L'Eldorado ou le pays de l'or a longtemps fait rêver les Européens. Peut-être le plus secret, en tout cas l'un des plus méconnus des pays d'Amérique du Sud, le Pérou actuel fut l'épicentre de la fascinante civilisation inca qui, du XIIe au XVIe siècle, se déploya dans la cordillère des Andes, avant d'être annexé par les conquistadors espagnols. Les six cuentos (nouvelles) de ce volume, tous traduits de l'espagnol, reflètent subtilement les singularités de ce monde andin. Dans ce pays de sangs mêlés, la grande majorité de la population des campagnes andine et amazonienne, des montagnes, de villes comme Cusco, est très nettement amérindienne. Par ailleurs, ce pays est marqué par la conscience intrinsèque d'un "avant" et d'un "après" la colonisation, conscience qui a inévitablement modelé une identité, complexe, pleine de contradictions, laquelle résulte du mélange de philosophies et de valeurs opposées. Le Pérou d'aujourd'hui - urbain, rural - est dans chacune des nouvelles de ce volume.
Dans ce recueil, on rencontre un écrivain qui collectionne, des vis, un infirmier avec une personnalité, particulière, une personne qui parle de son travail dans un hôtel, une autre dans une scierie, le corps de femmes se décompose et se liquéfie, des histoires où les personnages principaux sont des hommes perplexes, un chat, une plante et un petit oiseau. Mais on en apprend aussi sur l'odeur de Lima, sur l'atmosphère à l'extrême nord de la Norvège. Bien d'autres choses s'y passent encore. Ces histoires reliées, articulées sont ponctuées de courtes réflexions, d'observations, de rêveries à peine corrélatives. Ce livre est encore un antidote efficace. Il apprend a résister. La vie doit être la plus forte. Le rêve, l'amour, l'humour, sont les armes choisies pour mener la bataille.
Dans ce travail d'ethnographie urbaine qui la conduit de San Francisco à la Silicon Valley, de Los Angeles à San Diego, Marie-Pierre Ulloa se penche sur les diasporas maghrébines qui se sont installées en Californie. En croisant des voix de différents genres, classes sociales et générations, elle montre comment les Maghrébins vivent le rêve américain dans cet Extrême-Occident qu'est la Californie. Loin des stigmatisations liées au lourd héritage colonial entre la France et l'Afrique du Nord... A partir d'une centaine d'entretiens et d'une enquête de terrain allant des mosquées aux salles de concerts, des locaux d'associations aux jardins d'enfants, des festivals aux restaurants " ethniques ", Marie-Pierre Ulloa éclaire la construction d'une maghrébinité californienne différente de celle des populations d'origine nord-africaine en France. En son sein sont aussi pris en compte les Juifs d'Afrique du Nord qui s'en distinguent, tout en s'y incluant. Outre la gastronomie, ce qui unifie ces populations, c'est la langue française, leur lingua franca avec l'anglais. Sans faire preuve d'angélisme, la vision offerte dans cet ouvrage est celle d'une intégration réussie, sans pour autant occulter les ratés du rêve américain.
1905. Comme des milliers d'espagnols, Manuel et sa famille fuient le drame de la faim d'Extremadura. Installés dans un champ de luzerne en bordure du canal Saint-Denis, les grands-parents de l'auteur prennent part au développement du quartier de la "Petite Espagne" . Qu'ils soient charbonniers à Saint-Denis ou ouvriers dans les usines de déchets d'Aubervilliers, les migrants économiques et les exilés républicains tentent de trouver leur place en France. Avec Le Champ de luzerne, Pilar Arellano-Ulloa retrace l'itinéraire des émigrés espagnols de la plaine Saint Denis. De l'exil de 1905 à l'après-guerre, génération après génération, se dessine le combat quotidien d'une famille pour réussir son intégration.
Présentation de l'éditeur Paul Janot (1863-1939), peintre, critique d'art et collectionneur des plus grands artistes de son temps, directeur du musée de Reims de 1917 à sa mort, prend ici la défense de Jean-Baptiste Carpeaux, injustement attaqué selon lui pour son peu de talent de peintre... Dans cette " science " étrange de l'appréciation du beau, les avis ont toujours été partagés, mais pour cc qui concerne Carpeaux, le doute n'était guère permis. C'est la sculpture ! En cour chez Napoléon III, bénéficiaire de plusieurs commandes publiques prestigieuses, il laisse des oeuvres admirables, où le mouvement paraît toujours animer et transcender le bronze, le plâtre ou le marbre, avec l'indéfinissable sourire que lui a offert Anna, la fille aînée de son ami Foucart...
Immense trésor artistique classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO en 1995, l'ancienne capitale du Laos est parfaitement conservée et n'a pas encore été touchée par notre modernisme. Elle a gardé sa douceur de vivre. Vincent Besançon est venu ici à plusieurs reprises pour dessiner dans ces lieux paisibles, enveloppés d'une profonde sérénité, et espère y revenir encore. Le site n'a rien de grandiose ou d'impressionnant, mais une harmonie profonde et spirituelle s'en dégage, qui saisit chacun. Francis Engelmann, qui a travaillé avec passion à la conservation de ce patrimoine, vit sur place depuis de nombreuses années.
Quelque part entre ciel et terre, à la frontière entre Inde et Myanmar, le "Pays des Collines" semble n'avoir jamais existé. Longtemps interdit au tourisme, il évoque tout juste pour quelques privilégiés l'insaisissable peuple des Naga, coupeurs de têtes christianisés par des missionnaires américains du XIXe siècle. Le Nagaland est pourtant l'un des vingt-neuf Etats de l'Union indienne, mais ses deux millions d'habitants, sans communauté ethnique, linguistique ou culturelle avec ses puissants voisins, se laissent facilement oublier. Ce pays est un artifice, une invention, un mythe, une réalité hors limite, tardivement identifié et intégré par la Pax Britannica, puis par la Pax India, qui pouvaient difficilement laisser sans contrôle les périphéries de leur empire. Le Nagaland regroupe des groupes ethniques hétérogènes, qui n'ont guère en commun que leur passé de petit agriculteur-chasseur-cueilleur-guerrier, d'être de type physique "mongoloïde", et d'appartenir à la famille linguistique tibéto-birmane. Yvan Travert, par ses splendides photographies en noir et blanc, et Ivana sa fille, par un texte de référence sur leur histoire et leur culture, donnent ensemble un sens aux visages des Lotha, des Konyak ou des Chakhesang croisés ici. Chacun d'eux nous rappelle une vérité qui nous échappe sans cesse : ici un guerrier mohican, des révolutionnaires péruviens ou quelque chamane sibérien, là une vieille Chinoise ou une délicate Javanaise. La peau est brune, blanche, dorée, tatouée ou pas, les yeux sont ronds, fendus ou bridés. Les deux auteurs témoignent superbement de ce peuple oublié. Turbulent, vindicatif, courtois et joyeux, il est en train de s'inventer une modernité, sans vraiment quitter ses montagnes, et sans ignorer le reste du monde.