A celui qui chaque jour marche le long d'une paisible rivière (ici l'Erdre nantaise), ne sied guère le ton trop sérieux du poète proférant des oracles. Le discours qu'on se tient à soi-même en marchant est plutôt un " laïus " familier. Et si on se laisse aller à le scander en vers, on tempère d'ironie sa propension à l'envolée lyrique. Sinueux, il se nourrit de tout et de rien : un banal déménagement, quelques mots de Mallarmé qui donnent à méditer, un rituel dépôt de chrysanthèmes, un jour de Toussaint, sur la tombe d'un aïeul. On se souvient aussi ; on rend hommage à ses dieux lares. Mais s'ils sont les dieux des ancêtres, ils sont également ceux de la ville et de ses carrefours. On parle donc de Nantes ; on en propose quelques vues ; on respire le parfum des magnolias de ses jardins. Et puis on s'en va vers la mer, qui jamais n'est très loin. On va enfin jusqu'en Chine se chercher de quoi faire un art poétique : Bo juyi, un poète des Tang, donne à l'auteur l'occasion de rêver d'une poésie qui ait assez de verve et d'élan lyrique pour espérer s'insinuer pour longtemps dans les c?urs.
Nombre de pages
119
Date de parution
01/09/1993
Poids
162g
Largeur
130mm
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EAN
9782876731677
Titre
Laïus au bord de l'eau
Auteur
Pinson Jean-Claude
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
130
Poids
162
Date de parution
19930901
Nombre de pages
119,00 €
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La philosophie politique hégélienne parvient-elle à une synthèse recevable du principe antique, qui souligne la primauté du droit de la Cité comme totalité, et du principe moderne, qui met l'accent sur la liberté subjective de l'individu ? A l'encontre du verdict anti-hégélien souvent rendu, le présent ouvrage avance l'hypothèse qu'il y a bien chez Hegel un " moment lockien ", qui requiert une analyse spécifique. La mise à l'épreuve de la synthèse hégélienne, à travers une confrontation de la Philosophie du droit avec la tradition libérale, requiert au préalable l'étude d'un thème critique du hégélianisme : celui de la logique de la contingence, véritable talon d'Achille de la philosophie de l'absolu. En effet, les rapports de l'individu et de l'Etat sont chez Hegel indissociables de cette question. La mise en évidence d'un double statut du contingent permet alors d'articuler une syntaxe qui rend viable une sphère de droits de l'individu soustraite à toute " ruse de l'Etat ". Non sans quelques points d'achoppement symptomatiques, comme l'exclusion du droit d'émigrer. En produisant une des archéologies possibles de l'actuel débat entre libéralisme et socialisme, le présent ouvrage livre à la réflexion politique d'aujourd'hui quelques éléments pour penser un refus du totalitarisme qui soit compatible avec une critique de l'individualisme contemporain en ce qu'il peut avoir d'unilatéral.
Que peut la littérature au regard de la catastrophe écologique qui menace ? Pas grand chose, dira-t-on. Et la poésie, vu sa très faible audience aujourd'hui, sans doute encore moins. Pourtant, n'est-elle pas, séculairement, cette poésie, une alliée privilégiée de la Nature, liée à elle par ce qu'on pourrait appeler un "contrat pastoral" ? Et, en sa langue même, en son désir de chant, le poème ne dessine-t-il pas, discrètement autant qu'obstinément, la possibilité d'une autre habitation de la terre et du monde ?
Là où je vis, ai vécu. L. A. Loire-Atlantique. Vues et Lieux d'un département (Nantes et Saint-Nazaire, notamment). Fragments, en lien avec ces lieux, d'un roman familial. Bribes aussi d'une histoire personnelle (grandir, militer, étudier, enseigner, vieillir). En contrepoint, extra-départementale, une traversée du vingtième siècle. Pêle-mêle au générique : un aïeul aède au camp de Wittenberg en 14-18 ; les Surréalistes à Nantes ; deux chefs de gare, l'un communiste à Commequiers (Vendée), l'autre admirateur de Tolstoï à Astapovo (Russie); des étudiants "s'établissant" en 68 ; Sartre et Louis de Funès ; une grand-mère Suzanne experte en zizanie domestique ; un syndicaliste d'Indret devenu agent du Komintern ; Pascal Quignard à Ancenis ; un poète très local honoré à La Plaine-sur-Mer ; une huppe ordinaire ; un écrivain soviétique dont on compulse les archives dans une grande ville de Sibérie... Egalement, une recette peu orthodoxe de lamproie ; une visite guidée des toilettes du Lieu Unique là Nantes) ; des considérations sur le rugby ; d'autres sur la Littérature, la philosophie, la musique ; une tentative pour penser, à partir de Vallès, ce que pourrait bien être un luxe pastoral et pour tous..." J.-Cl. P.
Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...