philologique, dans le sens où elle permet de retrouver la trace de la langue africaine (ici, le ndût, le malinké, le dioula, l'igbo, le yoruba, le wolof) en filigrane dans un corpus important de romans et autres genres littéraires. Certains des procédés décrits ici sont sur le déclin tandis que d'autres sont en plein essor. Les deux éditions anglaises de ce livre ont reçu un accueil enthousiaste dans le monde anglo-saxon et l'on doit se réjouir de le voir maintenant accessible au lectorat francophone.
Traduit de l'américain, Entre foi, lois et droits aborde les altérations génitales que sont l'excision et l'infibulation dans des récits écrits à la première personne par des femmes africaines en anglais, en français et en arabe. Recouvrant une vaste zone géographique - du Sénégal à l'Egypte, du Mali au Kenya -, ce livre fait l'anthropologie littéraire des MGF (ou mutilations génitales féminines) et montre de manière chronologique - des années 1960 à nos jours - comment ces femmes sont parvenues à se libérer du carcan inextricable de la culture, de la religion et du patriarcat. Par voie détournée, l'étude aborde aussi les avatars du clitoris depuis le XVIe siècle, les marquages corporels, le monde de la haute-couture et les opérations pratiquées dans l'Occident contemporain à l'ère de la chirurgie plastique. Par cette mise en relation entre des textes de femmes et les contextes qui les ont produits, le corps féminin apparaît comme un enjeu de contestation entre différentes factions (constituées souvent d'hommes), mais également comme l'espace limite entre sujet désincarné et agent, entre consentement et protestation, entre coutumes et droits humains - entre foi, lois et droits. D'après Chantal Zabus, Between Rites and Rights : Excision in African Women's Experiential Texts and Human Contexts (Stanford : Stanford University Press, 2007), 354 p.
Par quel hasard Arthur se retrouve-t-il ce jour-là projeté dans l'improbable projet de Sandrine ? Rien de commun pourtant entre ce jeune homme hypocondriaque et cette street artist bruxelloise dont l'objectif est d'ouvrir les yeux des gens sur les "énormités" qui les entourent... Et si ce frêle garçon était, contre toute attente, le seul capable de l'aider à atteindre son but ?
En Belgique, dans les années 1980, Jean-Loup vit en compagnie de son père. Le petit garçon souffre de TOC liés à un cruel manque de confiance en lui et à une certaine solitude due à l'absence de sa mère. Doté d'une grande imagination, doué d'un talent de conteur, il se construit pourtant son propre univers avec beaucoup de fantaisie... Mais comment raconter des histoires aux autres quand on est hypocondriaque ? Comment peut-on tout simplement trouver sa place dans la société alors qu'on est différent des autres ? Une histoire drôle et émouvante servie par les illustrations d'Hippolyte qui ont parfois un petit air de Sempé.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.