Après trois décennies où l'on avait cru pouvoir s'en passer, tout indique que nous avons plus que jamais besoin des mots du public. Face aux risques de dévoiement d'un Etat qui se détourne de son cadre public, ils sont les mots-clés de mobilisations sociales et politiques (...) et le meilleur thermomètre de notre vie collective et de nos démocraties". A. Vauchez Au risque d'une crise de confiance sans précédent des citoyens dans l'Etat dont ils interrogent désormais la légitimité " publique ", c'est-à-dire la capacité, voire la volonté, de se faire le relai des intérêts collectifs, et de protéger les citoyens. L'état général d'impréparation dans lequel s'est trouvé l'Etat au commencement de la pandémie aura servi ici de révélateur ; jetant une lumière crue sur l'action des gouvernements précédents qui avaient suivi une politique de réduction des coûts et d'efficacité gestionnaire au risque de priver les services hospitaliers des masques et des lits d'hôpital nécessaires. Dès lors que le gouvernement ne paraît plus agir en " pouvoir public ", plus rien ne semble justifier l'exception étatique qui confère à cette organisation politique un statut dérogatoire et des pouvoirs exorbitants. C'est du reste cette tension qu'a révélé le mouvement des Gilets jaunes, marqué tout à la fois par des attentes fortes à l'égard de l'Etat des services publics (en termes de qualité et d'égalité d'accès aux hôpitaux, aux transports publics, etc.), et une défiance inédite à l'égard de gouvernants tenus pour responsables de l'échec de l'Etat à tenir ses promesses " publiques ". Cette crise de confiance ne pouvait pas tomber plus mal alors que nous avons collectivement besoin d'un Etat et d'une Union européenne capables de conduire, au nom de tous, la conversion écologique de nos sociétés et de nos économies, et alors que nous devons faire face aux conséquences sanitaires, mais aussi économiques et sociales profondes de la pandémie Covid. Manière de dire, en somme, que la réflexion sur le " public " et les liens qu'il entretient avec l'Etat forme aujourd'hui un préalable à toutes nos discussions sur le changement d'orientations des politiques publiques. Les nouvelles théories démocratiques l'oublient parfois, toutes occupées qu'elles sont à faire apparaître de nouveaux horizons mobilisateurs - qu'il s'agisse de la transition écologique ou des nouvelles formes de démocratie participative. Mais, sans réfléchir à ce que l'Etat est devenu au fil des trois dernières décennies, ni aux chaînes de dépendance dans lesquelles il inscrit aujourd'hui son action, elles s'exposent au décalage en faisant comme si l'Etat était ce simple " levier " disponible et mobilisable pourvu qu'on veuille bien lui donner le sens politique voulu. Or il y a précisément lieu d'en douter. C'est pourquoi il faut reprendre le fil du " public " et remettre sur le métier une notion qu'on avait paresseusement abandonnée comme une vieille relique. Il faut faire l'inventaire des glissements de terrain qui se sont produits depuis trente ans et ont fragilisé les soubassements publics de l'Etat, décrire leurs effets politiques et démocratiques, et explorer les voies possibles d'un nouvel esprit public du gouvernement.
Nombre de pages
80
Date de parution
24/03/2022
Poids
98g
Largeur
100mm
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EAN
9782381910468
Titre
Public
Auteur
Vauchez Antoine
Editeur
ANAMOSA
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100
Poids
98
Date de parution
20220324
Nombre de pages
80,00 €
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L'Union européenne a beau avoir une assemblée, des députés, des rendez-vous électoraux, elle traverse une profonde crise démocratique. Depuis des décennies, le fossé entre l'Europe et les citoyens n'a cessé de se creuser. Les dirigeants ont fini par abandonner leur marge de manoeuvre à des institutions "indépendantes" : Commision, Cour de Justice, Banque centrale européenne. Ce faisant, ils ont accepté de ne plus jouer le premier rôle. Comment donner à l'Europe une légitimité démocratique ? Pour démocratiser véritablement l'Union, il ne s'agit pas tant de se caler sur le modèle de la démocratie nationale que de politiser et de démocratiser les institutions "indépendantes" elles-mêmes. Responsabilisation politique, meilleure représentativité sociale, ouverture des débats contradictoires pourraient y concourir puissamment. C'est peut être aujourd'hui la dernière chance de l'Europe.
Les mots de la régulation sont aujourd'hui omniprésents au sein de l'État comme à sa périphérie. On « régule » le numérique, la concurrence, les produits financiers ou encore les prix de l'énergie. On « régule » aussi, au-delà des domaines économiques auxquels le mot a d'abord été associé, les données personnelles, le temps de parole des candidats à la présidentielle, le médicament ou l'audiovisuel.Loin de n'y voir qu'un effet de mode sémantique, les auteurs de cet ouvrage proposent de suivre l'avènement de ce moment régulateur autour d'un pôle de petites bureaucraties indépendantes (Cnil, Arcom, Autorité de la concurrence, etc.) qui n'ont cessé d'élargir leur influence depuis les années 2000. En retraçant l'histoire et la sociologie des acteurs publics et privés de la régulation, de Google jusqu'au Conseil d'État, ils montrent que ce phénomène ne se résume pas à une accumulation de compétences et de pouvoirs, mais qu'il témoigne aussi de la revendication d'une nouvelle modernité administrative et d'une plus grande efficacité politique. Devenue ainsi le laboratoire d'une contre-culture de gouvernement, la régulation bouscule aujourd'hui les frontières de l'administration et du politique, du public et du privé, du national et de l'européen, au risque de désorienter l'équilibre précaire de nos démocraties.Antoine Vauchez est directeur de recherche au CNRS au Centre européen de sociologie et de science politique (Université Paris 1 Sorbonne - EHESS). Il a notamment co-signé, avec Pierre France, Sphère publique, intérêts privés (Presses de Sciences Po, 2017).Avec les contributions de : Lola Avril, Anne Bellon, Isabelle Boucobza, Olivia Buy-Xuan, Jean-Michel Chahsiche, Pierre France, Thomas Lépinay, Jérôme Pacouret, Charles Thibaut, Jana Vargovcikova, Mélanie Vay, Caroline Vincensini.
Vauchez Antoine ; Willemez Laurent ; Boucobza Isab
La cause de la justice française semble désormais entendue : elle est aujourd'hui " en crise ". " L'affaire Outreau " aura porté un coup final à une longue suite de rapports, chiffres et palmarès qui forment un inventaire sans concession des multiples " lenteurs ", " archaïsmes ", " dysfonctionnements " et " erreurs judiciaires ". Cet ouvrage décode ce qui se joue dans cette crisologie et dans l'impératif réformateur qui en découle. Objet pendant longtemps d'une attention qui débordait rarement les " milieux judiciaires ", la justice intéresse en effet désormais des réformateurs de toutes sortes qui en font un véritable laboratoire et travaillent à redéfinir le " pouvoir judiciaire ", les conditions de sa légitimité et les missions dont il est investi dans l'espace public. Fondé sur l'analyse de vingt-cinq années de controverses sur la justice, ce livre, en retraçant l'histoire de ce champ réformateur depuis les années 1980, montre la formation d'un horizon commun fondé sur un ensemble de standards de droit (" procès équitable ") et de gestion ( " bonnes pratiques " et " qualité de la justice ") qui servent aujourd'hui de point de repère aux différents réformateurs. Il souligne les transformations qui en découlent : la dépolitisation et la technicité croissantes des enjeux ; la valorisation d'un modèle de justice où priment le professionnalisme du magistrat, les garanties procédurales et l'efficacité managériale aux dépens des formes alternatives de légitimité de la justice fondées sur l'élection (conseils de prud'hommes, tribunaux de commerce) ou le tirage au sort (cours d'assises). Il identifie enfin un risque propre à ces mutations qui est de fragiliser la légitimité politique et sociale de la justice au moment même où celle-ci est appelée à jouer les premiers rôles.
Valeur travail ", " je cherche du travail "... Les expressions sont légion pour dire combien le travail est au c'ur de nos vies. Pointant les conflits de valeurs qui le traverse afin de les politiser, ce livre questionne la transformation des institutions du travail dans un contexte de désastre écologique, d'injustices sociales accrues et d'épuisement psychique. Depuis dix siècles, le mot travail a pris progressivement pris trois significations principales : activité, production et emploi. Or seules les sociétés capitalistes utilisent ce mot unique pour évoquer autant de dimensions hétérogènes. Déplier le mot permet d'en saisir les enjeux contemporains. Le travail, entendu comme activité, est la peine que nous nous donnons pour faire quelque chose, ce que les sciences cliniques du travail nomment le " travail réel " : une élaboration sensible de l'action, avec et pour d'autres, qui est tendue vers la construction de sens et de santé. L'activité est désirable pour ces valeurs intrinsèques, existentielles. Mais il existe des conditions sociales pour que l'activité puisse se déployer. Or les dispositifs sociaux, et notamment le management, éludent régulièrement cette épaisseur de l'action, réduite à une exécution. Le travail signifie aussi la production concrète réalisée, avec ses qualités et ses valeurs d'usage, et marchandise avec une valeur économique. On peut avoir fait un " beau travail " sans valeur marchande. Ou l'inverse. Savoir ce qu'il est utile de produire et surtout, pour qui c'est utile, est un enjeu constant. Il prend une dimension existentielle dans le contexte d'abondance écocide et d'inégalités matérielles extrêmes. Enfin, le travail désigne aussi, bien sûr, un rapport social d'emploi, et plus particulièrement, depuis un siècle, sa forme dominante dans le Nord : le salariat, devenu l'institution centrale des sociétés capitalistes ayant spécialisé les fonctions et tâches productives. Les actuelles institutions " du travail " (Code, ministère, politiques publiques...) n'encadrent d'ailleurs que l'activité productive salariée. Ainsi, le travail soulève des enjeux existentiels multiples : de sens, de santé, de survie matérielle et écologique, de justice, comme de places sociales. Autant de significations et de valeurs qui sont en rapport, en tension, voire en conflit entre elles. Penser politiquement les rapports entre les valeurs intrinsèques, d'usage et économiques permet de pointer les usages immoraux de la morale du travail. Ce geste offre aussi de questionner les institutions du travail. Quel devrait être leur périmètre, alors que l'essentiel de la production utile pour notre subsistance se fait hors du salariat, et que celui-ci contribue à en réduire la possibilité ? Et quelles utopies concrètes du travail fleurissent, qui répondrait aux enjeux contemporains ... Autant de questions abordées dans ce livre attendu dans la collection " Le mot est faible ".
Qu'ont à voir Marie Curie, un écolier qui s'ennuie sur son pupitre ou Saint-Jérôme ? Une tête posée dans la main, marquant la réflexion et qui peut sembler, plus ou moins, peser. C'est à ce motif iconique que s'intéresse ce livre, venant interroger quels sont les images et imaginaires qui entourent la pratique de la pensée. Qu'ont à voir Marie Curie, un écolier qui s'ennuie sur son pupitre ou Saint Jérôme méditant ... Une tête posée dans la main, signe évident d'une réflexion, d'une cogitation, ou d'une introspection qui peut sembler, plus ou moins, peser. C'est à ce motif iconique que s'intéresse ce livre joyeux et érudit, venant interroger les images et imaginaires qui entourent la pratique de la pensée. Étudier cette pose de la tête pensante sur le temps long relève autant d'une histoire des savoirs qui envisage de manière concrète la production des idées, d'une histoire des corps et d'une histoire des représentations. Depuis l'antiquité, cette mise en scène est devenue une manière, si ce n'est la manière, d'évoquer la réflexion, tout comme la nature du rapport, souvent douloureux et pesant, que nous entretenons avec la connaissance, sa production ou sa transmission. Rythmé par des images en série et organisé en chapitres thématiques, le livre tente de cerner l'émergence de cette pose, dessinant ses premiers contours au travers de la figure du philosophe antique, du poète ou des méditants de la religion chrétienne. S'ensuit une pérégrination historique et anthropologique qui nous fait passer des enfants aux femmes savantes, des érudits mélancoliques aux savants rêveurs, des génies aux scientifiques épuisés de la fin du XIXe siècle.
Les seins des femmes sont-ils le siège visible, désigné, ressenti du féminin ? Ils sont en tous cas au coeur de tensions à la fois intimes et sociales, voire politiques, enjeu de l'assignation des femmes à des normes immémoriales et lieu d'une émancipation revendiquée. Cet essai en dévoile les mille et un signaux à travers une enquête où les femmes livrent leur expérience vécue. Ronds, fermes et hauts, ni trop petits ni trop gros, à la fois sexy et nourriciers, les seins des femmes sont l'objet d'assignations, d'injonctions et de fantasmes innombrables. Or l'expérience de chacune et de chacun est bien loin de se conformer à ces idéaux. Ces standards sont donc fréquemment vécus comme un poison et les seins réels invisibilisé. Camille Froidevaux-Metterie a mené une enquête auprès de femmes de tous âges, qui déroulent le fil de leur existence au prisme de leurs seins : de leur apparition au port du soutien-gorge, de la séduction au plaisir sexuel, du poids des normes esthétiques à la transformation volontaire ou contrainte par la chirurgie, de l'allaitement à la maladie... Grands oubliés des luttes féministes, appartenant à la fois à la sphère intime et à la sphère sociale, les seins condensent le tout de l'expérience vécue du féminin contemporain, soit ce mixte paradoxal d'aliénation et de libération. Ce constat s'inscrit dans une dynamique puissante que l'autrice appelle "tournant génital du féminisme", mouvement de réappropriation du corps des femmes dans ses dimensions les plus intimes : mieux connaître les organes génitaux et leur fonctionnement, lutter contre les violences sexistes et sexuelles, revendiquer l'accès à une sexualité libre et égalitaire placée sous le signe du consentement. Dans la pluralité de leurs formes et la liberté de leur condition, les seins participent de ce mouvement. Au cours de son enquête, l'autrice a réalisé des portraits des seins des femmes qui évoquent avec force en regard des verbatims et de l'analyse de cette "expérience vécue des seins".
Partant de cette sentence éternelle lors de débats sur l’immigration, les auteurs dissèquent les mots et les informations pour redonner des données chiffrées et des faits sur la question et sortir ainsi des contre-vérités qu'ils condamnent. Ce court essai permet de répondre aux arguments fallacieux et préjugés masquant des réalités tragiques. Il est essentiel de le glisser entre toutes les mains.