Dans un univers infini, on ne peut nommer Dieu de manière adéquate en portant à leur maximum les perfections naturelles; l'infinité divine ne saurait transcender l'infinité cosmique que sous le rapport de la puissance. Dieu est tout ce qu'il peut être, alors que la créature, prise dans le réseau de ses déterminations, n'est "ceci" qu'en n'étant point "cela". Dieu est sans altérité, tandis que les créatures se posent respectivement dans leurs différences. N'est-il pas la forme totale, cette forme des formes, en laquelle toutes se tiennent de façon plus vraie et plus vigoureuse que dans la matière qui, pour individuer, doit déterminer? Dès lors, c'est un "pouvoir-est" (possest) désignant la pleine actualité de la toute-puissance, qui nomme Dieu de la façon la plus approchée. Nicolas de Cues ne se contente pas d'enrichir le riche écrin des noms divins d'une nouvelle appellation, il déplace violemment, sans en trahir l'esprit, le dilemme aristotélicien. Faute de se pouvoir traduire dans l'antonymie de la forme et de la matière, la création du monde ne se peut comprendre que dans l'adéquation en Dieu de la puissance et de l'acte, suprême dérogation à l'ordre des choses, qui souligne la disproportion du monde à Dieu, frappe l'univers de précarité et le réduit à n'être plus que l'expression du Créateur. Paradoxalement, on assiste, au moment même où on croyait l'avoir perdu, à une magistrale ressaisie de l'héritage médiéval et à une appropriation qui le réinterprète en l'ancrant dans une spiritualité nouvelle, revisitant les grands dogmes chrétiens redécouverts par la devotio moderna. Dernier des médiévaux, Nicolas de Cues demeure sur le seuil de la modernité, comme aussi sur le seuil de l'aventure spirituelle.
Date de parution
22/01/2007
Poids
255g
Largeur
204mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782711618378
Titre
TRIALOGUS DE POSSEST
ISBN
2711618374
Auteur
NICOLAS DE CUES
Editeur
VRIN
Largeur
204
Poids
255
Date de parution
20070122
Nombre de pages
0,00 €
Disponibilité
Sur commande en 4-6 jours
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison dès 3,90 €
Facile et sans fraisRetrait gratuiten magasin
Disponibilité et écouteContactez-nous sur WhatsApp
Nicolas de Cues (1401-1464), dans le De pace fidei, écrit l'année de la chute de Constantinople en 1453, avait souligné le danger de faire un usage politique de la religion. Une telle confusion du spirituel et du temporel, du religieux et du politique, se retourne et contre la religion et contre la politique, la religion en se donnant une mission temporelle et la politique en sombrant dans la mystique. La Cribratio Alchorani est rédigé en 1461. Le contexte est politique plus que religieux. Le danger d'une invasion de l'Europe par les Musulmans était d'autant plus grand que l'Occident était divisé contre lui-même. Les États nationaux naissant étaient plus intéressés à renforcer leur pouvoir qu'à penser à la menace turque. Les européens optèrent ainsi en faveur de Mohamed II, plutôt que de suivre le Pape. Le philosophe mosellan comprit qu'il s'agissait d'un problème de civilisation et non de société. Au lieu de prendre les armes, il prit la plume. Il lut et étudia le Coran et toutes les oeuvres qu'il put se procurer sur le sujet, et que Pie II lui avait demandé de rassembler en vue de sa lettre au Sultan. Il en sortit la Cribratio Alchorani. Dans cette oeuvre, le Cusain se situe d'emblée sur le plan spirituel et théologique. Il déplace le problème: allant à l'essentiel, il prend le parti de faire une « pia interpretatio » du Coran, qu'il lit à la lumière de la Bible et de la raison. Sa lecture est religieuse et philosophico-théologique. Elle s'appuie sur la « recherche de Dieu » propre à tous les hommes et seule capable d'unir chrétiens et musulmans.
Nicolas de Cues compose le De venatione sapientiae en 1462, peu de temps avant sa mort. Cette oeuvre constitue, en quelque sorte, son testament philosophique. La lecture de la Vie des philosophes de Diogène Laërce lui offre l'occasion de faire un bilan personnel. En vérité, plus qu'un bilan, le De venatione sapientiae se révèle être un approfondissement de la pensée cusaine sans cesse en mouvement. Celle-ci s'enrichit à la lumière d'un nouveau concept : le posse fieri, le "pouvoir être fait". Déjà présente dans le De docta ignorantia depuis le Possest, la notion de puissance et sa priorité sur l'acte prend de plus en plus d'importance, elle deviendra le posse ipsum dans la dernière oeuvre du Cusain, le De apice theoriae. L'image de la chasse va lui permettre d'illustrer ce que fut, ce que continue d'être, la recherche de toute sa vie : la poursuite de la sagesse. Cette métaphore, d'autres parmi les plus grands y ont recouru avant le Cusain, mais ce dernier lui donne un sens nouveau, fruit de sa méditation. Le chasseur doit connaître les terres où il chasse, Nicolas les connaît bien pour les avoir parcourues sa vie durant, aussi peut-il les passer en revue. Il leur donne le nom de champs et en dénombre dix : la "docte ignorance" ; le "possest" ; le "non-autre" ; la "lumière" ; la "louange" ; l?"unité" ; l?"égalité" ; le "bien" ; la "limite" ; l?"ordre". La chasse de la sagesse se révèle être finalement la recherche de Dieu, ainsi que Nicolas l'avait formulée dans son De quaerendo Deum. En vérité, il s'agit moins de différentes parties de chasse dans différentes terres, que de différentes perspectives d'une même quête, qui est la quête de la Sagesse divine.
Nicolas de Cues (1401-1464) marqua de son empreinte la pensée européenne, de la Renaissance à l'époque moderne. Lecteur assidu de la tradition philosophique de l'Antiquité et du Moyen Age, curieux de science, de médecine et des arts, Nicolas de Cues rédigea notamment La Docte Ignorance, Les Conjectures, La Pensée, La Paix de la foi et La Vision de Dieu. Nous proposons ici un ensemble cohérent et très largement annoté de textes de la philosophie tardive du Cusain : Le Dialogue à trois sur le Pouvoir-est, La Chasse de la sagesse, Le Compendium et La Cime de la contemplation. Avec l'invention du néologisme pouvoir-est, Nicolas de Cues développe une philosophie du pouvoir et de la puissance qui lui permet de résoudre, tant d'un point de vue ontologique que gnoséologique, les difficultés nées de ses thèses infinitistes antérieures. Il cherche à éviter l'aporie aristotélicienne entre l'infinité du possible, requise par la toute puissance de Dieu, et l'actualité finie de la création. La puissance divine se révèle successivement comme pouvoir-est, pouvoir faire et pouvoir-même. Nicolas de Cues initie ainsi une métaphysique de l'expression qui trouve son plein essor chez Giordano Bruno qui le copie abondamment, puis chez Spinoza et Leibniz. Rédigée à la lecture de Diogène Laërce, La Chasse de la sagesse, véritable testament philosophique, permet en outre de ressaisir l'ensemble des principales intentions du Cusain : sa conception augustinienne de la philosophie comme recherche et théorie de l'unité, sa doctrine de la participation à l'un, le dernier développement de son principe de la coïncidence des opposés, un dernier infléchissement de sa pensée de l'intellect, et sa compréhension de la nomination.
Nicolas de Cues (1401-1464), le "dernier des médiévaux et le premier des modernes", est l'auteur d'une oeuvre riche et profonde, demeurée longtemps inédite en français. Sa pensée a exercé une grande influence et se révèle être aujourd'hui aux yeux des chercheurs une clé de l'histoire de la philosophie moderne. Le Cusain est l'auteur, entre autres chefs-d'oeuvre, de La docte ignorance dans laquelle il présente une pensée nouvelle qui ne cessera de s'approfondir dans ses ouvrages successifs. Il est celui qui aura tenté de dépasser l'aporie de la pensée rationnelle qui veut que les contraires s'excluent, se heurtant ainsi à sa propre limite de ne pouvoir comprendre l'ensemble de l'expérience qui est toujours contradictoire. Sa théorie de la coïncidence des opposés se veut approche de l'Absolu dans une synthèse horizontale des trois grands horizons de la pensée: l'Homme, le Monde, Dieu. Sur le plan théologique, le Christ devient la figure ultime en laquelle viennent s'adjoindre le fini et l'infini. Sa pensée influencera Giordano Bruno, Copernic, Galilée. Hervé Pasqua livre ici la première traduction en français des deux dernières oeuvres de Nicolas de Cues : Le Compendium et La cime de la contemplation, écrites l'année même de sa mort. Deux écrits qui témoignent du génie fécond du philosophe mosellan.
Norman McLaren oeuvre dans le domaine onirique de l'animation. David Cronenberg est maître du genre de l'horreur intérieure. Que peuvent donc partager ces deux cinéastes canadiens aux univers si distincts ? Chacun a construit une relation à long terme avec un compositeur - respectivement Maurice Blackburn et Howard Shore. D'un duo à l'autre, le musicien occupe une place centrale au sein de la création collective ; sa musique se révèle comme une composante fondamentale. Quels processus créatifs lui permettent de se déployer ? Le livre fait la lumière sur les mécanismes collaboratifs et la pensée de ces duos. Plus généralement, il établit une poïétique de la création musico-filmique, décrit et comprend les processus créateurs filmique et musical qui déterminent la composition d'une musique de film et, plus encore, une musicalité de tout le complexe audiovisuel. Du cinéma d'animation expérimental (A Phantasy) au long-métrage de fiction (Crash, A Dangerous Method) en passant par le documentaire engagé (Jour après jour), l'auteure offre un portait inédit de pratiques musico-filmiques novatrices tout en proposant de nouvelles approches analytiques pour la musique de film.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.