L'esprit de la lettre. La vie secrète de l'alphabet
Van Male Thora
ALTERNATIVES
4,00 €
Épuisé
EAN :9782862275239
A comme arobaseLe @ n'est pas une nouveauté sur les claviers. Le nom qui lui était appliqué autrefois nous indique quelle était sa fonction: c'était le «A commercial», qui servait dans les factures et autres documents de comptabilité nord-américaine: «3 bitonios @ 5 $ unité = 15$».Et avant ça? D'aucuns affirment que la petite queue qui l'entoure occupe la même fonction que les petits signes étranges que l'on trouvait dans les manuscrits médiévaux, c'est-à-dire une sorte de signal de l'usage d'une abréviation. Ce signe se serait entortillé autour de la lettre. Admettons. Néanmoins, un document commercial vénitien du XVIe siècle porte ce symbole plusieurs fois, dans des allusions au prix «par @» de vin. Cet usage nous conduit au mot arroba, un terme utilisé en Espagne et au Portugal pour désigner autrefois une capacité de dix à seize litres. D'arroba à arobase il n'y a qu'un saut de puce.La façon dont le @ est arrivé au coeur de nos courriers électroniques est une de ces histoires d'informaticien accro, faisant des manips dans son labo. Ray Tomlinson, un ingénieur qui travaillait en 1972 sur un projet intitulé Arpanet (ancêtre de l'Internet), a commencé par s'envoyer un message sur deux ordinateurs différents. Ensuite, en affinant le dispositif, il chercha le moyen de séparer l'identification de l'utilisateur de celle du serveur qui l'héberge. Pour éviter toute ambiguïté, Tomlinson choisit pour cette fonction un symbole qui ne figure dans aucun nom propre, dans aucun nom de serveur: le@.Depuis l'engouement massif pour le courrier électronique en Occident, les anciens usages du @ ont quasiment disparu, hormis pour signifier la mesure de l'arrobe dans les domaines hispanophone et lusophone. Certains nouveaux usages sont nés, par contre, dans les jeux électroniques et quelques autres domaines.Jetons un coup d'oeil sur quelques-uns des mots choisis par diverses langues pour nommer cette entité qui, avant l'avènement du courrier électronique, était pour ainsi dire inconnue. Les traductions sont approximatives! L'analogie animalière a séduit certains:@ «A de singe» en bulgare, «singe» en croate, «singe» ou «petit singe» en polonais@ «petite souris» en taïwanais@ «trompe d'éléphant» en danois et en suédois@ «queue de chat» ou «signe de miao» en finnois@ «singe araignée» en allemand@ «petit canard» en grec@ «queue de cochon» en norvégien@ «ver de terre / asticot» en hongrois@ «escargot» en italien, «escargot d'eau» en coréen@ «chien» ou «toutou» en russe.@ D'autres focalisent sur la forme arrondie, se retournant sur elle-même, en dehors du règne animal:@ «brioche majorquine roulée» en catalan@ «oreille» en arabe (Arabie Saoudite)@ «rollmops» en slovaque@ «strudel» en hébreu@ «cache-oreilles» en islandais.@ Le turc (comme d'autres langues, d'ailleurs), ouvre plusieurs possibilités: «bel A», «A spécial», «A crochu», «escargot» et «bélier».
Nombre de pages
142
Date de parution
21/06/2007
Poids
305g
Largeur
134mm
Plus d'informations
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EAN
9782862275239
Titre
L'esprit de la lettre. La vie secrète de l'alphabet
Auteur
Van Male Thora
Editeur
ALTERNATIVES
Largeur
134
Poids
305
Date de parution
20070621
Nombre de pages
142,00 €
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Extrait Anglo-saxophones LA LANGUE ANGLAISE : PLUS DE MOTS EMPRUNTÉS QUE DE MOTS ANGLO-SAXONS - NATURE DU FONDS ANCIEN - LEXIQUE SAXON / EMPRUNTÉ CHEZ QUELQUES GRANDS ÉCRIVAINS - TEXTES COMPARATIFS - STYLE CONSÉQUENT AU REFUS DE L'EMPRUNT La langue anglaise est une grande emprunteuse devant l'Éternel. Parmi les vingt mille mots les plus communément usités, 20 % environ sont d'origine anglo-saxonne, et 60 % d'origine gréco-latine (y compris française). Les mots d'origine française et latine sont souvent mêlés dans les décomptes, car il n'est pas toujours possible d'établir avec certitude à laquelle de ces deux langues a été fait l'emprunt. Encore heureux que l'emprunt lexical ne requière pas de remboursement ! Les Anglais n'ont jamais disposé d'une autorité semblable à l'Académie français. Le poète Dryden (1631-1700) aurait aimé imposer une institution pour régenter l'anglais, mais sa tentative est restée vaine. Il s'est alors arrogé personnellement la mission de faire vivre sa langue. Qui empêchera d'importer de l'étranger des vocables percutants ? [...] Ce n'est pas comme si j'emportais le trésor de la nation, lequel ne reviendrait jamais sur notre sol. Le mot que je ramène d'Italie, je le dépense en Angleterre ; ici il reste, ici il circule, car si cette monnaie est bonne, elle passera de main en main. Je commerce avec les vivants et les morts pour l'enrichissement de notre langue. En Angleterre, nous avons de quoi satisfaire nos besoins élémentaires, mais la magnificence, la splendeur, c'est par le commerce que nous devons les acquérir. La poésie requiert de l'ornementation, ce que nos vieilles monosyllabes teutonnes n'offrent point ; ainsi, chaque fois que je trouve un mot élégant chez un auteur classique, je le propose à la naturalisation en m'en servant. Si le public approuve, il est adopté. Contrairement à Dryden, d'autres écrivains ont voulu défendre l'ancien fonds anglo-saxon. Effectivement, on peut choisir, en rédigeant un texte, d'éviter les mots d'origine étrangère... mais quand ils constituent plus de la moitié du lexique usuel, cela nécessite un effort certain ! La comparaison de deux textes, l'un favorisant l'anglo-saxon, l'autre non, révèle des couleurs et des tendances assez divergentes. Les vocables d'origine anglo-saxonne constituent les mots-outils essentiels à la construction de la phrase - d'ailleurs, on affirme que neuf mots (AND, BE HAVE, IT, OF, THE, TO, WILL, YOU) constituent à eux seuls 25 % de tout ce qui se dit en anglais -, mais ils sont un peu fades en matière de sens.
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