A quoi l'humanité peut-elle prétendre, quelle existence est véritablement digne de l'homme et comment il peut s'en approcher: voilà les questions qui parcourent les trois écrits très denses de Wilhelm von Humboldt. (1767-1835) traduits ici pour la première fois. Que ces questions soient largement inactuelles n'échappera à personne; mais plus d'un, exaspéré par la domination de la technique et de l'économie, et par son interminable cortège idéologique - du dernier cri moderniste de la pensée à l'injonction de jouir à tout instant pourra les considérer pour cette raison même avec intérêt. Et en effet, Humboldt s'y essaie à l'une des approches les plus serrées de ce projet commun due désignaient aux efforts enthousiastes de ses contemporains les mots "idée de l'humanité", avant qu'il ne s'étiole et ne sombre dans l'oubli. Pourtant ce projet et l'approche de Humboldt, axée (de manière certes problématique) sur le concept d'individu, renferment des ferments de critique sociale qui semblaient attendre notre temps pour prendre tout leur sens et trouver, peut-être, l'énergie de lever.
Date de parution
26/09/2005
Poids
100g
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EAN
9782913534056
Titre
DE L'ESPRIT DE L'HUMANITE
ISBN
2913534058
Auteur
VON HUMBOLDT
Editeur
PREMIERES PIERR
Largeur
0
Poids
100
Date de parution
20050926
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von Humboldt Alexander ; Bonpland Aimé ; Minguet C
En 1799, à l'âge de trente ans, Alexander von Humboldt s'embarque pour le Venezuela avec son ami Aimé Bonpland, explorateur et botaniste. Ensemble, riches de leurs connaissances aussi aiguisées que complémentaires, ils vont pendant quatre ans sillonner l'Amérique espagnole et parcourir plus de quinze mille kilomètres. Grâce à ses ressources encyclopédiques sur la botanique, la chimie, la minéralogie, et dans d'innombrables domaines, Alexander von Humboldt va ainsi s'adonner à une description méthodique de ces terres, comme personne ne l'avait fait auparavant : nature, population, faits historiques, géographie, géologie... l'explorateur ne laisse rien au hasard. Précurseur de l'anthropologie, de l'ethnologie et de l'archéologie américaine grâce à sa description objective des Indiens, Humboldt parvient à dresser de façon exceptionnelle un tableau de la société coloniale espagnole, avec ses conflits d'intérêt et ses méthodes d'exploitation.
A côté de nombreux travaux portant sur des sujets aussi divers - en apparence - que la théorie de l'inconscient, l'anatomie comparée, ou la physiognomonie des montagnes, Carl Gustav Carus a laissé le récit détaillé du voyage qu'il fit à l'île de Rügen, sur l'incitation de son ami et mentor le peintre C. D. Friedrich. A l'époque, en 1819, cette île de la Baltique aux blanches falaises de craie pouvait encore donner " l'étrange impression d'une nature, primordiale intacte ", exceptionnellement propice " au complet abandon à ses pensées et à ses sentiments ". Carus put ainsi poser les jalons de sa célèbre théorie de la peinture de paysage, considérée comme " expérience de la vie de la terre ", et qui annonçait le projet de toute une vie : redéfinir la place de l'art et de la science dans leurs rapports à la connaissance.
Au terme de sa courte existence tumultueuse, le physicien Johann Wilhelm Ritter (1776 - 1810) eut le temps de publier un dernier livre, écrit "absolument pour personne, et même pas pour soi-même, mais seulement pour le sujet en soi". Le "sujet" des énigmatiques Fragments posthumes pourrait bien être la rencontre avec soi dans la connaissance des choses. Une "aspiration infinie" dont Ritter, qui découvrit le rayonnement ultraviolet, note qu'elle "n'est pas autre chose que la lutte pour l'art d'aimer", soit un dessein au rebours du programme de mathématisation du monde, lequel se réalise depuis en domination féroce de la technique et de l'économie. D'où le caractère personnel, intime, et pourtant théorique de ce texte, où l'on croise Herder, Novalis et d'autres proches du jeune physicien, dans un avant-propos aux airs de roman d'éducation que Walter Benjamin saluera comme le plus important morceau de prose autobiographique du romantisme allemand.
Voir, et aimer : les couleurs, les arbres de la forêt, les feuilles tombées - ne va pas de soi. Bien au contraire : "La beauté et la vraie richesse sont toujours (...) bon marché et méprisées", puisque "le paradis pourrait être défini comme l'endroit que les hommes évitent". Tel est l'arrière-plan de "Couleurs d'automne", resté jusqu'ici inédit en français. A l'origine, fasciné par la "maturité" du feuillage - contrairement à celle des fruits, elle ne s'adresse "qu'à notre goût pour la beauté" -, l'auteur de Walden avait voulu reproduire dans un cahier la couleur exacte des feuilles, au moment où elles montrent les nuances flamboyantes propres à l'Est américain. Le projet ne vit jamais le jour sous cette forme, mais fournit la matière d'une sorte d'apologie des sens, aiguillonnés par la saison, ses rougeurs, et la beauté des herbes sauvages. Une illustration de la recommandation que Thoreau notait quelque dix ans plus tôt dans son Journal : "Il faut voir non pas avec les yeux de la science, qui est stérile, ni avec ceux de la poésie juvénile, qui est impuissante (...). Je voudrais que les faits soient exprimés selon des vues plus profondes (...) de telle façon que l'auditeur ou le lecteur ne puisse les reconnaître ou appréhender leur signification sans être lui-même translaté, transporté..."