A l'article "Encyclopédie" de cette Encyclopédie, qui en compte quelque deux cents, Savinio nous fournit cette clef : "Nulle possibilité aujourd'hui d'une encyclopédie. Nulle possibilité aujourd'hui de tout savoir. Nulle possibilité aujourd'hui d'une science circulaire, d'une science achevée. Nulle homogénéité aujourd'hui des connaissances. Nulle affinité spirituelle aujourd'hui entre elles. Nulle tendance commune aujourd'hui entre elles. Aujourd'hui un déséquilibre profond domine le savoir". Puis : "Comme il n'est guère d'espoir que des idées aussi éloignées puissent se rejoindre et se confondre, il sied de se résigner à une crise perpétuelle et de plus en plus grave de la civilisation. Renonçons donc à espérer un retour à l'homogénéité des idées, c'est-à-dire à un type de civilisation ancien, et cherchons plutôt à faire cohabiter de la façon la moins sanguinaire les idées les plus disparates, y compris les plus désespérées." Dans son Encyclopédie, Savinio passa avec autant de souplesse que d'intrépidité de Joséphine Baker à Apollon, des secrets du style au discours du concierge, du port de la barbe à la sublime identité de l'amour et de l'amitié. Cet humoriste auquel la dimension de la pitié ne manque jamais, ce sceptique qui aime à admirer (voir le Baudelaire), ce sage désenchanté qui sait trancher sans recours (voir comment Dieu est traité à l'article Europe, véritable apologie de l'esprit de désagrégation) est enfin mis, dans son pays, après une éclipse d'un quart de siècle, à son rang : il aura été l'écrivain italien le plus intelligent du siècle.
Nombre de pages
424
Date de parution
03/09/1980
Poids
405g
Largeur
138mm
Plus d'informations
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EAN
9782070221189
Titre
Encyclopédie nouvelle
Auteur
Savinio Alberto
Editeur
GALLIMARD
Largeur
138
Poids
405
Date de parution
19800903
Nombre de pages
424,00 €
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La ville de Milan, son histoire, ses monuments, ses musées, ses places, ses habitants, célèbres ou inconnus, sont ici les prétextes choisis par Savinio avec le propos d'illustrer ces lignes du préambule qui ont valeur de manifeste : " Dans l'ambition de faire "une oeuvre", il y a encore de la puérilité. Une fois cette puérilité comprise et dépassée, on n'écrit de livres, si on a encore envie d'écrire, qu'en forme de longue et tranquille conversation. " Songeur et précis, Savinio porte ici à son point extrême de perfection cet art de la digression qui le caractérise et qui fait de lui un auteur aussi singulier qu'universel.
La trentaine de textes que rassemble Achille énamouré est exemplaire de l'extraordinaire génie inventif de Savinio. Ils ont été écrits entre 1918 et 1938. Quelques-uns répondent bien à la définition donnée par Savinio lui-même de ce qui fut à un moment sa manière et celle de son frère, Giorgio de Chirico : "Faire jaillir des choses mêmes leurs éléments métaphysiques complets" (Achille, Derby royal, La Géante, Icare...). Certains basculent tranquillement dans le fantastique (Forêt domestique ; Jeunes mariés, lesquels, dans leur chambre d'amour, se promettent : "Voici notre univers, rien d'autre n'existe plus pour nous", et sont pris au mot ; Le Chant de la solitude, dominé cependant par la description des pieds du commandeur endormi...). D'autres sont de parfaits récits de rêves (Villégiature), ou de purs souvenirs : ainsi La Turque, Le Garibaldien, ou l'admirable Adonis, épisode de la guerre de 1914-1918 dans les Balkans, où l'ironie lucide sous-tend de bout en bout une pitié sublime. D'autres encore, farces grotesques (La Reine de Naples). D'autres enfin sont d'inclassables récits, tel le plus long d'entre eux, Mort de l'Ingénieur, tour de force où toutes les ressources qui ne sont qu'en apparence celles du "métaphysique", de l'onirique ou du fantastique, sont mises en oeuvre, de façon sans doute très concertée, pour exprimer la démence de l'intérieur.
Tout le mythe moderne encore en formation s'appuie à son origine sur les deux oeuvres [... ] d'Alberto Savinio et de son frère Giorgio De Chirico", écrivait André Breton dans l'Anthologie de l'humour noir. Maupassant et l'"Autre", discours qui prend forme de divagation pour mieux aboutir à faire d'une biographie poétique une analyse textuelle rigoureuse, et, des deux ensemble, une nouvelle d'une admirable intensité, est sans doute l'un des textes du XX ? siècle où le "mythe" surréaliste est cerné au plus près. Maupassant - le premier Maupassant - est étranger à la poésie. La "faculté d'ascension" lui fait totalement défaut. Non seulement il n'est pas un poète : il n'est pas non plus un écrivain. Il a seulement une "écriture très efficace" : ses mots, ses phrases servent sur le moment et aussitôt ensuite meurent. C'est lorsque l'"Autre" - la folie - aura eu raison de lui, et se mettra à parler à travers lui, que naîtra, pour un temps bref, un nouveau Maupassant, médium impersonnel, qui sera écrivain, et poète. "Pourquoi cette rigoureuse interdiction d'une vie comme "suite" et "continuation" de l'enfance ? La terre serait-elle trop petite ? N'y aurait-il pas suffisamment d'espace pour une humanité d'enfants "grands" ? " Sur ce thème, Tragédie de l'enfance oppose la frivolité réaliste et lâche du monde adulte à la gravité sans concession du rêve enfantin. L'enfant (aimé) est l'inconnu menaçant et l'ennemi de l'adulte socialisé. Il faut le réduire à tout prix : c'est l'"éducation". Avec C'est à toi que je parle, Clio, méditation sur la mort, "récit de voyage" (en forme toujours de divagation) dans les Abbruzzes et aux nécropoles étrusques de Cerveteri et de Tarquinia, c'est encore la vérité toujours survivante du rêve que tente de dire Savinio. A l'acharnement mis par les pères à anéantir l'âme enfantine répond par exemple celui des Romains à détruire "la romantique âme étrusque". Mais c'est elle qui survit en nous, pour avoir su regarder les choses avec un oeil capable d'en apercevoir la face surréelle.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.