Si l'improvisation est a priori associée aux arts de la performance, et en particulier au jazz, elle n'en a pas moins accompagné le cinéma depuis les premiers burlesques jusqu'aux expériences contemporaines de Rabah Ameur-Zaïmeche ou de Nobuhiro Suwa. Loin du mythe de l'improvisé comme expression du "génie créateur", le but de cet ouvrage est d'abord de comprendre les pratiques qui mettent sciemment en jeu l'improvisation au cinéma puis, dans un second temps, d'en révéler la capacité à générer des formes inédites. La diversité des films analysés témoigne à la fois de la permanence d'une "tentation" de l'improvisation depuis l'avènement du cinéma parlant et de la diversité des modalités de sa mise en oeuvre. A la présence, sans doute attendue, du cinéma de Jean Renoir, Roberto Rossellini, Jacques Rivette, Jacques Rozier, Shirley Clarke, John Cassavetes et Maurice Pialat, répond celle, moins évidente peut-être, de Jean Rouch et de Johan van der Keuken, de Pascale Ferran et de Samuel Collardey. Sans ignorer le regard historique suscité par ces quelques noms, il sera question tout au long de ces pages des rapports entre technique et esthétique, des frontières poreuses entre documentaire et fiction, d'une possible origine théâtrale du travail de l'acteur improvisateur, de l'implication physique nécessaire à l'acte de création improvisé, et enfin du jazz comme performance filmée. "La vérité de nos engagements avec le monde importe, y compris nos engagements avec des objets et des manifestations artistiques" écrit Jerrold Levinson: en interrogeant les tensions entre le jaillissement improvisé et la nécessité d'une écriture maîtrisée, cet essai contribuera peut-être à la vérité de nos rapports avec le cinéma.
Nombre de pages
223
Date de parution
21/09/2011
Poids
550g
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EAN
9782873402860
Titre
Improviser le cinéma
Auteur
Mouëllic Gilles
Editeur
YELLOW NOW
Largeur
0
Poids
550
Date de parution
20110921
Nombre de pages
223,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Le cinéma bascule dans l'ère du parlant en 1927 avec Le Chanteur de jazz; le jazz, musique populaire et art du spectacle, a grandi avec et dans le cinéma. L'histoire des rapports entre jazz-et cinéma est tissée de multiples connivences. Avec des temps forts comme le tournage dans les décors réels du sud des Etats-Unis de Hallelujah, la musique de L'Homme au bras d'or confiée à Duke Ellington, l'aventure de Miles Davis composant la partition d'Ascenseur pour l'échafaud, ou encore, plus près de nous, the "Bird", la biographie de Charlie Parker. Une histoire aussi de malentendus, de rendez-vous manqués, liés à l'histoire d'une musique inventée par des Noirs dans un pays où règnent là ségrégation et la domination culturelle des Blancs. A la fin des années cinquante, John Cassavetes invente avec Shadows un rapport d'une nature radicalement nouvelle, un authentique métissage artistique. Goût de Cassavetes pour le jazz, choix de Charles Mingus, recours proclamé à l'improvisation, rôle de la musique, du saxophone de Shafi Hadi, hypothèse d'un Cassavetes/bopper; toutes ces pistes sont ici explorées. Shadows donne le ton. Le cinéma moderne, les nouvelles vagues s'emparent du jazz qui devient un modèle pour penser et mettre en scène le cinéma autrement. Moi un Noir, The Connection ou A bout de souffle affirment leur goût pour les expériences inédites, une recherche existentielle de la spontanéité. Avant que le cinéma improvisé selon Jacques Rivette, celui de Philippe Garrel ou de Johan Van der Keuken, n'approfondissent encore des convergences esthétiques entre les deux arts, dessinant la perspective d'un "cinéma-jazz". Un glossaire des termes du jazz, un index de films et une discographie complètent l'ouvrage.
Du pianiste des premières séances du cinématographe aux orchestres symphoniques hollywoodiens, des premières tentatives de synchronisation entre le son et les images aux infinies possibilités de l'électronique: cette étude propose de parcourir l'histoire du cinéma à travers les relations complexes entre le défilement des images et les différents modes d'apparition de la musique. Le cinéma a toujours été sonore: musiciens dans la salle, bonimenteurs chargés de doubler les personnages, bruiteurs, et la musique devient peu à peu un véritable enjeu esthétique pour les directeurs artistiques des grandes salles, directeurs artistiques qui sont souvent eux-mêmes compositeurs et chefs d'orchestre.
Cosmo Vitelli (Ben Gazzara), patron d'une boîte de strip-tease à Los Angeles, est contraint par la mafia locale de tuer un bookmaker chinois pour rembourser une dette de jeu. Si ce bref résumé ne semble guère répondre aux préoccupations de John Cassavetes, le projet de Meurtre d'un bookmaker chinois (1976-1978) n'est pourtant pas si éloigné de Une femme sous influence, qu'il vient d'achever, et surtout de Opening Night (1978), son film suivant. Cassavetes s'approprie les codes du film noir et plus souterrainement ceux de la comédie musicale pour dessiner un portrait bouleversant d'un homme seul, acculé à accepter un terrible marché pour, croit-il, conserver sa liberté. Nombre d'exégètes ont vu dans Cosmo Vitelli un autoportrait de Cassavetes confronté aux exigences des producteurs hollywoodiens. Cette séduisante hypothèse masque peut-être son véritable dessein : une mise à l'épreuve de la frontière entre la vie et la scène, déjà effective dans Too Late Blues (1961) et qui trouvera une forme d'aboutissement avec Myrtle Gordon (Gena Rowlands), l'héroïne de Opening Night. Cosmo et Myrtle sont les deux faces d'une même médaille : le premier veut vivre sa vie comme un spectacle, la seconde ne peut jouer sur scène autre chose que sa propre vie.