Eux aussi se sont mis en route un jour avec la naïveté charmante et la vanité secrète de réformer le monde. Ils se sont mis en route tous ensemble, chacun séparément, et ils s'en sont bel et bien rendu compte : chacun pour une raison propre, une ambition particulière abritée sous une grande idée, sous un but commun, - un abri transparent sous lequel on distinguait mieux le morcellement de chacun, le malheur et la mesquinerie de tous. Comment, mon ami, mettre de l'ordre dans ce chaos ? Comment demeurer auprès d'eux ? Aujourd'hui je comprends. Ces vers de Philoctète situent bien la démarche de Ritsos, dans le contexte préoccupant où elle s'inscrivait à l'époque de sa rédaction - 1963-1965 - en raison de la crise que traversait l'ensemble du mouvement révolutionnaire et dont les rebondissements récents n'ont fait qu'aiguiser l'actualité : mener, à travers les personnages mis en scène par Sophocle, une réflexion approfondie sur les contradictions, les déconvenues, l'âpreté et la solitude de toute action, et fonder dans le même temps la nécessité de l'engagement. Avec Perséphone et Ajax, qui font suite à ce poème majeur de l'oeuvre, le lecteur français a désormais à sa disposition l'intégralité du cycle antique de Ritsos, regroupé en Grèce, avec les autres grands monologues, sous le titre général de Quatrième dimension. Ecriture d'aveugle, suite de courts poèmes écrits en 1972, referme ce recueil dans la cohérence chronologique qui s'impose désormais si l'on veut restituer une oeuvre aussi foisonnante en respectant les étapes d'une évolution toujours attentive à la rumeur du siècle.
Déjà Yannis Ritsos nous avait habitués, dans ses livres ou livrets plus anciens, à des mélanges de vers politiques, élégiaques, érotiques, comme à un contrepoint nécessaire à ce grand opéra silencieux et contradictoire que constitue l'ensemble de son oeuvre. Cela dans une sorte de désordre apparent, mais voulu, de fragments, pointes, épigrammes, qui n'excluent pas la continuité puisqu'ils s'appuient sans doute, par des chemins qui leur sont propres, sur une tradition à la fois orale et littéraire qui est celle de la satire antique. Erotica, c'est donc avant tout, avec cette simplicité armée qu'on redécouvre à chaque vers, un geste intime de l'être où l'amour lui seul compte et le corps dans sa nudité, dans sa parole faite chair, dans sa tentative peut-être d'acquitter à son tour une seule et même dette de sang. Mais c'est un livre triple où le poète, une fois encore, a plusieurs voix. Celle du désir toujours des autres dans la Petite suite en rouge majeur, rouge comme le drapeau, la langue ou les lèvres, où toutes les forces du passé viennent prendre leur place symbolique, au coeur du présent ; celle plus directe, plus intérieure, de Nudité du corps, où, par touches successives, l'auteur jour après jour retrouve en lui-même et recrée ainsi la présence de la femme, du coeur même de son absence ; celle de Parole de chair enfin, où la liturgie quotidienne devient célébration dernière, mais aussi blason et hommage : le ton s'élève au don de soi, et le chant d'un seul, jusque dans l'aveu le plus personnel, et dans sa maîtrise la plus objective, peut en même temps s'entendre comme celui de tous.
Résumé : Avec Chrysothémis et Phèdre, Ritsos referme ici le cycle des longs monologues inspirés par la mythologie et la tragédie antiques qu'il avait inauguré en 1962 avec La Maison morte, et poursuivi à travers les personnages successifs de Philoctète, Oreste, Hélène, Ismène. Cette poésie qui renoue, en le renouvelant complètement, avec l'un des genres traditionnels de la littérature européenne, semble désormais reçue comme une dramaturgie efficace à en juger par les nombreuses adaptations à la scène et à la radio qu'elle a déjà suscitées dans le monde, et notamment en France. En saisissant chaque destin légendaire à la veille de son dénouement, en lui prêtant ses obsessions, son investigation minutieuse du quotidien, du banal, Ritsos cherche moins à cerner un "caractère" qu'à restituer l'unité plus profonde d'une vie recréée par la mémoire. Le Sondeur et Le Heurtoir offrent, à la suite de ces deux monologues, l'aspect le plus récent de l'oeuvre. Libéré de tout souci narratif, le poète charrie en bloc ses visions incongrues, autrement dit parfaitement logiques dans "un lieu et un temps imprécis, variables". Alertant tous nos sens par cette succession de décharges et de ruptures oniriques, il reconstitue alors autre forme de dramaturgie le choeur de nos voix discordantes, dérisoires, révélatrices, dans une intention désabusée et proche de l'humour.
Ce recueil de Ritsos reflète les deux tendances de l'oeuvre qu'il poursuit obstinément depuis quarante ans : d'une part les grands monologues dramatiques avec Hélène, poème composé en 1971 alors que le poète se trouvait assigné à résidence par le régime militaire, d'autre part les brefs poèmes de facture épigrammatique avec Conciergerie. Avec Hélène, impotente, recluse, surprise à l'heure de mourir dans une demeure sépulcrale, on retrouve les grands thèmes de Ritsos : la solitude, la déchénace, la maison, lieu ancestral et suffocant de conflits dérisoires. Dans Conciergerie, allégories où la folie côtoie la dérision, on retrouve le souci de dépouillement du poète qui constitue une technique inédite d'écriture et comme une nouvelle morale poétique : éviter la vérité pour mieux la révéler". (Bulletin Gallimard, nov. -déc. 1975.)
Célèbre, célébrée, parfois vénérée, la poésie de Yannis Ritsos est pourtant encore largement méconnue et sans doute rarement perçue dans toute son amplitude et toute sa complexité. Le passé militant de l'auteur, son combat sans défaillance, ont orienté la lecture de l'oeuvre et en ont réduit sensiblement la portée. Comme l'indique Dominique Grandmont dans une préface qui fera date, « peu de poètes ont été aussi traduits que lui à travers le monde. Peu de poètes ont comme lui connu pareille célébrité de leur vivant. Pourtant, il n'eut de cesse de dénoncer ce malentendu de la gloire dont il sait que dépend l'avenir de son oeuvre, ne serait-ce que pour lui permettre de constituer un recours au-delà de son existence propre, et de convertir en une revanche générale la dure école de l'adversité. Sans doute se doit-il de prendre position. Elle représente ce qu'il a de plus authentique à offrir. Mais il dépend de lui que cette position ne se réduise pas à une posture, s'il entend faire de la poésie une entreprise tenace et méthodique de désaliénation, Yannis Ritsos ne cessera d'opposer le poème au slogan, et restera fidèle à cet engagement personnel sous son engagement proclamé. » Yannis Ritsos est né en 1909 à Monemvassia dans le Péloponnèse. Deux fois dans sa vie il a été déporté par les dirigeants de son pays : de 1948 à 1952, et de 1967 à 1968. Auteur d'une centaine de poèmes, « le plus grand poète vivant », comme l'affirmait Aragon, est mort en 1990 à Athènes.
Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j'exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide... qui n'existe plus". Qui est Romane Monnier ? D'elle, il ne reste qu'un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.
De ces nuits et de ces vies, de ces femmes qui courent, de ces coeurs qui luttent, de ces instants qui sont si accablants qu'ils ne rentrent pas dans la mesure du temps, il a fallu faire quelque chose. Il y a l'impossibilité de la vérité entière à chaque page mais la quête désespérée d'une justesse au plus près de la vie, de la nuit, du coeur, du corps, de l'esprit. De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt-cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui. Cette femme, c'est moi". La nuit au coeur entrelace trois histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon. Sur le fil entre force et humilité, Nathacha Appanah scrute l'énigme insupportable du féminicide conjugal, quand la nuit noire prend la place de l'amour.
Quatre adolescents, évadés de leur orphelinat prison, reprennent la lutte perdue par leurs parents quinze ans plus tôt. Leur combat, hymne grandiose au courage et à la liberté, semble désespéré. Et pourtant...Notes Biographiques : Jean-Claude Mourlevat est né en 1952 à Ambert en Auvergne, de parents agriculteurs. Il est le cinquième enfant de six (trois frères et deux soeurs). Il fait des études à Strasbourg, Toulouse, Bonn et Paris et exerce le métier de professeur d'allemand en collège pendant cinq ans avant de devenir comédien de théâtre. Il est notamment l'auteur et l'interprète du clown muet nommé «Guedoulde», spectacle joué plus de mille fois en France et un peu partout dans le monde. Il met en scène de nombreuses pièces de Brecht, Cocteau, Shakespeare¿ Depuis 1997, il publie des ouvrages pour la jeunesse. Il écrit tout d'abord des contes, puis un premier roman, "La Balafre". Depuis, les livres se sont succédé avec bonheur, plébiscités par les lecteurs, la critique et les prix littéraires. Jean-Claude Mourlevat réside près de Saint-Étienne, avec sa femme et leurs deux enfants.
Le jour où, dans une square, Sam s'assoit sur le mauvais banc, il se fait arrêter par la police. Car Sam a la peau noire. Et en 1952, dans le sud des Etats-Unis, un Noir ne peut pas s'asseoir n'importe où. En grandissant, le jeune garçon s'accroche à un rêve : devenir juge afin de combattre les lois raciales. A travers le récit de Sam, plongez au coeur de la lutte non violente des Noirs américains.