Chaque fois qu'un monde meurt et qu'un autre tarde à naître, l'on voit surgir, sporadiquement, l'espace d'un entretemps, des signes que seuls certains écrivains semblent avoir enregistrés, eux qui ont vu, avec l'éclipse du monde ancien, se disloquer leur propre monde. A travers leur propre histoire, c'est aussi le récit des origines de leur nation qu'ils veulent retracer, mais la mutation des temps, lentement et brusquement, effondre le sol sous eux. Se tenant sur la précaire ligne de fracture, ils tentent en vain de restaurer le monde qu'ils ont perdu, projetant dans le passé un enclos stable, calfeutré et sans failles, jeu d'illusion et de bascule entre la conservation d'une mémoire et l'attente convulsive des "derniers jours". C'est ainsi que les émigrants puritains, laissant derrière eux les clochers de Cambridge, sont partis outre-Atlantique établir "la Plantation du Seigneur" (on verra ce que Henry Adams en fera) ; qu'à Chicago, dans le Middle-West amorphe, des échos vont répondre à la geste impériale déployée, autrefois, depuis léna (Bellow, pas très loin de Rilke). Ainsi certains auront-ils largué leurs amarres, alors qu'en d'autres temps, d'autres lieux, l'écroulement, le dépaysement se sera fait sur place : à Vienne (Hofmannsthal), ou en Irlande (Yeats et Synge), bastion monolithique à l'ancre dans une très vieille mémoire. En filigrane se profilent trois phases d'anomie, trois déchirures dans la trame du temps : l'orée du XVIIe ("l'anatomie du monde", selon John Donne) le second versant du XVIIIe (Hegel évoquant, à travers "la parole du déchirement", le Neveu de Rameau) le tournant de ce siècle enfin, et l"'irruption du chaos" (à l'oeuvre chez Musil). Chaque fois la fracture laisse apparaître cette sorte de disjonction qu'on nommera "modernité" : un écart se creuse entre le discours qui jusqu'alors empoignait clairement le monde, et ce même monde qui n'est plus perçu que de loin, obscurément, et comme en énigme : un archipel là-bas de fragments opaques vers lequel d'autres, plus tard (Joyce), commenceront leur navigation.
Nombre de pages
224
Date de parution
01/09/1986
Poids
301g
Largeur
1mm
Plus d'informations
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EAN
9782020093187
Titre
L'Europe aux anciens parapets. Essai
ISBN
2020093189
Auteur
Pétillon Pierre-Yves
Editeur
SEUIL
Largeur
1
Poids
301
Date de parution
19860901
Nombre de pages
224,00 €
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La littérature américaine nous est, paradoxalement, à la fois proche et lointaine. Proche, à cause de tel écrivain qu'on a un jour tant aimé. Proche, par des titres qui rôdent dans la mémoire comme une rumeur familière et par des images qu'on a vues à l'écran. Lointaine, parce que la notoriété de quelques noms de premier plan masque tout un arrière-pays, peu balisé, plus secret. Lointaine aussi, parce que pour nous, gens d'Europe, elle garde toujours une certaine étrangeté, qu'elle doit à l'empreinte laissée par une "préhistoire" plus ancienne qu'on ne l'imagine parfois. Le présent panorama envisage la littérature américaine sur fond de cinquante ans d'actualités - inscrite dans un contexte partout lisible en filigrane, scandée par des décennies qui, des années quarante aux années quatre-vingt, ont eu chacune sa couleur, sa tonalité, son climat. Au fil du voyage, de la moiteur somnolente des bayous aux bourrasques du lac Michigan, des nuits de Harlem aux fjords pluvieux du Nord-Ouest, du cimetière marin de Nantucket aux vastes ciels de Paris, Texas, c'est aussi l'Amérique qui, à travers sa littérature, se raconte Biographie de l'auteur Pierre-Yves Pétillon, né en 1942 dans le Finistère, a fait ses études rue d'Ulm, à Trinity Collège (Cambridge) et outreAtlantique où les autocars Greyhound auront été "son Harvard et son Yale". Il a longtemps travaillé comme lecteur de manuscrits américains. Professeur à l'université de Paris-Sorbonne et à l'Ecole normale supérieure, il a publié, dans la collection Fictions & Cie (Le Seuil), deux essais: La Grand-Route et L'Europe aux anciens parapets
Cet essai voudrait ouvrir comme une perspective cavalière sur le siècle et demi de fictions américaines qui va de 1819 (l'année de ces deux fables liminaires : Sleepy Hollow et Rip Van Winkle) à l'été 1969, celui de Woodstock et du grand envol vers la Lune. Lecture qui cherche à localiser, nichées au coeur de ces fictions, quelques hantises dont Whitman reste, depuis le xlxe siècle, le lieu géométrique et qui se récapitulent aujourd'hui dans le Gravity's Rainbow deThomas Pynchon, point focal de cette analyse. Ecrire l'Amérique, ce serait cartographier, s'empoigner avec le vaste in-folio du continent déployé afin de le déchiffrer et d'en prendre possession. Ce corps-à-corps tumultueux, une double terreur le scande : pour exorciser la vacance de cet espace sauvage et vague, il faut y tracer lignes et marques, y projeter la grille d'un cadastre, mais c'est au risque alors de se retrouver, tel le scribe Bartleby dans ses écritures, captif, pris au piège des enclos. Une stratégie baroque du projet et de l'esquive sans cesse vient échouer sur la frange du rivage, dans une oscillation panique entre le cri, qui arrache aux empreintes anciennes l'espace neuf, "aboriginal" , de la fugue, et la dislocation, collapse entropique jusqu'au point mort autour duquel le monde gravitait et où, clôtures effondrées, il s'efface pour raviver, au lieu zéro, le fugace éclat de la baleine. D'où, si souvent, ce double tropisme : la cavale : d'Est en Ouest, on se fraye, au grand galop, une route, élan puritain qui fonce, conquiert, dévaste, et le sommeil s'enfonçant au creux des terres, on exhume une autre carte, une autre version du corps de l'Amérique, l'Amérique perdue, à peine esquissée que déjà enfouie, de la dérive au fil du fleuve, Nord-Sud jusqu'à l'ombreuse torpeur du Delta, la haute mer et ses hosannas.
Faut-il comprendre la poésie d'Emily Dickinson ? " Par l'audace d'une telle interrogation, Pascal Aquien avait posé d'emblée à la poésie de Dickinson la question qui traverse ce livre, en établissant avec force l'évidence obscure de cette poésie, comme s'approchant de celle du monde. Il signalait, d'entrée de jeu, le danger qui menace l'herméneute, affronté à l'épreuve de l'inexpliqué, au poids de non-sens du poème, qui exige pourtant d'être lu à la lettre. On trouvera ici des lectures qui se sont nourries d'une longue fréquentation poétique. On fera profit de très belles "explications de texte" qui sont autant d'approches du sens. Surtout, chacun se trouvera relancé dans sa lecture personnelle, fortifié et démuni, invité à reprendre la tâche, à refaire ces parcours afin d'en découvrir d'autres. En vue de nouveaux et précaires "arrangements" du sens et de ses éclipses.
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