Dans L'Homme pétrifié, recueil de nouvelles paru pour la première fois en 1941, c'est tout le Mississippi des années 1930 qu'Eudora Welty met en scène. Riches et pauvres, Blancs et Noirs, vagabonds, chômeurs, hommes à la dérive, dames patronnesses, femmes adultères, simples d'esprit, parias... Plongé dans le quotidien le plus banal, au coeur de villes où il ne se passe rien, le lecteur bascule sans s'en apercevoir dans le malaise, l'ambiguïté, le drame, le loufoque ou l'extravagant. Ici, l'événement déroutant, comme suspendu dans le temps et dans l'espace, fixe un moment capital qui changera l'existence de gens ordinaires. Avec un art consommé du récit, Eudora Welty sait s'interrompre brusquement. Au lecteur la liberté de terminer à sa place...
Nombre de pages
256
Date de parution
25/04/2014
Poids
175g
Largeur
108mm
Plus d'informations
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EAN
9782081294547
Titre
L'Homme pétrifié
Auteur
Welty Eudora ; Gresset Michel ; Himy Armand
Editeur
FLAMMARION
Largeur
108
Poids
175
Date de parution
20140425
Nombre de pages
256,00 €
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Il était une fois, dans une petite maison au fond des bois, une belle jeune fille, Rosamonde, qui vivait avec son tendre père, Clément, et sa vilaine marâtre, Salomé. Cela se passait dans des temps très anciens, quand les lions rôdaient encore dans les forêts touffues du Mississippi, à peine entamées par les haches des pionniers. Des brigands aussi hantaient ces lieux sauvages et ce fut par l'un d'eux que la ravissante et menteuse Rosamonde eut le bonheur d'être enlevée. Conte de fées ? Oui, puisque c'est sur une trame des frères Grimm qu'Eudora Welty a brodé cette histoire aussi fraîche et lumineuse qu'une toile du Douanier Rousseau. Mais conte ancré dans l'espace (la piste des Natchez, au coeur du Mississippi) et dans le temps (la fin du dix-huitième siècle). Pourquoi ? Parce que les lieux, les paysages jouent dans l'oeuvre de la grande romancière un rôle capital et que leur rémanence imprègne ici en profondeur un récit qui est un hymne à la liberté des corps, à la sensualité, au plaisir.
Le titre de ce cycle de nouvelles est tiré d'un poème de William B. Yeats, The Song of Wandering Aengus, et l'allusion mythologique y est claire. Fidèle à sa géographie affective, Eudora Welty dresse par touches délicates le portrait d'un canton perdu aux résonances universelles: Morgana, Mississippi (à quoi s'ajoute ici une pérégrination mémorable dans San Francisco). Du destin brisé de Snowdie MacLain, jeune épousée aussitôt quittée (son mari erre de texte en texte, fantôme disparu qui ne cesse de revenir), à la mauvaise fortune de Miss Eckhart, professeur de piano qui perd son doigté, les femmes chez Welty sont des êtres vulnérables pris, dès l'enfance, au piège de la vie. Aventures amoureuses, espiègleries du petit Loch qui observe à la longue-vue les amours d'une jeune musicienne, violence longtemps contenue d'un homme devant sa femme qui a grossi après la mort de leur enfant, Welty ne raconte pas, elle effleure. Prodiges du style indirect libre, ces récits brefs sont autant d'épiphanies.
Qu'est-ce que la nostalgie sinon une mélancolie humaine rendue possible par la conscience de quelque chose d'autre, d'un ailleurs, d'un contraste entre passé et présent ? Et cette nostalgie n'est-elle pas aussi provoquée essentiellement par l'irréversibilité du temps ? Car on ne saurait remonter le cours du temps, tel est l'obstacle insurmontable qu'il oppose à nos entreprises. C'est notre impuissance devant cette impossibilité qui fait toute l'amertume de la nostalgie et l'absurdité des chimères du rajeunissement. La nostalgie n'est pas le mal du retour : on peut toujours revenir à son point de départ, à son lieu natal (l'espace se prête docilement à toutes nos allées et venues) mais il est impossible de redevenir celui qu'on était au moment du départ. Mais si le temps s'oppose irréductiblement à la rétrogradation il ouvre devant nous une carrière infinie à la liberté. L'homme peut s'ouvrir à l'idée du futur et confirmer ce que le temps affirme. Se servant d'exemples tirés de la vie quotidienne aussi bien que d'oeuvres poétiques, philosophiques ou musicales, Vladimir Jankélévitch démontre en fin de compte que l'irréversible n'admet qu'un seul remède : le consentement joyeux de l'homme à l'avenir, au futur.