Nicole Eugène ; Dewitte Jacques ; Lombardo Patrizi
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EAN :9782707320346
Qui n'a, au moins une fois, rencontré l'angoisse ? Palpitations, boule au creux de l'estomac, souffle coupé, malaise qui enfle sourdement... L'angoisse est une " ventouse posée sur l'âme ", disait Antonin Artaud. Est-elle la voie obligée d'entrée dans l'écriture : l'impouvoir qu'explorèrent Blanchot et Derrida, le vertige du " comment commencer " qu'évoquent Beckett ou Foucault, " l'expérience abjecte " de la psychanalyse selon Lacan, le grouillement informe de l'être pour Levinas ? La pensée est-elle une figure de l'angoisse ? L'angoisse dont il s'agit ici n'a pas la familiarité de nos peurs intimes, aussi violentes soient-elles. Ce sont pourtant ces mêmes territoires qu'explorèrent nombre d'écrivains et philosophes du XXe siècle. Tous disent la formidable puissance de création gisant au c?ur de la négativité anxieuse : déconstruction (Derrida), dés?uvrement, désastre (Blanchot), dédit (Levinas), décréation (Beckett), litanie des " il n'y a pas de ... " chez Lacan, fin de l'homme pour Foucault. L'angoisse de penser désignerait alors cette expérience d'écriture tantôt jubilatoire, tantôt affolante , dans laquelle Je pense hors de Moi.
Nombre de pages
255
Date de parution
06/03/2008
Poids
110g
Largeur
134mm
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EAN
9782707320346
Titre
Critique N° 730, Mars 2008
Auteur
Nicole Eugène ; Dewitte Jacques ; Lombardo Patrizi
Editeur
MINUIT
Largeur
134
Poids
110
Date de parution
20080306
Nombre de pages
255,00 €
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Saint-Pierre-et-Miquelon. C'est cet archipel égaré au large de Terre-Neuve que quitte le narrateur, à l'âge de quatorze ans. Avec l'aide d'un vieux conservateur et du courrier de son oncle Phil, il va ranimer ses souvenirs et la mémoire de son pays de naufrages, de brouillard, de rêves et de hauts faits. Ainsi surgissent dans le paysage des îles des personnages magnifiques aux curieux destins Gabie, simple d'esprit, obsédée par le guillotiné Neel et qui, regardant passer l'avion de Lindbergh, croit voir voler l'unique voiture de l'île ; Sasco qui ne rapporte dans ses Ephémérides bleues que ce qui est arrivé au pays par beau temps ; Monsieur, l'instituteur devenu fou ; et la maison de vacances à Langlade. Tout se mêle : passé, présent, légendes, imaginaires collectif et individuel. Histoires minuscules de deux îles minuscules, elles prennent ici la dimension d'un mythe.
Le 7 juin 1948, le premier avion se pose sur la piste d'atterrissage de Saint-Pierre, couronnant de succès l'?uvre de Cachemire, ancien scaphandrier du port et promoteur de la ligne aérienne. Du bimoteur descend Amanda Maple, savoureuse Canadienne. Accueillie comme la Première Touriste, elle s'installe au Café du Nord où, élevés par Jeanne, leur grand-mère, habitent depuis peu le narrateur, sa s'ur et son frère. La Première Touriste est bientôt mêlée aux événements petits et grands qui marquent les débuts de cette ère aérienne : la lutte du Cercle des Terre-Neuvas contre l'avion, l'arrivée du Père Noël, les jeux secrets des enfants dans leur " Théâtre de la Morte ". Fluctuant entre le Canada voisin et l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, Les larmes de pierre poursuit le travail entrepris par Eugène Nicole dans L'?uvre des mers, saga d'un microcosme environné de brouillard, où drôles, grandioses et pathétiques, foisonnent des personnages alternativement quotidiens et légendaires.
A l'opposé du diable, qui divise, le démon rassembleur est le dieu du récit. Fédérant des titres aussi improbables qu'hétéroclites (Le Chef d'orchestre callipyge, Le Bureau des Objets trouvés à l'Opéra-Comique, La Croisière du Pyjama, Trente-trois projets de sieste), ce roman, où s'estompe la frontière entre l'auteur, le narrateur et le personnage, fait de la fiction un feu d'artifice.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.