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Verre et cendres
Tomasevic Ann Syréhn ; Grumbach Lena
GAIA
24,00 €
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EAN :9782847202984
Mulhouse, 1884- Monsieur Winckelmann! Dépêchez-vous! Ça y est, ça commence!Il referma le livre de comptes et enfila la veste en lin claire qu'il avait, fidèle à son habitude, suspendue au dossier de la chaise. Avec un bref hochement de la tête, il tendit le livre à son employé et lui donna distraitement les mêmes instructions qu'au matin. Puis il s'arrêta un instant et respira profondément. Il fallait y aller, ça s'était mis en route.Dans la rue, Clothilde l'appela encore une fois de sa façon criarde et mal élevée dans un mélange de français et d'alsacien. Puis elle tourna les talons et partit en courant. Il fut obligé de pointer la tête par la fenêtre et de la rappeler pour obtenir une réponse à ses questions inquiètes. La fille répondit avec impertinence que naturellement Madame n'était pas seule, et que bien évidemment on avait envoyé chercher le docteur Mandelbaum! Elle trépigna en parlant, impatiente de retourner à la maison, et l'excitation faisait flamboyer ses joues qui avaient encore la rondeur de l'enfance. Il s'interrogea un peu sur l'intense exaltation de la jeune fille, elle qui avait dû vivre la naissance d'une bonne douzaine de frères et soeurs. Puis une pensée nouvelle surgit dans son esprit.- Où sont les garçons? cria-t-il par la fenêtre ouverte, mais sans recevoir de réponse, n'ayant le temps d'apercevoir que le pan d'une jupe bleu marine qui tournait au coin de la rue.Dans la cour, les ouvriers s'étaient rassemblés, gloussant joyeusement de voir la vie privée du patron offerte en spectacle. Il claqua la fenêtre, prit son chapeau et dévala l'escalier.Arrivé dans la rue, il s'arrêta net, comme s'il était complètement désorienté et ne savait pas de quel côté se trouvait son domicile. Le plus rapide serait de prendre un fiacre, tel fut son raisonnement, bien que la station la plus proche se trouvât sur la place à quelques centaines de mètres de là, dans la mauvaise direction. Il se mit à trotter tout en maudissant son propre manque de prévoyance: avoir laissé la carriole et les deux alezans à l'étable un jour comme celui-ci. Il transpirait du cuir chevelu, aux aisselles et sous le col amidonné. Il détestait transpirer, les gouttes de sueur au front et les taches sur sa chemise étaient comme des preuves d'un manque de contrôle de ses émotions. Il ôta sa veste et défit le bouton de son col de chemise d'un mouvement irrité. Le bouton tomba par terre, mais il ne se donna pas la peine de s'arrêter pour le ramasser.A la station de fiacres, les cochers avaient déjà dételé. Le museau plongé dans la musette, les chevaux mangeaient leur picotin, tandis que les cochers traînaient devant la taverne, une chope de bière à la main. Le tavernier, qui était sorti bavarder un instant, occupait entièrement l'embrasure de la porte avec son corps volumineux. Ils ne prêtaient qu'un intérêt modéré à l'homme qui hâtait le pas sur les pavés irréguliers de la place.
Je ne peux pas dire lequel des personnages de ce roman m’a le plus touchée. Le père, le fils, la fille, l’autre fils, l’intruse… Isolément emportés par un tourbillon de douleur, de chagrin et de colère, on a envie qu’ils trouvent la force de ne pas rester isolés, de traverser la densité des silences pour s’ouvrir aux membres de leur famille. Ils sont entourés d’une nature sublime, sauvage, fragile malgré son apparente férocité – et bien vite, on comprend que leur seul espoir, c’est de s’ouvrir à la beauté du monde.
Dominic Salt et ses trois enfants sont les gardiens de Shearwater, une île perdue au milieu de l'océan Austral. Site de la plus grande banque de graines du monde, Shearwater abritait jusqu'il y a peu de nombreux chercheurs, mais la montée des eaux a précipité leur départ. Les Salt sont désormais les derniers habitants. Mais voilà qu'un soir, durant la pire tempête que l'île ait jamais connue, une femme s'échoue mystérieusement sur le rivage. Qui est-elle ? Est-elle vraiment venue ici par hasard, comme elle le prétend ?
Logn est biochimiste, spécialisée dans les cellules, les plus petits éléments du corps humain. Elle a 61 ans, s'est toujours sentie femme mais est née dans un corps d'homme. Longtemps elle a tenté de s'en accommoder, s'est parfois habillée en femme, a parfois couché avec des hommes, a été DJ dans un bar gay. Puis elle s'est mariée avec Sonja, a eu un fils, qui lui-même est devenu adulte. Et soudain c'est devenu intolérable, à se jeter dans l'océan pour ne plus jamais reparaître : elle ne veut pas, quand la mort la rattrapera, que son cercueil se referme sur un corps qui ne lui correspond pas. Divorce, traitement hormonal, et bientôt, elle l'espère, l'opération du bas. A son âge ? Sa famille l'a rejetée, ses soeurs refusent qu'elle porte le prénom de leur grand-mère Guðriður. Son seul soutien est son frère jumeau, Trausti, qui passe la voir tous les jours et l'appelle pour lui souhaiter bonne nuit. Il veille sur elle. Face au désarroi d'avoir perdu un frère, il ne peut prendre le risque de perdre aussi sa soeur. Avec délicatesse, une pudeur salvatrice et une poésie de chaque instant, DJ Bambi s'attache aux questions d'identité, aux marginalités et au temps qui passe, en une merveilleuse ode au genre féminin.