Au cours des dernières années, le street art a pris place au carrefour des démarches artistiques et des jugements esthétiques. On lui a consacré des études où son histoire et sa généalogie sont retracées ; au fil des pages, on a illustré ses chefs-d??uvre à grands coups de photographies, généralement superbes, mais pas toujours révélatrices de l'environnement des murs. Bien plus rarement, on s'est interrogé sur l'impact de la pratique pariétale sur le promeneur ou le flâneur qui, en quelque sorte, est son public premier. C'est ce regard particulier qui est examiné dans Street Art. Paysage mental Récit mural. Un itinéraire s'est alors dessiné qui a ébauché une cartographie activant aussi bien les espaces de la ville, dans la tradition géocritique, que l'univers street-artistique. Un tel parcours associe les images et les textes. L'auteur y explore certes la production des graffeurs et des graffeuses, dont près de deux cents, des plus connus (Rammellzee, Miss.Tic, Gérard Zlotykamien, Kouka, M. Chat?) aux anonymes, sont mentionnés, mais il y sollicite aussi le cinéma et le documentaire qui côtoient l'art pariétal (Wild Style, Agnès Varda, Chris Marker, Carlos Saura, Eric Rohmer, ?), la littérature et ses illustrations plastiques (Georges Perec, Miguel Hernández, Julio Cortázar?) et les arts picturaux et autres installations (Daniel Spoerri?). En définitive, ce sont cinq décennies et de nombreux pays et villes qui sont ici passés au crible jubilatoire du street art.
Nombre de pages
256
Date de parution
02/04/2026
Poids
280g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782707358004
Auteur
Westphal Bertrand
Editeur
MINUIT
Largeur
135
Date de parution
20260402
Nombre de pages
256,00 €
Disponibilité
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Les sciences humaines ont durablement accordé la priorité à l'analyse du temps. L'espace était perçu comme un contenant, la scène anodine sur laquelle se déployait le destin des êtres. Mais depuis quelques décennies la relation entre les deux coordonnées fondamentales de l'existant s'est équilibrée. Cet essai expose une réflexion sur la représentation de l'espace dans les univers fictionnels, dont il sonde les liens intimes avec la réalité, la sphère du référent. Dans un environnement postmoderne où la perception du réel est affaiblie et le simulacre triomphant, les arts mimétiques, auxquels la littérature ressortit, sont désormais à même de proposer une nouvelle lecture du monde, géocritique, où interviennent la théorie littéraire, la géographie culturelle et l'architecture.Bertrand Westphal est né en 1962. Il enseigne la littérature comparée à l'université de Limoges où il dirige une équipe de recherche.Il a publié : L'oeil de la Méditerranée. Une odyssée littéraire, La Tour d'Aigues, Éditions de l'Aube, 2005 - Littérature et espaces (ed.), avec Juliette Vion-Dury et Jean-Marie Grassin,, Presses Universitaires de Limoges, coll. « Espaces Humains », 2003 - Roman et Évangile, Presses Universitaires de Limoges, 2002 - La géocritique mode d'emploi (ed.), Presses Universitaires de Limoges, coll. « Espaces Humains », 2000.
Les cartes donnent souvent l?impression que le monde est saturé et que la surface de notre fragileplanète a renoncé à la dimension du mystère. Ce sentiment d?accomplissement est trompeur. Il estle propre de la modernité occidentale. Tout au long de son histoire, l?Occident n?a eu cessed?affronter les espaces ouverts pour les transformer en lieux clos sans que ce verrouillage eûtjamais été décisif. Tant mieux, car, à chaque fois qu?il rouvre sur un horizon nouveau, le mondesuscite l?éblouissement. Les Argonautes et Ulysse ont connu cette sidération, de même queChristophe Colomb à sa manière.L?art du lienzo aztèque, les lignes de chant des Aborigènes australiens et la cartographie extrême-orientale confirment que l?Occident ne détient pas le monopole de la vision géographique dumonde. Et plutôt que de réserver les océans aux seules caravelles de Colomb, on lancera aussidans l?aventure Abou Bakari II, empereur malinké, et Zheng He, amiral chinois. Ces tours et détours à travers espaces et lieux d?hier et d?aujourd?hui postulent l?existence d?un monde plausible qui sonnerait le glas des revendications hégémoniques de l?Occident.
Planter des piquets, dresser murs et murets, ouvrir des guichets... L'être occidental se complaît en des clivages qui l'aident à conforter ses fantasmes territoriaux. Et le globe de se transformer à ses yeux en pelote de lignes et de frontières étanches, en vaste cage des méridiens qui, sur un mode empreint de mélancolie, sanctionnerait la nature immuable des choses. La littérature et les arts s'accommodent parfois de cette trompeuse évidence. Pour plus d'un, néanmoins, le canon artistique est l'expression d'un ethnocentrisme. Pour plus d'un, l'universalisme culturel est la marque d'une occidentalisation, voire de la globalisation en cours. Imaginera-t-on une alternative ? un monde qui privilégierait la périphérie et dont le centre libéré du carcan global véhiculerait un début d'équité ? De-ci, de-là, par-delà les océans, des écrivains ont fait preuve de cette sorte d'imagination, des artistes aussi, nombreux, pour qui le globe et les cartes ont fini par devenir la matière d'une pensée fluide à portée planétaire.
Nous nous garons, nous voilà soulagés. Mais si nous nous avisions de repartir ? Nous risquerions de nous é-garer. La séquence est brutale : ... se garer... s'égarer. Sortis du stationnement, serions-nous irrémédiablement perdus ? La langue française affirme qu'il n'y a rien entre le garage et l'égarement, rien sinon la vague étendue qui supporte l'aventure. Se mettre en mouvement serait donc se fourvoyer à coup sûr, errer au pied de moulins à vent, devant des géants, allez savoir. Les égarements auraient de quoi nous effrayer. A juste titre ? Et si, au contraire, ils nous aidaient à redevenir naïfs, un rien donquichottesques ? Un atlas des égarements ne serait pas de trop. Il existe. Des écrivains et des artistes du monde entier nous en livrent l'ébauche.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.