La veille, pour sacrifier à la tradition locale, on avait conduit une dernière fois les paysans de la Friche à leur ferme où ils avaient été exposés plusieurs heures, cercueils ouverts. Figés sous le fard et la poudre, des calottes de gaze camouflant leurs crânes fissurés et un rosaire entortillé à leurs mains goutteuses, ils offraient un spectacle peu réjouissant aux visiteurs qui, les observant avec embarras, étaient venus remplir avec cet ultime adieu leur devoir de voisins - si bien qu'un grand soulagement s'installa lorsque, peu avant le crépuscule, les couvercles furent pour toujours posés et cloués avec de violents coups de marteau qui résonnèrent bien au-delà de la ferme. Les paysans de la paroisse, qui avaient grandi loin des harangues, étaient assis sur les durs bancs de l'église, courbés et se raclant la gorge - mais ils pensaient aux tâches agricoles négligées et se languissaient de la fumée de leurs cigares et de leurs pipes - tandis que du côté des femmes, leurs épouses, dont beaucoup avaient les yeux rougis, tournaient vers la porte de la sacristie des regards impatients ou fixaient dans leur missel, l'air absent, les prières en latin qu'elles disaient ou chantaient à l'église depuis leur enfance mais dont elles ne comprendraient jamais le sens.
Résumé : Birgit Werres peut faire de la magie. Elle parvient à transformer un simple fil de fer courbe en une pièce entière, ou à assembler un écheveau de sangles formant un ensemble dynamique et complexe de formes, couleurs et textures en un filet de coton. Ludiques et rigoureux, ses travaux déploient une dynamique dans l'espace, que l'abondance de mouvements du baroque pourrait aussi bien décrire qu'une décision minimaliste de renoncer à tout superflu qui se fie aux possibilités du matériau. L'artiste parcourt depuis les années 1990 les rues, les chantiers, les friches industrielles, les usines et les installations de production en quête de matériaux pour ses sculptures et objets muraux. Ces lieux étaient encore autrefois un paradis pour se fournir en matériaux. C'est un recyclage d'un tout autre genre qu'elle pratique : les métaux, plastiques, conteneurs, fils de fer et "choses" indéfinissables trouvent tous leur place dans son travail à l'atelier.
Steinmann Cary ; Simon Laura ; Braslina Elina ; Ri
Résumé : Que ce soit sur internet, à la télévision, dans les magazines, sur les maillots de foot ou dans le bus : la publicité est partout. Nous sommes quotidiennement exposés au marketing et sollicités par les marques, sans forcément nous en rendre compte. Mais qu'est-ce qui distingue une bonne publicité d'une mauvaise publicité ? Pourquoi une marque est-elle "cool" alors qu'une autre est "sportive", "chic" ou "conservatrice" ? En partant de l'histoire de Paul et sa nouvelle paire de baskets, ce livre explique ce qu'est le marketing et décrypte les techniques des marques pour nous séduire. Groupes cibles, besoins et envies des acheteurs, tendances, influenceurs, bulle de filtres... Les explications abordent ces notions de manière claire et ludique, et donnent aux enfants et aux adultes les clés pour comprendre le monde qui les entoure.
Steinmann Iltis Marie ; Iltis Mathieu ; Black Trav
Résumé : La déco ne prend pas de vacanes ! et pour partir dans la joie et la bonne humeur, retrouvez les meilleures inspirations et diy autour des caravanes.Si vous héistiez encore à vous lancer dans l'aventure du camping.
Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique des articles d'analyse sociale et politique de la situation américaine. Déjà paru en français: Le Marché de droit divin (Agone, 2003).
En 1841, dans son discours de réception à l'Académie française, Victor Hugo avait évoqué la " populace " pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu'il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot " misérable ", qu'il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d'Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, l'auteur découvrit les réalités du monde social qu'il évoquait dans son roman. L'ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d'être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. La France, c'est ici l'ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l'Etat français. Dans cette somme, l'auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé l'histoire depuis la fin du Moyen Age les guerres, l'affirmation de l'Etat, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l'esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.
Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.
Aux Forges de Clabecq, usine sidérurgique située près de Bruxelles, pour Silvio et ses collègues, le quotidien, c'est d'abord le combat contre les attitudes de résignation et de peur. Rapidement élu délégué syndical en charge des questions d'hygiène et de sécurité, Silvio témoigne de trente ans de luttes pour améliorer les conditions de travail, pour combattre le racisme et pour empêcher la fermeture annoncée du site. Son mandat syndical, Silvio le voit comme un moyen de faire vivre "esprit de Clabecq". Pour mener leurs combats, c'est sur leurs propres forces et sur leur connaissance de leur métier que les ouvriers de Clabecq s'appuient. Quitte à mettre de côté l'appareil syndical sitôt qu'il déclare ne plus rien pouvoir pour eux. Par sa confiance jamais démentie dans le potentiel émancipateur de sa classe, Silvio donne une leçon salvatrice d'optimisme militant.