Penser la marchandisation du monde avec Karl Polanyi
Sobel Richard
L'HARMATTAN
17,50 €
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EAN :9782296038042
Dans La grande transformation, Karl Polanyi rappelle qu'aucune société humaine ne peut durablement exister sans qu'un système assure une forme d'ordre dans la production, la distribution et la consommation des ressources. En règle générale, cet ordre économique est toujours pleinement encastré dans le social qui le structure et le contient. Or au XIXe siècle, les sociétés occidentales instituent et développent un système singulier: le "marché autorégulateur", qui ne possède a priori aucun principe de limitation interne et qui tend à phagocyter tout ce qui constitue le monde social et environnemental. Pourtant, le travail "n'est rien d'autre que ces êtres humains eux-mêmes dont chaque société est faite", et la terre "que le milieu naturel dans lequel chaque société existe". Du coup, "les inclure dans le mécanisme de marché, c'est subordonner aux lois du marché la substance de la société elle-même", et finalement la déstructurer de fond en comble. Après avoir connu une période de recul et de contrôle sociopolitique durant la seconde moitié du 20e siècle, la marchandisation du monde semble repartie de plus belle à la faveur de la mondialisation néolibérale. C'est l'occasion de réévaluer la pertinence de l'approche de Karl Polanyi, tant sur le plan de l'analyse économique que sur celui de l'anthropologie ou de l'histoire du capitalisme.
Nombre de pages
176
Date de parution
12/10/2007
Poids
200g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782296038042
Titre
Penser la marchandisation du monde avec Karl Polanyi
Auteur
Sobel Richard
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
135
Poids
200
Date de parution
20071012
Nombre de pages
176,00 €
Disponibilité
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L'oeuvre de Marx est construite autour d'un triptyque "travailliste" - anthropologie générale, socio-économie historique et utopie sociale - dont il s'agit de montrer la puissance, la pertinence et l'actualité. Même si la centralité du travail ne s'institue et ne semble valoir que pour le seul monde moderne, il ne saurait y avoir de société qui n'ait fait, d'une manière ou d'une autre, l'expérience du travail comme forme essentielle de la condition humaine. Si la philosophie du travail définit fondamentalement l'être humain, il revient à la socio-économie des modes de production - en particulier le capitalisme où règne la "loi de la valeur" - de montrer que, dans l'histoire, le travail a toujours été l'objet de multiples aliénations qui obèrent la vérité anthropologique dont il est universellement porteur. Seule une société émancipée de toutes les formes de domination pesant sur le travail permettra à chacun de ses membres de s'épanouir pleinement. On peut bien sir discuter tel ou tel point du "travaillisme" marxien, à commencer par l'utopie communiste. Mais tant que notre horizon social restera dominé par le capitalisme, cette approche constituera une ressource incontournable pour comprendre le présent, le subvertir et dégager une perspective d'émancipation.
L'orthodoxie académique en science économique a toujours été contesté par des hétérodoxies. De façon explicite, par des voies multiples et souvent peu coordonnées, ces dernières semblent aujourd'hui nouer des liens avec la sociologie, l'histoire et la philosophie, accentuant de manière radicale la critique de l'homo oeconomicus, figure anthropologique fondamentale d'une orthodoxie devenue quasi hégémonique. Au risque de créer un schisme disciplinaire avec les tenants d'une science économique conçue à l'image des sciences de la nature, tout l'enjeu épistémologique semble être pou les hétérodoxie de réinscrire l'économie dans le champ des sciences sociales. S'agit-il de dissoudre la théorie économique dans le pluridisciplinaire ou l'interdisciplinaire ou s'agit-il de refonder les hétérodoxies dans une démarche transdisciplinaire en sciences sociales ? Pour légitime qu'elle soit une telle démarche dispose-t-elle d'une boussole suffisamment antinaturaliste ...
Les sciences sociales se sont développées sur la base d'une double émancipation épistémologique, l'émancipation de la philosophie et l'émancipation des sciences de la nature, l'enjeu étant l'autonomisation d'objets, de problématiques et de méthodologies propres. Pour nécessaire qu'elle ait pu d'abord être dans la construction d'une identité scientifique, cette double émancipation a conduit à délaisser le chantier d'une anthropologie générale spécifique aux sciences sociales, voire à en disqualifier l'exigence, par l'affirmation d'un constructivisme parfois bien commode et souvent refuge d'un naturalisme subtil. A quelles conditions et sous quelles formes une anthropologie générale est aujourd'hui possible, qui ne soit ni la resucée de la figure abstraite qu'elle prenait dans la philosophie occidentale, ni la capitulation devant l'anthropologie naturaliste que les sciences "dures" (neurobiologie, génétique, cognitivisme, etc) entendent lui substituer intégralement ? Bref, il s'agit d'actualiser la question : "qu'est-ce que l'humain ?", non pour convoquer à nouveau une anthropologie de la nature humaine, mais pour construire une anthropologie de la condition humaine, support indispensable au projet critique des sciences sociales.