Centre d'excellenceLagosL'avion transperça la couverture nuageuse et survola à basse altitude une mer de palmiers qui se transforma soudain en une succession de toits métalliques, à l'infini. Toujours oppressée, comme si une chape de plomb pesait sur ma poitrine, je traversai l'aéroport, qui sentait le renfermé, et gagnai la sortie, pour tomber dans l'embuscade de l'odeur lourde du pétrole, si familière et si puissante.Pour décrire le caractère de notre plus grosse ville, les Nigérians se plaisent à raconter une anecdote pleine d'ironie: un homme descend de l'avion et lit sur un panneau: «Vous êtes à Lagos.» Aucun soupçon de bienvenue, dans ce message, et pas plus de mise en garde (puisqu'une telle attitude impliquerait que les autorités se soucient de votre sécurité). En fait, le panneau lui annonce avec indifférence qu'il met le pied dans la ville à ses risques et périls: une façon de se décharger de toutes les mésaventures qu'il pourrait y vivre. Si vous ne pouvez pas supporter la dureté sordide, intransigeante, alors poursuivez votre route, la queue entre les jambes, parce que ici, «vous êtes à Lagos»: prenez la cité telle qu'elle est ou décampez!Les habitants de Lagos sont les premiers à se plaindre que leur ville est une calamité par manque d'urbanisme: surpopulation, conducteurs agressifs, embouteillages monstres, sentiment d'urgence permanent, vols à main armée, égouts qui débordent - tout cela contigu à des poches de splendeur et de richesse acquises de façon douteuse. Si Lagos était une personne, elle porterait une veste Gucci, aurait des extensions de cheveux bon marché, un téléphone portable dans une main, un autre dans sa poche arrière et une mine renfrognée. Avec un geste d'impatience, elle vous ferait franchir le seuil de sa maison en vous extorquant un prix exorbitant, avant de vous jeter au sol et de vous flanquer une raclée pour avoir pris trop de temps:- Vous êtes à Lagos! grognerait-elle en cherchant dans vos poches un supplément d'argent liquide.J'entrai en ville avec cette image en tête, vigilante jusqu'à en être paranoïaque, ma carte bleue enfouie dans mon soutien-gorge et quelques billets de banque de secours pliés dans mes chaussures. A plusieurs reprises, on m'avait prévenue que le danger pouvait surgir à n'importe quel moment, et conseillé de voir en chacun un prédateur potentiel. Mais en réalité, le panneau qui défila sous mes yeux, avec son air tranquille tout au long du trajet, fut un «Bienvenue à Lagos» chaleureux et optimiste, que je pris d'abord comme une mauvaise plaisanterie, lancée sur un ton sarcastique, tout comme ces plaques minéralogiques, qui me doublaient, où était écrit «cité d'excellence». Cité d'excellence! N'était-ce pas d'un ridicule et d'une suffisance consommés?Tandis que le chauffeur de taxi se dirigeait vers Satellite Town, je m'efforçais de deviner le quartier de la ville que nous traversions. À Lagos, le nom des lieux est surtout dans la tête des gens. Il n'existe pratiquement pas de signes ou de repères distinctifs, rien qu'un tohu-bohu à l'infini d'édifices sans caractère, construits dans les années 1970 pendant le boom de l'industrie pétrolière, d'échoppes de vendeurs de fruits, de toits en tôle ondulée, de bus jaunes bien reconnaissables, de mendiants et de motos, qui se répétait sur des kilomètres et des kilomètres jonchés de détritus dispersés dans toutes les directions, tels des confettis.La publicité sauvage envahissait le moindre mètre carré. Les bâtiments et les lampadaires, même les dessous en pente des nombreux ponts piétonniers, me conjuraient d'acheter tel produit ou d'appeler tel numéro. À la tête de tout ce cirque se déployait une panoplie de despotes en uniforme: des contractuels vêtus en noir; des policiers bombant le torse, en chemise noire et pantalon militaire vert, réglaient la circulation comme s'ils orchestraient une symphonie de klaxons; un individu armé d'un bâton, en habit rouge foncé, faisait avancer les véhicules, leur donnant de grands coups comme s'ils étaient des ânes, avant de cingler avec désinvolture le mollet d'un garçon, au moment où il traversait la route; un homme en uniforme, devant moi, essayait de forcer la portière d'une voiture, avant de reconnaître sa défaite d'un air penaud, devant le conducteur qui l'avait verrouillée de l'intérieur - ici, les policiers étaient à la fois des prédateurs et des gardiens, et tout le monde le savait.
Je commence pour croire que la chance est avec moi. Bientôt je vais gagner mon permis. Alors je peux marier bon mademoiselle qui vient de Lagos. Pas n'import quelle mademoiselle de Lagos. Parce que des fois y en a qui vaut rien du tout. Mais Agnès c'est vraie fille avec ampoules 100 watts. " Le ton est donné. Méné, le héros de ce roman, va pourtant être emporté loin de Doukana, petite ville du Biafra où, jeune apprenti chauffeur, il coulait auprès de sa mère des jours paisibles. Pour l'amour d'Agnès, Méné s'engage, achète son uniforme, s'initie aux armes et devient Sozaboy, pétit minitaire. Embarqué dans un conflit qui le dépasse, il découvre les violences et les absurdités de la guerre civile nigériane (1967-1970). Sans les juger ni les analyser, il décrit les souffrances, les brimades, les privations, les magouilles et les compromissions qui le mènent à la désertion et à la fuite. La réalité dès lors apparaît dans sa nudité et son horreur. Salué par William Boyd comme " l'un des grands chefs-d'?uvre de la littérature africaine ", ce roman tient sa force de ce point de vue faussement naïf mais aussi de la langue choisie par Ken Sar-Wiwa : un " anglais pourri " (rotten english) mélange de pidgin, d'anglais dégradé ou idiomatique, d'emprunts aux langues nigérianes et de créations originales dont la traduction française rend parfaitement compte. L'innocence du héros, son dénuement, son optimisme parfois absurde - l'auteur manie avec une redoutable précision la dérision et un humour percutant - font de ce roman une ?uvre originale, profondément bouleversante, l'une des plus efficaces dénonciations de la guerre et de ses folies.
Jeune apprenti chauffeur, Méné coule des jours paisibles à Doukana, petite ville du Biafra. Pour l'amour d'Agnès, il s'engage, achète son uniforme et s'initie aux armes. Embarqué dans un conflit qui le dépasse et dont il fait le récit avec naïveté et horreur, il découvre les violences et les absurdités de la guerre civile nigériane (1967-1970). Salué par William Boyd comme "l'un des grands chefs-d'?uvre de la littérature africaine", ce roman tient sa force de la langue choisie par Ken Saro-Wiwa: un "anglais pourri" (rotten english) mélange de pidgin, d'anglais dégradé ou idiomatique, d'emprunts aux langues nigérianes et de créations dont la traduction française rend parfaitement compte. Originale et bouleversante, voici l'une des plus efficaces dénonciations de la guerre et de ses folies.
Pour être millionnaire, pensez comme un millionnaire ! " : telle est la devise de Mister B, génie de l'arnaque. Or, au Nigeria, survivre est un exercice quotidien d'intelligence. Mais Mister B ne manque pas d'astuce et ne s'embarrasse pas de scrupules. Avec sa bande, il imagine mille combines pour prendre l'argent là où il se trouve.
Ola, jeune étudiante en psychologie dans une université américaine, revient au Nigeria à la mort de ses parents. Selon le v?u de son père, elle se rend à la prison de Port Harcourt afin de rencontrer un assassin, la belle et énigmatique Lemona. Au cours d'une longue veillée nocturne au bout de laquelle elle va être pendue, Lemona entreprend de lui raconter l'histoire de sa vie placée sous le signe du tragique et de la malchance perpétuelle. Et si l'histoire de Lemona avait des liens secrets avec celle de la fille de ses victimes, elle-même " exilée " tôt du Nigeria et élevée loin de ses parents par une nourrice anglaise ? Ken Saro-Wiwa nous livre dans ce récit posthume une belle et douloureuse réflexion sur le destin et ses irrésistibles travers.
Kévin Bordi et Fabien Libiszewski sont de retour avec un titre inédit pour progresser aux échecs et s'entraîner avec les champions du monde. Dans ce livre, découvrez les parcours biographiques de dix-sept d'entre eux et l'histoire qui se cache derrière leurs techniques de jeu. Comprendre, évoluer et gagner : 25 parties de champions décryptées et racontées à la manière de grandes batailles échiquéennes. Kévin Bordi et Fabien Libiszewski ont sélectionné et créé pour vous plus de 250 exercices, inspirés des plus grands matchs. Progressez en apprenant des grands champions du passé et revivez les plus grands moments de l'histoire des échecs.
La Caraïbe, nous dit Édouard Glissant en ouverture, "c'est d'abord un tournoiement, une ivresse de la pensée ou du jugement, une nécessité du tourbillon et de la rencontre - et de l'accord des voix". Dix nouvelles, donc, ici rassemblées pour dire la Caraïbe d'aujourd'hui, diverse, multiple, prodigieusement inventive, sans cesse renouvelée, et pourtant unique. Dix nouvelles, pour nous rappeler que cette profusion, ce chatoiement de mots, de sons, de rythmes, de couleurs, se tissent d'une immense douleur surmontée. Une littérature enchantée? Oui, sans doute: née d'un formidable arrachement à une nuit des corps et des âmes de plusieurs siècles, d'un télescopage (ô combien difficile!) de cultures des cinq continents. Des personnages déchus de Gary Victor aux âmes tourmentées de Lyonel Trouillot en passant par le dédoublement du héros de Raphaël Confiant, rien n'est simple sous les cieux clairs des îles, tout se révèle double, ou faux, ou inversé dans les univers de Gisèle Pineau, de Jean-Claude Fignolé, de Fortuné Chalumeau, d'Ernest Pépin, de Roland Brival, de Daniel Maximin, de Yanick Lahens. Images saisissantes d'un paradis dès l'origine brisé... "La créolisation, souligne Glissant, n'est pas une simple mécanique du métissage: c'est le métissage qui produit de l'inattendu." Dix nouvelles pour nous en convaincre: la littérature caraïbe, plus que jamais vivante...
Pierre Dubois signe ici son second opus de détournement maléfique des contes de fées - le premier, Les Contes de crimes, fut publié en 2000. Il est aussi l'auteur des trois grandes encyclopédies sur les Lutins, les Fées et les Elfes qui l'ont fait connaître dans le monde entier.
Chaque jour, j'emploie le dialecte des cyclones fous. Je dis la folie des vents contraires.Chaque soir, j'utilise le patois des pluies furieuses, fe dis la furie des eaux en débordement.Chaque nuit, je parle aux îles Caraïbes le langage des tempêtes hystériques. Je dis l'hystérie dé la mer en rut.Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Déroulement de la vie en spirale.Fondamentalement la vie est tension. Vers quelque chose. Vers quelqu'un. Vers soi-même. Vers le point de maturité où se dénouent l'ancien et le nouveau. La mort et la naissance. Et tout être se réalise en partie dans la recherche de son double. Recherche qui se confond à la limite avec l'intensité d'un besoin, d'un désir et d'une quête infinie.Des chiens passent - j'ai toujours eu l'obsession des chiens errants - ils jappent après la silhouette de la femme que je poursuis. Après l'image de l'homme que je cherche. Après mon double. Après la rumeur des voix en fuite. Depuis tant d'années. On dirait trente siècles.La femme est partie. Sans tambour ni trompette. Avec mon coeur désaccordé. L'homme ne m'a point tendu la main. Mon double est toujours en avance sur moi. Et les gorges déboulonnées des chiens nocturnes hurlent effroyablement avec un bruit d'accordéon brisé.C'est alors que je deviens orage dé mots crevant l'hypocrisie des nuages et la fausseté du silence. Fleuves. Tempêtes. Éclairs. Montagnes. Arbres. Lumières. Pluies. Océans sauvages. Emportez-moi dans la moelle frénétique dé vos articulations. Emportez-moi! Il suffit d'un soupçon de clarté pour que je naisse viable. Pour que j'accepte la vie. La tension. L'inexorable loi de la maturation. L'osmose et la symbiose. Emportez-moi! Il suffit d'un bruit de pas, d'un regard, d'une voix émue, pour que je vive heureux de l'espoir que le réveil est possible parmi les hommes. Emportez-moi! Car il suffit d'un rien, pour que je dise la sève qui circule dans la moelle des articulations cosmiques.Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tempêtes. Je dis le déroulement de la vie en spirale.À force de vouloir dire, je ne suis devenu qu'une bouche hurlante. Je ne m'inquiète point de savoir ce que j'écris. Tout simplement j'écris. Parce qu'il le faut. Parce que j'étouffe. J'écris n'importe quoi. N'importe comment. On l'appellera comme on voudra: roman, essai, poème, autobiographie, témoignage, récit, exercice de mémoire ou rien du tout. Moi, je ne sais même pas. Pourtant ce que j'écris ne m'est pas étranger. Personne ne parviendra à dire beaucoup plus qu'il n'aura vécu.J'étouffe. J'écris tout ce qui me passe par la tête. L'important pour moi, c'est l'exorcisme. La libération dé quelque chose. De quelqu'un. Peut-être de moi-même. La délivrance. La catharsis. J'étouffe. Je ne vois pas de soupirail. Et je force sur les parois de mon asphyxie avec le bélier des mots. Si, malgré tout, elles ne s'ouvrent pas, un passant entendra la ruée anarchique de mon langage, ou le SOS barbare de mon agonie. J'ai assez réfléchi. On réfléchit trop dans mon entourage. Ou peut-être que Ton ne réfléchit pas du tout. Je suis fatigué. Maintenant je frappe aux portes closes. Je piaffe. Je crie. J'appelle. Je hurle. Mes cris d'alarme réussiront-ils à émouvoir quelqu'un? À toucher une cible sensible? Je ne sais. Pourtant le malheur, la misère, le désespoir, la rage, les fleuves, les tempêtes, le sang, le feu, la mer, les cyclones, mon pays, les arbres, les montagnes, mon peuple, les femmes, les enfants, les vieillards, tous les hommes, toutes les choses et tous les êtres me gonflent la voix, à un point que, s'il arrive que j'échoue, j'aurai été réellement seul. Effroyablement seul. Horriblement seul.(...)
A nos vertes amours irlandaises renouvelle le genre du carnet de voyage et crée la surprise en donnant à voir une Irlande en pleine mutation, malmenée par la crise, mais qui pense à son avenir avec détermination. De 2008 à 2018, à l'écart des routes touristiques, Hervé Jaouen s'est glissé dans le quotidien des Irlandais, à la recherche d'authentique et de vérité. Sans jamais forcer les portes, il a pris le temps d'écouter et de traduire les sentiments d'inconnus et d'amis de quarante ans. D'un ton allègre, il s'attaque à des sujets graves qu'il traite avec un mordant teinté d'humour, tord le cou à certaines idées reçues, revient sur des thèmes qui lui sont chers, comme la pêche à la mouche... De nouveau, et plus que jamais, Hervé Jaouen poétise ses impressions comme personne, continue d'éveiller des rêves d'Irlande, ravive la mémoire des amoureux de Bile verte. Sous les ciels changeants que l'écrivain voyageur sait si bien décrire, se révèle l'âme d'un peuple prompt à l'échange devant une pinte de bière ou dans l'intimité d'une maison d'hôtes.
Posez une question, Bryson y répond dans ce livre, clair, synthétique, vivant, truffé d'anecdotes, qui conjugue avec bonheur science et sourire. Vous y apprendrez sans efforts par quels hasards, traits de génie, intuitions, déductions, expérimentations, débats, les hommes en sont arrivés à connaître le monde tel qu'ils le connaissent aujourd'hui. Tout y est (ou presque) de l'histoire des sciences, de notre planète et de l'univers. Un merveilleux compagnon, dont la lecture devrait être recommandée à tous les collégiens? et à leurs parents!Ce livre a été un best-seller en France et dans le monde entier. Il a reçu le prestigieux prix Aventis du meilleur livre de vulgarisation scientifique et l'Union européenne lui a décerné le prix Descartes pour la communication scientifique.
Du Congo à l'Amazonie et de la mer de Chine à la Nouvelle-Guinée, Patrice Franceschi nous fait le récit de ses innombrables aventures. Il a partagé la vie des Pygmées, des Indiens, des Papous, été le premier aviateur à accomplir le tour du monde en U.L.M., et suivi le Nil de sa source à la mer. Il nous raconte aussi la part de sa vie consacrée aux missions humanitaires, de la Somalie au Kurdistan, et dévoile l'intensité de ses années passées au côté de la résistance afghane combattant l'armée soviétique.Corse né en décembre 1954, Patrice Franceschi partage sa vie entre écriture et aventure. Ses récits, romans, poésies, essais, sont inséparables de ses engagements et d'une existence libre et tumultueuse où il tente " d'épuiser le champ du possible ". Il est aussi marin et capitaine du trois-mâts d'exploration La Boudeuse." Pour ceux qui veulent réaliser leurs rêves "Marianne
Personne ne destinait Jean-Pierre Brouillaud à une vie de voyages et d'aventures. Devenu aveugle à l'adolescence et révolté par ce coup du sort, il plonge dans la petite délinquance. Placé dans un institut pour malvoyants où les soignants s'entêtent à tout faire à sa place, Jean-Pierre Brouillaud découvre que ses autres sens se sont développés pour compenser celui perdu. Dès lors il n'aura de cesse de dépasser les limites imposées par son handicap et la société. On lui déconseille de traverser la rue sans aide ? Il décide de partir visiter le monde. C'est le début d'un parcours initiatique où le voyage constitue le moyen de se construire en tant qu'homme.