Le14 septembre 2011, dans l'émission de Laure Adler Hors champ sur France Culture, Jean-Luc Godard tenait les propos suivants : "Question : Expliquez-nous la différence entre du cinéma vrai et des films, faire des films. Réponse : Les films on peut les voir, le cinéma on ne peut pas le voir. On peut juste voir ce qu'on ne peut pas voir... de l'inconnu ou des choses comme cela... Question : C'est cela que vous tentez de faire ? approcher de l'invisible... Réponse : Ce qu'on fait naturellement, ce que font beaucoup d'écrivains à leur manière. Quand j'étais adolescent, l'un des premiers livres qui m'avaient touché, c'est un livre de Maurice Blanchot je ne connaissais rien à la philosophie et à toute cette école c'était un livre qui s'appelait Thomas l'Obscur voilà c'est Thomas l'Obscur". Le 28 janvier 1942, à la sortie de Thomas l'Obscur, Thierry Maulnier faisait le commentaire suivant dans sa chronique littéraire : "Le premier roman de M Maurice Blanchot constitue à n'en pas douter une des expériences les plus subtiles et les plus audacieuses qui aient été faites depuis longtemps pour faire dire aux mots plus ou autre chose que ce qu'ils ont coutume de dire dans leur emploi habituel". Deux témoignages différents mais la même intuition sur un auteur à part qui a marqué toute une génération d'écrivains. L'intention de cet ouvrage collectif sur les romans et récits de Maurice Blanchot est justement de creuser cet informulé dans le connu du mot, autrement dit la manière dont l'écriture de Blanchot pose la question de l'invention du langage à travers l'acte de nomination : comprendre le combat que livre Thomas avec, pour ou contre le mot.
Commandé avant 16h, livré demain
Nombre de pages
304
Date de parution
26/03/2014
Poids
448g
Largeur
170mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782840161738
Titre
Maurice Blanchot, entre roman et récit
Auteur
Milon Alain
Editeur
PARIS OUEST
Largeur
170
Poids
448
Date de parution
20140326
Nombre de pages
304,00 €
Pourquoi choisir Molière ?
Efficacité et rapiditéCommandé avant 16hlivré demain
Économique et pratiqueLivraison à domiciledès 5,10 €
La peinture de Bacon est angoissante. Elle nous met mal à l'aise. Elle montre une viande à l'état brut qui nous rappelle notre condition. La peinture de Bacon n'est ni informe ni difforme et n'a que faire du contour. Elle exprime autant le refus de la peau sans chair de La Déposition de la croix de Fra Angelico que de la chair sans peau de la Leçon d'anatomie de Rembrandt. La peinture de Bacon est faite de peu de chose. Sans artifice, elle s'attache au fait, rien qu'au fait. Ses aplats sont des territoires qui poussent du dedans pour écarter des contours trop étroits. Brutale, la peinture de Bacon s'attaque à l'intégrité du corps jusqu'à le faire exploser. Mais, elle est surtout sans concession comme pour dire que le corps n'est que le vestige de la viande.
Vivre le cri pour interroger la langue dans ses limites, telle est l'intention de cet essai. Comprendre que le cri est la fin - la fissure de la phrase, et non le commencement - le balbutiement, et qu'il est porté par le rire qui annonce la langue congédiée. Le cri est une scansion sublime pour sortir l'écrivain de sa torpeur. Il n'attend pas d'effets, l'effet de l'enfermement - enfermer celui qui crie parce que son cri signifie braillement et impossibilité à parler pour le psychiatre. Il n'attend même pas l'effet du réconfort - réconforter l'enfant qui crie de peur ou d'angoisse. Il n'attend pas non plus l'effet des hurlements de l'adolescente hystérique - traduction d'une sexualité en attente. Le cri, en hurlant contre la langue, lutte contre la chimère du mot qui s'imagine pouvoir restituer l'objet dans sa nature. Mais le cri qui hurle n'interdit pas le mot ; il réveille la poésie dont la nature première est de distordre la phrase pour faire remonter à la surface le corps caché du langage. René Char écrit que " la Poésie aime cette violence écumante et sa double saveur qui écoute aux portes du langage ". Le cri est-il cc que la poésie écoute à travers les portes du langage ? Mais surtout, le cri vient-il avant ou après le mot ?
Souvent envisagée comme un instrument d'orientation et de navigation, la carte sert à nous rassurer dans notre lecture du territoire. Mais qu'adviendrait-il si l'on voyageait avec des cartes qui nous désorientaient ? Les cartes sont nombreuses certes, mais elles n'ont pas toutes les mêmes vertus ! Certaines se contentent de reproduire simplement la réalité, d'autres au contraire l'inventent. Parallèlement aux cartes d'extérieur des géographes-géomètres-arpenteurs, il existe des cartes d'intérieur des cosmographes-peintres-écrivains, tous ceux en fait qui font rêver les lignes à la manière de Michaux qui affirmait : "Je veux que mes tracés soient le phrasé même de la vie." Les cartes qui retiendront notre attention ici sont justement celles qui luttent contre la tyrannie de l'analogie pour nous plonger dans les profondeurs folles de ces contours incertains. Ces cartes sans mémoire effectuent des tracés et se refusent à suivre toute espèce de parcours. Elles nous entraînent ainsi vers des géographies improbables et inconnues. Ce voyage se fera à partir d'un dialogue tissé entre les oeuvres poétiques de Michaux et les écrits philosophiques de Merleau-Ponty. Il sera aussi l'occasion d'éclairer la formule de Maurice Blanchot, fil conduéteur des propos qui vont suivre : "Ils marchaient ainsi, immobiles à l'intérieur du mouvement." Les cartes inconnues nous offrent l'occasion de marcher immobile à l'intérieur du mouvement comme pour nous dire que les points de fixation que la géométrie spatiale dessine sont d'abord des points de fiction que la géométrie poétique invente.
Artaud n?est pas fou, ou s?il l?est, sa folie est à l?intérieur même de la folie : "que les aliénistes se rassurent, je suis fou même pour la folie". Etre fou même pour la folie afin d?échapper à la dualité normal/pathologique. Etre fou pour la folie afin de ne plus la hiérarchiser selon des échelles que mesurerait n?importe quelle nomenclature psychiatrique. Etre fou pour la folie afin de renverser l?évaluation même de la folie, montrer en fait qu?il n?y a pas un dedans ou un dehors du réel, mais que tous les moyens sont bons pour creuser des souterrains dans cette réalité. Artaud est fou même pour la folie car sa folie mérite plus que ce qualificatif. Il la pousse jusqu?à ce qu?elle ne soit plus contaminée par ce qu?en fait la raison. Artaud fait ainsi partie de ces écrivains qui ont la langue dans le collimateur, mais à la différence de beaucoup d?autres, il ne cherche pas à l?apprivoiser ou à la domestiquer, plutôt à se mesurer à elle. Dans cette lutte à main nue, sans artifice rhétorique, se trouve la force d?une langue hors langage, ou d?un travail sur le mot qui n?est pas dans l?expression façonnée par l?auteur mais plus globalement sous la langue quand la langue devient un corps autonome "Il faut vaincre le français sans le quitter,/voilà 50 ans qu?il me tient dans sa langue,/or j?ai une autre langue sous l?arbre,/il faut/le courant,/le délabyrinthé/le discursif...". Trouver cette autre langue sous l?arbre pour comprendre comment son écriture nous permet de passer de la langue d?Artaud à Artaud et la langue, tel est le projet de ce petit essai, petits pas de danse pour grand écart de la langue.
Cet ouvrage vise à rendre compte de la richesse et de la complexité des rapports que Susan Sontag, tout à la fois intellectuelle engagée, écrivaine et réalisatrice, entretenait avec le cinéma. Il existe en effet une dissymétrie frappante entre l'intérêt que Sontag a porté presque toute sa vie à ce médium et la manière dont s'est construite sa postérité intellectuelle. On connaît l'importance qu'occupe la photographie dans ses écrits, on peut savoir aussi que Sontag s'est particulièrement intéressée à la danse, au théâtre et à la littérature – qu'elle-même fut romancière. Mais la question cinématographique demeure marginale dans les études portant sur son oeuvre, alors même que le cinéma fut pour elle une passion de premier plan et qu'il joua un rôle essentiel dans sa formation intellectuelle. Plus encore, on oublie souvent qu'elle-même fut cinéaste, réalisant quatre longs-métrages au cours de sa vie. Rassemblant les contributions de spécialistes en études cinématographiques, d'artistes ou de critiques, cet ouvrage s'attache ainsi à analyser la manière dont les films de Sontag constituent un mode d'exploration et de prolongement de sa pensée, tout en reconsidérant réciproquement ses réflexions esthétiques et politiques depuis la question du cinéma, qui occupe une place diffuse mais constante dans ses écrits.
Résumé : Quelle contemporanéité singulière chercher chez Rohmer, dont l'oeuvre théorique, télévisuelle et filmique dialogue ouvertement ou secrètement avec Chrétien de Troyes, Blaise Pascal et Honoré d'Urfé autant qu'avec Proust, Hitchcock, Antonioni, Godard et Ricardo Bofill ? A sa disparition en 2010, on a tout naturellement, en France et à l'étranger, salué en l'auteur de La Collectionneuse, de Ma nuit chez Maud, du Genou de Claire et de Pauline à la plage, le Marivaux ou le "moraliste du septième art", le "Master of tact", "le cinéaste littéraire par excellence". Réunissant, autour d'une commune attraction, des spécialistes de la littérature française et du cinéma, ce Rohmer en perspectives propose d'aborder le cinéaste à travers le prisme d'une contemporanéité complexe et contradictoire où l'héritage humaniste et la quête de beauté, de vérité et d'ordre s'ouvrent, non sans ambiguïté, aux intrusions, empêchements, déséquilibres et désordres du vivant. Entre le celluloïd, le polaroïd et le marbre, se dessine ici le portrait de Rohmer en contemporain inactuel qui, du Signe du lion aux Amours d'Astrée et de Céladon, n'a cessé d'exposer le classicisme français aux rayons de la modernité et de l'historicité cinématographiques.