Trois oeuvres de Thomas d'Aquin s'imposent à qui s'intéresse en histoire des doctrines à la façon dont il traite du mystère du Verbe incarné qu'il envisage ne lui-même et non en ses effets pour nous. Le Commentaire sur les Sentences de Pierre Lombard (1254-1258) est le point de départ de sa réflexion sur ce mystère. On y découvre quels sont selon lui les rapports de l'Incarnation avec Dieu, sujet de la théologie, ce qu'est 'Incarnation en elle-même, quelles sont les propriétés du Fils de Dieu incarné et les conséquences de l'union des natures, divine et humaine, en la personne du Verbe. Il convenait d'analyser longuement le moment initial de cette recherche, le premier et irremplaçable témoin de "la christologie" de Thomas. Quelle que soit l'estime que l'on porte à ses autres ouvrages, en lesquels d'ailleurs on perçoit souvent l'écho du Commentaire et sans faire de celui-ci le régulateur de l'interprétation de l'oeuvre entière, le Scriptum super libros Sententiarum magistri Petri Lombardi s'impose par lui-même et il est comparable, à ce titre seul, aux travaux similaires, contemporains, postérieurs. - L'analyse du quatrième livre de la Somme contre les Gentils (1259-1270) révèle le souci de fonder dans l'Ecriture la foi en l'Incarnation, de découvrir un "modèle" facilitant son intelligibilité, de percevoir son lien avec la vision béatifique promise à l'homme par Dieu. - Enfin, l'analyse de la troisième partie de la Somme de théologie (1267-1272) dégage ce qu'implique la notion de Christ-Sauveur, décrit l'Incarnation comme une descente de la plénitude divine en la nature humaine, dit qu'elle est en conséquence la perfection du Christ. Ces trois oeuvres majeures ne sont pas ici analysées sans qu'il soit tenu compte des autres productions théologiques de Thomas qui traitent à leur manière du Mystère de l'Incarnation.
Nombre de pages
397
Date de parution
01/04/1987
Poids
510g
Largeur
137mm
Plus d'informations
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EAN
9782701011387
Titre
La Christologie de Thomas d'Aquin
Auteur
Ruello Francis
Editeur
BEAUCHESNE
Largeur
137
Poids
510
Date de parution
19870401
Nombre de pages
397,00 €
Disponibilité
Epuisé
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La rédaction définitive par le frère mineur Jean de Ripa de son Commentaire sur les quatre livres des Sentences de Pierre Lombard semble devoir être située après 1350. Seul est complet le commentaire du premier livre ; il sert de base à ce travail. Jean de Ripa y présente une "théologie naturelle" . Il assure en effet dans le Prologue de sa Lectura que la foi, telle du moins que nous l'expérimentons, n'est pas l'apparence formelle et évidente de son objet, mais un habitus d'adhésion non-évident à celui-ci. Deux théologies sont alors possibles : ou bien l'on étudie les vérités révélées aux Pères et contenues dans le Canon selon qu'elles sont révélées, ou bien on fait appel à la lumière naturelle de l'intelligence dont le critère ultime est le premier principe de la raison, celui de la non contradiction. En procédant ainsi on acquiert de nombreuses vérités de l'Ecriture une connaissance formellement évidente et scientifique, à laquelle Jean de Ripa donne le nom de "théologie naturelle" . Impressionnante enquête sur les propres textes de Jean de Ripa, à laquelle l'auteur, tout au long de ces 936 pages, s'attaque avec sa rigueur habituelle.
Le Moyen Age a inlassablement commenté le Cantique des cantiques comme dialogue spirituel entre l'âme et son Epoux divin. Superposer à cette mystique nuptiale la mystique métaphysique du Pseudo-Denys fut une initiative du victorin Thomas Gallus, promise à une grande faveur dans le monde cartusien. Le présent commentaire du Cantique (" Deiformis animae gemitus "), s'inscrit dans cette tradition, en y ajoutant l'expression d'une dévotion au Christ crucifié aux accents franciscains. Un temps attribué à Thomas Gallus lui-même, l'ouvrage doit probablement être restitué à un autre religieux de son abbaye, un " Vercellensis " dont nous ne saurons peut-être jamais le nom complet. L'édition princeps jadis procurée par Jeanne Barbet a été revue et remaniée grâce à un nouveau recours aux manuscrits et assortie d'une traduction française due au P. Francis Ruello.
Dans sa Theologia mystica, Hugues de Balma - prieur de la chartreuse de Meyriat en Bugey, de 1289 à 1304 - voulait rappeler à ses frères chartreux la véritable sagesse à laquelle ils étaient appelés. L'itinéraire conduisant à celle-ci compte trois "voies" chacune en lien avec les autres : la "voie purgative" de contrition et d'humble action de grâces ; la "voie illuminative" qui fait découvrir, par l'intermédiaire de l'Ecriture, l'attrait des réalités divines, stimulant par là l'amour ; la "voie unitive" enfin qui révèle à l'âme détachée d'elle-même l'inexprimable sainteté de Dieu dans toute la mesure où celle-ci est abordable ici-bas. Ce T2 comprend la fin du texte, des notes complémentaires et les différents index.
Hugues de Balma, qui fut prieur de la chartreuse de Meyriat en Bugey de 1289 à 1304, a voulu, dans sa Theologia mystica, rappeler à leur vocation contemplative les religieux, et d'abord ses frères chartreux, qui risquaient de se contenter d'une science de Dieu trop inspirée par la sagesse humaine : la sagesse à laquelle ils étaient appelés, c'était la théologie mystique", et le chemin qui y conduisait pouvait être décrit. L'itinéraire comporte trois "voies" qui se préparent l'une l'autre et souvent se compénètrent : la "voie purgative" est de contrition et d'humble action de grâces la "voie illuminative", déjà éclairée par le don d'intelligence, fait découvrir, par-delà le créé et à travers la lettre de l'Ecriture, spécialement les demandes du Pater, l'attrait des réalités divines, ce qui stimule l'amour la "voie unitive" révèle à l'expérience de l'âme aimante et totalement détachée d'elle-même l'inexprimable sainteté de Dieu, pour autant que la chose est possible ici-bas : n'est-ce pas déjà, Hugues le croit et son opinion sera discutée, un amour au-delà de toute connaissance ? Hugues s'étend longuement sur les "industries" et les aspirations qui s'offrent à l'âme aimante pour progresser et se laisser conduire par ce chemin au bout duquel il n'y a plus de chemin. Il s'agit d'un texte riche et difficile, qui en appelle à l'enseignement élevé de "Denys l'Aréopagite", mais où est partout présente, sous le vocabulaire et les exposés plus techniques, l'expérience fervente et entraînante d'un authentique fils de saint Bruno".
Dans l'Eglise du Moyen Age central, l'inspiration charismatique n'est pas antinomique de la bureaucratisation : elle en est la condition nécessaire. C'est ce que montre cette étude des mobilisations ecclésiologiques de la référence à l'Esprit. Loin d'oublier l'Esprit dans la routine d'une bureaucratie sans âme, les agents de l'institution de l'appareil ecclésial sont les premiers à y faire référence pour opérer, à partir du milieu du XIe siècle, une centralisation pontificale des différentes tendances réformatrices. La monopolisation pontificale de la référence légitime à l'Esprit permet à la fois d'affirmer l'autonomie - la théonomie - de l'appareil ecclésial et d'en suspendre les règles ordinaires. L'appropriation de ce discours ecclésiologique par les chroniqueurs et réformateurs du XIIe siècle va conduire à une nouvelle perception de l'histoire, fondée sur l'idée d'un progrès inspiré et mené par des hommes spirituels. Moines charismatiques et administrateurs peuvent ainsi s'associer autour du fragile malentendu d'une institution spirituelle. Lorsque celui-ci se délite, les discours prophétiques en font l'aune à laquelle juger le présent ou un projet d'avenir. Au cours des XIIIe et XIVe siècles, ce modèle d'une bureaucratie charismatique se dissocie en conceptions antagonistes de la référence à l'Esprit : un usage intégré dans les rouages de l'administration, qui n'apparaît explicitement que dans les périodes de crise, et une référence de plus en plus eschatologique visant à condamner tous ceux qui persécutent les "spirituels".
Scolastique : dérisoire ou sérieuse ? Savante ou bornée ? Ratiocination ou perfection rationnelle de l'investigation universelle ? Virtuosité intellectuelle ou figement formel ? Peu de mots, assurément, résonnent de manière aussi contradictoire dans notre chambre cognitive. Faut-il s'en étonner ? La scolastique, avec le Sic et non d'Abélard au XIIe siècle, se construit sur l'exploration inextinguible de la contradiction. Elle progresse vers la vérité grâce au kaléidoscope des possibles logiques. En son âge d'or, du XIIIe au XVe siècle, auxquels est consacré ce volume, elle ne structure pas seulement la pensée des intellectuels. Imprimant sa forme et ses processus heuristiques à la littérature - latine ou romane - qu'elle érige en son extension, elle trouve en celle-ci non seulement un réceptacle et un lieu de diffusion, mais un révélateur. Codifiée mais libre comme une forme fixe, elle est littérature à part entière, partageant avec elle les ambitions et les modalités protéiformes d'une architectonique savante dévouée à l'éveil de l'esprit. Les vingt-quatre contributions ici réunies sondent la manière dont la littérature médiévale, tirant partie de sa propre diversité, sérieuse, comique, savante, ambiguë ou critique, s'est emparée de la scolastique pour faire d'un phénomène social qui aurait pu devenir un puissant outil de contrôle, un formidable moteur d'émancipation individuelle.
Une exclamation d'Origène (empruntée à Jérémie) : Tu m'as trompé, Seigneur ! Une autre de saint Anselme : Seigneur, je cherche ton visage ! L'une et l'autre nous a paru valoir d'être scrutée, comme introduisant à une demarche de pensée qui caractérise chacun de ces deux grands esprits, et plus encore au mouvement foncier de leur âme. Deux exemples, propres à faire voir, à travers les différences de deux époques aussi bien que de deux individualités, une parenté plus essentielle. Et nous encore, "nous sommes de leur race" . Tous ceux que nourrit de sa substance indéfiniment féconde une même grande tradition, sont frères. Pour compléter ce sentiment de l'unité dans un incessant pluralisme, nous avons cru pouvoir proposer un troisième exemple, pris à notre siècle même, celui du débat qui fut institué, au cours des années trente, sur les rapports de la foi chrétienne, et de la philosophie. Le lecteur verra de lui-même, sans qu'il soit besoin d'instituer parallèles ou contrastes, combien les questions qui agitaient ce débat sont encore aujourd'hui les nôtres.
En octobre 1703, Claude Poullart des Places, un jeune Rennais, arrive à Paris sans autre intention que de faire sa théologie au collège Louis le Grand. Un an plus tard, simple tonsuré, il fonde un séminaire pour les pauvres écoliers, ces aspirants au sacerdoce dont la misère, par ses conséquences, est la plaie majeure de l'Eglise de France. Il assure à ses élèves une longue et solide formation théologique et sait leur communiquer sa mystique de pauvreté et sa hantise des âmes abandonnées. Il meurt en 1709, prêtre depuis moins de deux ans. Il laisse soixante-dix séminaristes et une petite équipe de directeurs, noyau de cette congrégation du Saint-Esprit qui compte aujourd'hui 4 000 religieux. La Compagnie de Marie de son ami Grignion de Montfort ne voit le jour et ne survit jusqu'à la Révolution que grâce à son affiliation à la congrégation du Saint-Esprit ; pendant près d'un siècle et demi, ses membres se font appeler Prêtres missionnaires du Saint-Esprit. Quant aux Filles du Saint-Esprit, la plus florissante des congrégations bretonnes, elle doit son existence à l'un des premiers disciples de Poullart des Places qui leur forma un règlement sur le modèle de celui qui s'observait au Séminaire du Saint-Esprit. Poullart des Places est le plus jeune fondateur d'ordre et aussi celui qui disposa du délai le plus court pour consolider son oeuvre. Son histoire était une énigme que, grâce aux archives de l' Aa, une congrégation secrète de piété, Joseph Michel réussit à élucider. La cause de canonisation de Poullart des Places a été introduite en 1989.