Raboni Giovanni ; Vegliante Jean-Charles ; Lemaire
BRUIT DU TEMPS
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EAN :9782358731690
Comme l'écrit Jean-Pierre Lemaire, dans sa préface : "Le lecteur français peut aujourd'hui retrouver, grâce à Giovanni Raboni et à son traducteur, Jean-Charles Vegliante, une forme de poème dramatique dont il n'a plus d'équivalent dans sa langue depuis le Moyen Age. En Italie, des poètes contemporains perpétuent la tradition médiévale du "drame semi-liturgique" ; ainsi Mario Luzi a-t-il écrit en 1999 La Passione, long monologue prêté au Christ gravissant le chemin de croix. Avec Représentation de la Croix, Giovanni Raboni a fait, un choix inverse : le Christ est aussi au centre du drame, mais il en est le centre absent. On le devine parfois en coulisse : tout proche, derrière la porte du Temple où il s'entretient avec les docteurs tandis que ses parents à sa recherche interrogent le gardien ; sur le point de paraître devant la foule à laquelle Pilate va le présenter ; mais on ne le voit, on ne l'entend jamais en personne. Un tel choix est caractéristique d'une approche moderne du mystère : il n'y a plus, devant le lecteur ou le spectateur, de figure centrale pour incarner et dire le sens. Comme le postule Judas à propos du discours sur le pain de vie, "Un sens, de toutes les façons, doit bien y être ! " , mais il est livré à l'interprétation, aux doutes, à la confiance ou au désarroi des uns et des autres. Cette présentation nous touche d'autant plus : le récit que nous connaissions par coeur, mais qui pouvait rester extérieur, dans son intangibilité, à nos vies incertaines, est fragmenté, interrogé, débattu comme il le fut sans doute entre les premiers témoins du drame, et comme il l'est peut-être encore aujourd'hui dans le secret de nos consciences troublées. C'est ce débat, perdu ou tu, que le poème polyphonique de Raboni met au jour".
Nombre de pages
120
Date de parution
17/09/2021
Poids
172g
Largeur
137mm
Plus d'informations
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EAN
9782358731690
Titre
Représentation de la croix
Auteur
Raboni Giovanni ; Vegliante Jean-Charles ; Lemaire
Editeur
BRUIT DU TEMPS
Largeur
137
Poids
172
Date de parution
20210917
Nombre de pages
120,00 €
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Le présent volume nous propose une traduction française de l'anthologie établie par le grand poète italien Giovanni Raboni lui-même en 1988. Les poèmes, choisis dans divers recueils écrits et publiés entre 1953 et 1987, ont été en partie réécrits par lui, et surtout réorganisés dans des séquences qui visent à nous offrir un parcours libre de toute chronologie dans la vie d'un homme et dans sa poésie. Poète du quotidien et d'une ville - Milan - mais aussi chroniqueur nostalgique des mutations de la société dans laquelle il vit et poète " moral ", Raboni est aujourd'hui considéré comme le poète italien le plus important de sa génération. Grâce à la transposition remarquable de Bernard Simeone, un des plus éminents traducteurs de l'italien, disparu en 2001, le lecteur français a enfin accès à toutes les facettes de son ?uvre, encore trop peu connue dans le monde francophone.
Alcesti o la recita dell'esilio est une réécriture de la tragédie antique d'Euripide, qui illustre le mythe de la "meilleure des épouses" se sacrifiant par amour. Giovanni Raboni revient sur ce mythe, choisissant un décor contemporain : son drame se déroule lors d'une période de dictature dans un pays volontairement non défini. Les personnages de la tragédie originelle sont réduits aux trois protagonistes : le couple formé par Sara et Stefano et le père de ce dernier, Simone. Un mystérieux gardien les conduit de nuit, à travers un brouillard épais, jusqu'à un théâtre, dans l'attente d'un bateau qui les portera loin, jusqu'à la liberté. Or, les conditions de la fuite changent, les trois places initialement prévues pour le voyage ne sont plus que deux. L'un des personnages doit rester pour sauver les deux autres. Le thème du sacrifice et des responsabilités qu'il entraîne fonde ainsi le tragique du texte. Dans la construction de sa pièce et la mise en abyme qu'elle fait de la tragédie grecque, Raboni offre-t-il à Euripide une place parmi les survivants ? Apparemment muet et pudiquement voilé grâce à cette réécriture, le vieux dramaturge grec se tient peut-être aux côtés de Sara, passager clandestin du théâtre contemporain italien.
Balut, roman d'un faubourg" est le récit halluciné de la misère, dans les rues, les maisons, les usines, où réalisme et grotesque, rêve et quotidien s'entremêlent. Yossel, un adolescent, déambule parmi les silhouettes de ce cirque, celui du dénuement Hershl Boutchik qui boit et baise ses sept fiancées, Noté le vendeur d'illusions avec son cinématographe, des putains et les épouses, des veuves et des mères réduites à si peu, la police et sa violence, Elié le propriétaire, l'avocat écrivain public, les fils absents, Yankel le dur, les parents morts et la petite s'ur Mirelé. "Tenter de vivre", voilà ce qui fonde ce roman expressionniste, à l'image d'un tableau de Münch, une ode à la ville comme chez William Irish, un récit de l'enfance misérable et macabre à la manière d'un Dickens.
Les Mémoires poétiques d'Ukyô no Daibu (1152-1235), dame d'honneur de l'impératrice Kenreimon-in, pour la première fois traduits en français, sont la mise en forme qu'elle effectua à la fin de sa vie de ce qu'elle considérait comme le meilleur, le plus représentatif, le plus émouvant, de sa production poétique (on y compte pas moins de 359 waka) et de ses mémoires. "Ici, j'ai simplement noté pour mon usage personnel, au moment où je les revivais en mon coeur et telles qu'elles me revenaient en mémoire, les choses que je trouvais touchantes, tristes, ou qui pour une raison indéfinissable me semblaient difficiles à oublier." Ukyô no Daibu, Mémoires poétiques, 1233.
Je n'ai pas envie de parler de moi, mais d'épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps..." Même s'il s'en défend, avec Le Bruit du temps, publié en 1925 et rédigé en Crimée dès 1923, Mandelstam signe son livre le plus autobiogaphique et donc la meilleure introduction qui soit à son oeuvre. Il y évoque le Pétersbourg d'avant la révolution et sa formation de poète: de la bibliothèque (russe et juive) de son enfance à l'étonnant professeur de lettres, V. V. Gippius, qui lui a enseigné et transmis la "rage littéraire". Mais le livre est aussi une éblouissante prose de poète, qui annonce Le Timbre égyptien. Une prose où le monde sonore du temps (concerts publics, mais aussi intonations d'acteurs, chuintements de la langue russe) constitue la base du récit, une prose qui jaillit d'un regard à travers lequel le monde semble vu pour la première fois, avec une étonnante intensité. Mandelstam compose ainsi une suite de tableaux d'une exposition sur la préhistoire de la révolution. Le livre s'achève au présent sous une chape d'hiver et de nuit ("le terrible édifice de l'Etat est comme un poële d'où s'exhale de la glace"), face à quoi la littérature apparaît "parée d'un je ne sais quoi de seigneurial" dont Mandelstam affirme crânement, à contre-courant, qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte ni de se sentir coupable. Pourquoi traduire une nouvelle fois Le Bruit du temps alors qu'il existe déjà deux traductions en français, l'une, médiocre, dans une anthologie de proses de Mandelstam intitulée La Rage littéraire chez Gallimard, jamais rééditée; l'autre, extrêmement précise, par Edith Scherer, à L'Age d'homme, reprise dans la collection "Titres" chez Christian Bourgois? Sans doute parce qu'il fallait faire appel à un poète pour donner à entendre dans une langue d'une grande richesse, la musique et l'éclat si particuliers de cette prose. Nous avons commandé cette traduction nouvelle à Jean-Claude Schneider, admiré de poètes allemands comme Hölderlin, Trakl, Bobrowski, qui avait déjà traduit de Mandelstam, à La Dogana, des poèmes de Simple promesse et surtout le magnifique Entretien sur Dante, précédé de La Pelisse.
II est terrible de penser que notre vie est un roman, sans intrigue et sans héros, fait de vide et de verre, du chaud balbutiement des seules digressions et du délire de l'influenza pétersbourgeoise. L'Aurore aux doigts de rose a cassé ses crayons de couleur. Ils gisent aujourd'hui comme de jeunes oiseaux, avec des becs béants et vides. Cependant, tout absolument me semble contenir les arrhes de mon délire favori en prose."
Vous voyez ce vieux livre, jaune, carré, que je lance en l'air, que je rattrape, que je fais tourner en le tenant par ses plats de vélin ridé? c'est du fait à l'état brut, sécrété par la vie humaine, quand des coeurs palpitaient fort, des cerveaux battaient, inondés par la montée du sang, il y a deux siècles. Voyez-le vous-même." Robert Browning, L'Anneau et le Livre, 1868-1869, Livre 1.