Ce livre investit un lieu très circonscrit: la carrière de granit qui jouxte le camp nazi de Mauthausen, en Autriche. Le site industriel détermina l'implantation du camp et en fut l'un des chantiers les plus tragiques. Déambuler dans un espace désaffecté depuis soixante-cinq ans n'a pas pour objet de servir la connaissance historique. Les postures mémorielles méritent analyse: le site passe pour l'un des plus éloquents de la galaxie concentrationnaire nazie - que le sinistre " escalier de la mort" emblématise. Assembler des fragments de récits de rescapés, interroger des photos SS, le discours historique, la rémanence de l'exploitation de la carrière dans le tissu local, la symbolique du granit: autant de repères qui attestent que le site s'est inscrit dans notre culture, ambiguïtés et contradictions incluses - tel cet extravagant concert voulu en 2000, sur le site, par les autorités autrichiennes. Les exigences et les productions de la mémoire sont subjectives et contingentes. Pour autant, les représentations qu'elles projettent font partie du sens et, à ce titre, interpellent les sciences sociales - au-delà de l'histoire stricto sensu. Cette conviction, qui n'est pas universellement admise, tend l'écriture de ce livre, s'il le faut, jusqu'au pamphlet.
Nombre de pages
88
Date de parution
01/05/2010
Poids
140g
Plus d'informations
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EAN
9782915293609
Titre
La carrière de Mauthausen. Accommoder le vide
Auteur
Simon Daniel
Editeur
TIRESIAS
Largeur
0
Poids
140
Date de parution
20100501
Nombre de pages
88,00 €
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Ce n'est pas rien poursuit l'écriture de l'auteur dans le bref, les « choses vues », l'ironie du monde, pour ne pas dire le burlesque des situations instables que vivent les hommes aujourd'hui. Un assemblage de textes brefs, de fictions, d'histoires d'amour, de réflexions sur l'écriture et la lecture, qui se rêve comme un livre de promenade, de chevet ou de rêverie...
Dans le parc des gens marchent sur des sentiers décomposés et lèvent les yeux vers les arbres qui se détournent de la nuit que chacun tente de chasser en poussant ses enfants devant soi. Des canards flottent lentement sur l'eau verte qui se ferme sur des plis impeccables. Ils vont le bec ouvert dans la fange qui les porte et plongent le cou jusqu'à la belle indifférence des matières. Ces traces qu'ils emmêlent en de rares sillages n'existent que pour nous qui passons comme des rêves de futurs si vite enfermés dans un présent qui folâtre sur le bord d'un étang.
C'est l'histoire au quotidien de ces résistantes arrêtées qui, souvent après avoir été torturées, se retrouvent dans ces prisons et ces pages vont nous faire vivre leur itinéraire. Chacune d'entre elles se raconte et nous raconte son arrestation mais aussi son engagement, la vie carcérale, les s?urs gardiennes, la police, les " Droit Commun ", les " Politique " et leur lutte pour rester dignes et fidèles combattantes de l'armée de l'ombre. Cet ouvrage rend hommage à ces étrangères qui très tôt entrèrent en lutte et furent emprisonnées : Espagnoles, Allemandes, Polonaises... On sait maintenant leur condition de détention, leur vécu, mais aussi, chose rare, le fonctionnement de ces lieux d'oppresson, de collaboration et de résistance. C'est la part noire de l'histoire des prisons parisiennes pendant l'occupation. Si beaucoup partiront dans les convois les emmenant vers Auschwitz ou Ravensbrück, si beaucoup mourront en déportation ou du typhus, celles, libérées ou évadées, continueront le combat clandestin. Ce livre est comme une stèle du souvenir pour ces lieux de supplices (dont deux seront rasés après la guerre). Il révèle la volonté de continuer à témoigner et appartient à notre mémoire collective. Ces pages sont une ode à la femme dont le rôle et la lutte pendant cette période ont été trop souvent oubliés sinon négligés.
Ces pages ouvrent un nouveau chantier de recherches et d'investigations sur notre Histoire du XXe siècle. Nous proposons d'ouvrir le dossier sur les prisonniers de guerre de 14-18 pour découvrir le petit peuple des prisonniers poilus, du deuxième classe au sous-officier, ce combattant devenu prisonnier dont on parle trop peu souvent, et le mépris qu'on lui porte fait en sorte qu'on ignore la tragédie de sa condition. Plus terriblement, sont mis à jour les sévices et l'horreur qu'ont subis les populations civiles - enfants, femmes, invalides, vieillards. Jean-Claude Auriol fait appel tant à la littérature qu'aux correspondances, travaux de la Croix-Rouge, rapports administratifs pour relater l'horreur des faits vécus. L'auteur écrit : " Sans doute est-il bien tard pour parler encore de la guerre... Cependant un chapitre reste encore trop ignoré, celui des prisonniers de guerre français en Allemagne... certains témoignages furent détruits par les Allemands en 1940, à leur arrivée en France... à l'époque, être prisonnier était avilissant. " Citons cet exemple : en plein Sénat en 1916, un général déclarait : " Les prisonniers ne sont pas intéressants, ce sont des chevaliers de la crosse en l'air et des embusqués. " La mémoire collective a oublié que le prisonnier de guerre est passé par le front. Ces hommes partirent vers le nord, l'est ou le sud de l'Allemagne. Ils connurent la faim, la soif, l'insomnie et la plupart en ont gardé un souvenir pénible d'ennui, de privations et de rigueurs. Travail et devoir de mémoire, mais œuvre de Justice.