Mulhouse, 1884- Monsieur Winckelmann! Dépêchez-vous! Ça y est, ça commence!Il referma le livre de comptes et enfila la veste en lin claire qu'il avait, fidèle à son habitude, suspendue au dossier de la chaise. Avec un bref hochement de la tête, il tendit le livre à son employé et lui donna distraitement les mêmes instructions qu'au matin. Puis il s'arrêta un instant et respira profondément. Il fallait y aller, ça s'était mis en route.Dans la rue, Clothilde l'appela encore une fois de sa façon criarde et mal élevée dans un mélange de français et d'alsacien. Puis elle tourna les talons et partit en courant. Il fut obligé de pointer la tête par la fenêtre et de la rappeler pour obtenir une réponse à ses questions inquiètes. La fille répondit avec impertinence que naturellement Madame n'était pas seule, et que bien évidemment on avait envoyé chercher le docteur Mandelbaum! Elle trépigna en parlant, impatiente de retourner à la maison, et l'excitation faisait flamboyer ses joues qui avaient encore la rondeur de l'enfance. Il s'interrogea un peu sur l'intense exaltation de la jeune fille, elle qui avait dû vivre la naissance d'une bonne douzaine de frères et soeurs. Puis une pensée nouvelle surgit dans son esprit.- Où sont les garçons? cria-t-il par la fenêtre ouverte, mais sans recevoir de réponse, n'ayant le temps d'apercevoir que le pan d'une jupe bleu marine qui tournait au coin de la rue.Dans la cour, les ouvriers s'étaient rassemblés, gloussant joyeusement de voir la vie privée du patron offerte en spectacle. Il claqua la fenêtre, prit son chapeau et dévala l'escalier.Arrivé dans la rue, il s'arrêta net, comme s'il était complètement désorienté et ne savait pas de quel côté se trouvait son domicile. Le plus rapide serait de prendre un fiacre, tel fut son raisonnement, bien que la station la plus proche se trouvât sur la place à quelques centaines de mètres de là, dans la mauvaise direction. Il se mit à trotter tout en maudissant son propre manque de prévoyance: avoir laissé la carriole et les deux alezans à l'étable un jour comme celui-ci. Il transpirait du cuir chevelu, aux aisselles et sous le col amidonné. Il détestait transpirer, les gouttes de sueur au front et les taches sur sa chemise étaient comme des preuves d'un manque de contrôle de ses émotions. Il ôta sa veste et défit le bouton de son col de chemise d'un mouvement irrité. Le bouton tomba par terre, mais il ne se donna pas la peine de s'arrêter pour le ramasser.A la station de fiacres, les cochers avaient déjà dételé. Le museau plongé dans la musette, les chevaux mangeaient leur picotin, tandis que les cochers traînaient devant la taverne, une chope de bière à la main. Le tavernier, qui était sorti bavarder un instant, occupait entièrement l'embrasure de la porte avec son corps volumineux. Ils ne prêtaient qu'un intérêt modéré à l'homme qui hâtait le pas sur les pavés irréguliers de la place.
Attachée de presse au Parlement européen de Strasbourg, Julia entre à l'hôpital pour un examen crucial et en ressort avec la sensation de commencer une nouvelle vie. Toute à sa joie, elle bouscule un inconnu dans la rue, un curieux petit homme à l'accent indéfinissable et qui semble doué pour les langues. Elle le retrouve une semaine plus tard devant le siège de l'institution, où il cherche une place de traducteur. Mais il est suivi par deux agents du Bureau, obscur service de contre-espionnage qui le suspecte de visées terroristes. Il faut dire que l'homme circule clandestinement en Europe depuis des années, use de fausses identités et refuse de révéler sa véritable origine. Elle aussi placée sous surveillance, Julia protège le migrant tout en se demandant ce que cachent les vieux cahiers d'écolier enfouis dans sa valise, pour lesquels se battent les barbouzes du Bureau et des espions russes.. . À l'ombre de la tour de Babel chancelante, les flingues vont sortir des poches. Et se heurter à plus forts qu'eux : des mots. Après Bons baisers d'Europe (Gaïa, 2023), Philippe Mouche revient sur la jeunesse de son héros hyperpolyglotte, Fergus Bond, dans un roman facétieux et profond qui fait de l'Europe le royaume des mots et du désir.
Résumé : En 1970 dans la Yougoslavie de Tito, Velibor a six ans et rêve de devenir footballeur. Noir et Brésilien, de préférence. Velibor fait l'inventaire de ses souvenirs, une enfance sous une bonne étoile, rouge, et une adolescence rock'n roll. Avec une mère catho et un père partisan, ce sera Jésus contre Tito, le match rejoué chaque soir à la maison. Entre Jack London et Pelé, The Clash et Bukowski, le poète en devenir sera maudit, assurément.
1982. Rasmus vient d'avoir son bac et quitte sa campagne. A Stockholm, il va pouvoir être enfin lui-même. Loin de ceux qui le traitent de sale pédé. Benjamin est Témoin de Jéhovah et vit selon les préceptes religieux de ses parents. Sa conviction vacille le jour où un homme lui lance avec humour : " Tu le sais, au moins, que tu es homosexuel ? " Rasmus et Benjamin vont s'aimer. Autour d'eux, une bande de jeunes gens, pleins de vie, qui se sont choisis comme vraie famille. Ils sont libres, insouciants. Or, arrive le sida. Certains n'ont plus que quelques mois, d'autres quelques années à vivre.
Kaminer Wladimir ; Kaminer Olga ; Stadler Max ; Cl
N'allons pas croire que les Russes ne mangent que du caviar ! Car en Russie, le véritable symbole du luxe et d'un art de vie distingué, c'est l'ananas. Un bel exemple de notre inculture quant à l'art culinaire de l'ex-URSS. Grâce à Wladimir Kaminer, cette période est tout à fait révolue. "Pour organiser un dîner russe chez soi : il suffit d'acheter beaucoup d'alcool, des cornichons, d'appeler ses amis, d'inviter les voisins, de mettre la musique à fond et voilà, le tour est joué." Avec de nombreuses anecdotes truculentes, Wladimir et Olga Kaminer nous rafraîchissent la mémoire sur l'histoire mouvementée des pays marqués du sceau soviétique. Des rencontres inoubliables et des recettes originales, délicieusement illustrées par Vitali Konstantinov : un vrai régal !
Snjór. La neige, en islandais. Celle qui tombe sans discontinuer sur la ville la plus au nord de l'Islande, Siglufjördur. Un village de pêcheurs auquel on ne peut accéder que par un tunnel étroit, creusé à même la montagne. Ari Thór, qui vient de terminer l'école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Sa fiancée refuse de le suivre dans ce trou paumé. Siglufjördur, la ville où il ne se passe rien, où personne ne ferme jamais sa porte à clef. Mais voilà : une jeune femme est retrouvée morte, à moitié nue dans la neige ; un vieil écrivain renommé fait une chute mortelle dans le théâtre local... Ari Thor se retrouve plongé au coeur d'une petite communauté où chacun tient l'autre par ses mensonges et ses secrets. Une avalanche et des tempêtes de neiges incessantes ferment temporairement l'accès du tunnel. La nuit polaire ne réserve plus une seule minute de jour... Un effroyable sentiment de claustrophobie submerge peu à peu Ari, que viennent également tourmenter des résurgences de son passé. L'étau se resserre autour du policier, aveuglé par la neige et les faux-semblants, sombrant dans sa propre noirceur. Angoissant, entêtant, Snjór est le premier roman de la série Dark Iceland.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Sami Said est né en 1979 à Keren, en Erythrée. A dix ans, il émigre en Europe avec sa famille et s'installe à Göteborg, en Suède, où il vit encore aujourd'hui. Son premier roman lui vaut en 2012 une reconnaissance immédiate et une pluie de prix littéraires dans son pays d'adoption. En 2018, L'Homme est la plus belle des villes, son troisième roman et le tout premier traduit en France, a été finaliste du prix August, l'équivalent suédois du prix Goncourt. 2 á 0
La magnifique destinée d'une femme tiraillée entre deux continents Elin connaît un succès immense comme photographe de mode à New York. Elle vit seule avec son mari dans un superbe loft à terrasse panoramique depuis que leur fille a commencé l'université. Aux yeux de sa famille, elle consacre trop d'heures à son métier, mais Elin est passionnée et trouve ainsi son bonheur. C'est alors qu'une lettre venue de Suède, son pays d'origine qu'elle a laissé derrière elle depuis fort longtemps, va la foudroyer. En quelques mots, elle replonge dans un terrible secret enfoui depuis l'enfance. Un secret qui la fait culpabiliser depuis des années. Entre Manhattan aujourd'hui et Gotland dans les années 1970, où Elin vécut des premières années très rudes, se déploie le bouleversant portrait d'une femme qui s'est construite toute seule malgré mille embûches. Avec une grande finesse, et une habile manière de distiller de l'émotion à chaque page, Sofia Lundberg signe ici un deuxième roman très réussi. Sofia Lundberg est l'auteure du best-seller Un petit carnet rouge, écrit après avoir retrouvé dans les affaires de sa grand-tante un mystérieux carnet d'adresses. Son deuxième roman, Un point d'interrogation est un demi-coeur, davantage inspiré de sa propre vie, est devenu un succès immédiat en Suède et sera traduit dans le monde entier.