Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Nombre de pages
254
Date de parution
01/10/1992
Poids
350g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782876731899
Titre
JOURNAL DE LA MEMOIRE. Fragments
Auteur
Borel Jacques
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
140
Poids
350
Date de parution
19921001
Nombre de pages
254,00 €
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Ce n'est pas seulement sa vie propre que relate ici le narrateur, mais, mêlée à elle, l'une de l'autre dépendante, celle de sa mère. Confession d'un fils, sans doute, mais aussi et surtout recherche constante d'un être en quête de lui-même et de ses sources profondes, et qui se cherche à la fois dans son propre passé et dans le passé même de cette mère accablée et démesurément aimée. D'où, sans cesse, ces remontées dans le temps, ces allers et retours qui viennent bien moins rompre la chronologie du récit que l'éclairer au contraire, l'étayer, l'approfondir.
Tata est la (triste) histoire d'un jeune homme tué par la douceur. Charles est un "enfant du péché". Certes, il va avoir dix-huit ans ; mais c'est bien en tout petit enfant que le traitent Josèphe, sa mère, et Albine, sa tante, dans la pavillon isolé dont il n'est jamais sorti. Elles le lavent, elles le peignent, elles l'habillent ; à toute minute du jour et de la nuit, elles sont là ; elles ne le quittent pas des yeux. C'est que, pour Albine - pour "Tata" - il s'agit de préserver Charles de ce "péché" qui a su, un jour, atteindre Josèphe. On ne saurait penser à tout : Charles a beau sembler jouer le jeu, des livres de la comtesse de Ségur lus en cachette l'amèneront à se construire un univers imaginaire des plus singuliers. Non moins singulière sa révolte : toutefois Tata est là ; avait-il cru pouvoir lui échapper ? Farce, qui surprendra peut-être les lecteurs qui se souviennent de L'Adoration, prix Goncourt 1965, cocasse et cruelle satire d'une certaine éducation, et par là même, comme le croit l'auteur, "pièce morale et didactique" ? Au lecteur, à l'éventuel spectateur, d'en décider.
Depuis 1960, Jacques Borel tient un journal des séjours qu'il passe auprès de sa mère entrée à l'hôpital psychiatrique de Ligenère pour un séjour qui devait, en principe, être de courte durée. Chaque visite ranime le désespoir de l'auteur de voir sa mère s'enfermer dans ce terrible univers rassurant et sans aucune perspective d'avenir. Ce drame a inspiré à Jacques Borel une longue méditation sur la rencontre de la littérature avec la folie et la mort. Ainsi se construit un grand livre. Une vie et une oeuvre y sont jour après jour remises en question à travers les tourments d'une âme assaillie par l'angoisse, la souffrance et la révolte.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...