Schelling Friedrich von ; Vioulac Jean ; Perrin Ch
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EAN :9782707320858
Ce numéro s'ouvre sur la suite de la dissertation de Schelling Sur le rapport du réal et de l'idéal dans la nature, publiée en 1806 en guise de préface à la seconde édition de l'Ante du Monde (1798) - dont le début a été publié dans le numéro précédent. Rappelons qu'elle tend à faire le lien entre la Naturphilosophie du jeune Schelling et celle qui, à partir de 1801, vient s'intégrer au système de la " philosophie de l'identité " ; à partir d'une redéfinition dynamique de l'absolu comme lien intrinsèque du fini et de l'infini, et désir infini de sa propre révélation, Schelling reconstruit les concepts essentiels d'une philosophie de la nature destinée à élucider les modalités de la présence de l'absolu. Suit un article de Jean Vioulac intitulé " Capitalisme et nihilisme. Marx et le problème du dépassement de la métaphysique ". Si Heidegger définit la technique comme métaphysique accomplie, Marx est pour l'auteur le penseur de cet accomplissement. Fondée sur la logique de Hegel, l'analyse marxienne du capitalisme y découvre un dispositif où l'universel abstrait s'autoproduit en opérant une subsomption systématique des travailleurs vivants ; vu que son inversion de la métaphysique hégélienne le conduit à définir l'être par le travail singulier, Marx voit en ce dispositif un processus d'annihilation où s'accomplit l'essence même de la métaphysique - à savoir le nihilisme. Dans " Levinas et l'autre solitude ", Christophe Perrin montre que, rompant avec l'évacuation de la solitude hors du champ philosophique, Levinas fait de celle-ci un motif phénoménologique déterminant - et ce dès ses premiers essais, qui le mènent de l'existence à l'existant. Loin de la confondre avec l'isolement ou la désolation, de la dédoubler en solitude du solitaire et de l'esseulé, ou de la ramener à des actes intersubjectifs comme le délaissement, l'abandon, l'exil ou la séquestration, il lui confère une fonction centrale dans l'" économie générale de l'être " à laquelle s'oppose l'autrement qu'être - rédigeant ainsi les prolégomènes à une possible phénoménologie de la solitude. A rebours d'une conception providentialiste de la mort, qui la voit comme le prix nécessaire de la vie des individus ou du groupe, Philippe Huneman souligne, dans " L'individualité biologique et la mort ", le changement de perspective radical qu'induit la vision néodarwinienne : l'explication de l'origine évolutionnaire de la mort insiste sur le primat logique de la mort " accidentelle " sur la mort intrinsèque des organismes ou la sénescence - elle la voit en effet comme un sous-produit de l'action de la sélection naturelle dans des environnements définis par le risque plus ou moins élevé de mort accidentelle. L'auteur examine ensuite les perspectives récentes de la biologie cellulaire sur la mort, afin de construire une vision d'ensemble de la contribution des biologies fonctionnelle et évolutive à propos de l'émergence de la mort comme telle, ainsi que de l'articulation des diverses " morts " à plusieurs échelles de la hiérarchie biologique (par exemple les cellules et les organismes). D. P.
Aucun concept n'est tenu depuis fort longtemps en aussi, piètre estime que celui de temps." Ecrire sous la dictée du temps l'histoire de l'Absolu tel qu'il commence à s'éveiller de sa torpeur dans la nuit des temps, voilà l'ambition de cette reconstitution de la vie divine originelle au cours de laquelle nous assistons au "commencement du temps" sur fond d'une éternité qui est "fille du temps". Où la recherche philosophique se fait récit, narration de l'Absolu qui se présente comme un "système des temps" ou une "généalogie du temps" dont le système des temps humaine ne constitue qu'une réplique pour laquelle seule vaut le mot de l'Ecclésiaste : rien de nouveau sous le soleil. Ambition peut-être démesurée, comme semble en témoigner l'inachèvement du grand oeuvre projeté des Ages du monde, dont les différentes versions ne nous donnent que le Livre du passé, mais qui va de pair avec l'effort héroïque de retrouver le sens d'une authentique temporalité, dans une audacieuse méditation sur le temps où se fait jour la thèse centrale, dans ces versions de 1811 et de 1813, du caractère organique du temps. Où il s'avère que passé, présent et avenir, loin d'être donnés à l'homme, ne peuvent être que conquis par une victoire sur soi. Ainsi s'annonce le singulier renversement que Heidegger formulera dès 1924 : nous ne sommes pas dans le temps, nous sommes temps. Par là se dessinent aussi les contours de cette "histoire supérieure" à laquelle s'attachera la dernière philosophie. Voici donc la première traduction française intégrale du dernier tome des Oeuvres de Schelling, publié en 1946 par Manfred Schroner.
Autour des célèbres Recherches sur l'essence de la liberté humaine de 1809 sont ici rassemblés cinq autres textes fondamentaux issus de la période «médiane» de la longue carrière philosophique de Schelling : les deux séries d'Aphorismes de 1805-1806, les Conférences de Stuttgart de 1810, les Leçons d'Erlangen de 1821, et un fragment à peu près contemporain, resté longtemps inédit. En mettant en évidence l'endurance, c'est-à-dire l'unité et la rigueur de l'entreprise schellingienne, ce livre espère contribuer à effacer l'image mythique et tenace d'un philosophe «romantique», voire «irrationaliste».
En dépit de l'apparente diversité de leurs objets, les deux parties qui composent cette Introduction à la philosophie de la mythologie traduisent un unique dessein : opposer à la dialectique hégélienne alors triomphante une dialectique plus authentique, car reconduite à sa source grecque - chez Planton, mais aussi, de manière plus inattendue, chez Aristote. Le ressort de cette dialectique consiste dans l'auto-élimination progressive de tout ce qui est de l'ordre de l'hypothèse, du possible, de la «puissance», pour que surgisse, à la fin, la singularité nue et inébranlable d'un fait.La première partie, la plus anciennement rédigée, applique cette méthode à la mythologie, et, après avoir fait s'effondrer les différentes «explications» de celle-ci, débouche sur l'historicité radicale du processus au long duquel, dans la métamorphose réglée des dieux, se constitue la «religion sauvage» de l'humanité. La seconde partie, qui représente en philosophie le dernier mot de Schelling, va soumettre au travail dialectique le contenu le plus immédiat de la pensée, l'idée de l'Etre (ou de l'Etant, >, comme préfère dire Schelling, là encore fidèle aux Grecs), dont la patiente et minutieuse déconstruction dégagera le noyau caché, l'acte pur d'exister, que la raison ne peut plus contenir et qu'elle doit poser hors d'elle-même comme le point de départ d'une philosophie encore inouïe - la philosophie positive.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Ce n'est qu'une fois rassemblés dans leur intégralité que les neuf livres constituant le projet Homo Sacer prennent leur véritable signification. Le jeu des renvois internes, la reprise et le développement des thèmes abordés composent une vaste architecture, articulée en quatre sections. La première dresse le programme d'une mise en question de toute la tradition politique occidentale à la lumière du concept de vie nue ou de vie sacrée : Le Pouvoir souverain et la vie nue (1997) ; la seconde développe ce programme à travers une série d'enquêtes généalogiques : Etat d'exception (2003), La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (2015), Le Sacrement du langage (2009), Le Règne et la Gloire (2008), Opus Dei (2012) ; la troisième soumet l'éthique à l'épreuve d'Auschwitz : Ce qui reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin (1999) ; la quatrième élabore les concepts essentiels pour repenser depuis le début l'histoire de la philosophie occidentale : forme de vie, désoeuvrement, pouvoir destituant (De la très haute pauvreté, 2011, L'Usage des corps, 2015).
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant. ?Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique post-coloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.