Extrait «JE SUIS CELUI QUI EST». DIEU, DU BUISSON ARDENT AUX AVENTURES DE LA RAISON Paul Gilbert Le syntagme d'Ex 3,14, par lequel l'auteur biblique répond à la question posée par Moïse à Dieu : «Quel est ton nom ?», a interpellé la philosophie depuis toujours. Stéphane Mosès a signalé en 1994 que la lecture philosophique de ce syntagme a pris son élan dès l'époque de sa traduction par les Septante. Avec leur traduction egō eimi ho ōn, ceux-ci orientèrent déjà leur interprétation en direction de ce qu'on appellera plus tard l'onto-théologie, c'est-à-dire une réflexion où le mot «Dieu» (theos) reçoit une signification rationnellement intelligible en étant déterminé par le mot «étant» (to on) - le participe présent au nominatif neutre (au nominatif masculin [ho ōn] dans la formule de la Septante, au génitif neutre [tou ontos] dans l'expression «onto-théologie») du verbe «être» ; «être», un mot dont on suppose claires les significations recueillies dans les dictionnaires, dont on suppose également sans importance pour la raison les différences entre l'infinitif et le participe ainsi qu'entre le masculin et le neutre, c'est-à-dire entre les modes de son utilisation. L'onto-théologie aboutit en fait à saisir les mystères du transcendant dans l'immanence d'un monde commun où tout ce qui apparaît peut être saisi dans des relations entrelacées selon les normes de l'explication valable pour toutes les «choses» mises à la disposition de nos organisations rationnelles. Mon exposé verra tout d'abord comment l'expression d'Ex 3,14 a pu être entendue par la tradition philosophique classique, globalement «onto-théologique». Nous lirons ensuite le texte de l'Exode en nous aidant de la philologie. Nous reviendrons enfin vers la philosophie, plus particulièrement vers la phénoménologie contemporaine, pour montrer comment celle-ci se laisse provoquer par le syntagme mystérieux de la révélation du buisson ardent et permet d'en déployer une compréhension intelligible bien que différente du savoir moderne. I. ONTO-THÉOLOGIE Le syntagme d'Ex 3,14, traduit dans la Septante egō eimi ho ōn, établit une identité entre d'une part l'interlocuteur de Moïse («Dieu») et le verbe être qu'on conjugue à la première personne au singulier de l'indicatif présent et qu'on précise ensuite en lui attribuant le participe substantifié «l'étant», traité au nominatif masculin. Or le verbe «être» est, en grec comme en français, comme dans toutes les langues indoeuropéennes, un mot essentiel. Sans lui, nos phrases ne fonctionneraient pas comme elles devraient; en effet, nous ne pourrions rien y signifier, nous ne pourrions rien dire sans lui. Le verbe «est», dont la fonction est essentiellement copulative, sert en effet de ciment pour unifier nos propositions composées de mots divers, au minimum un sujet et un attribut, qu'il synthétise dans l'unité d'un sens intelligible : «le soir "est" arrivé», «la conférence "est" commencée», etc. Sans ce mot essentiel, nous ne pourrions pas communiquer de manière correcte, dans nos langues européennes, ce que nous savons ou pensons, ce que nous aimons. De là l'idée que le mot «être» est le plus universel de tous nos mots, puisqu'il intervient dans toutes nos manières d'exprimer de manière sensée ce dont nous faisons quelque expérience.
Nombre de pages
194
Date de parution
29/11/2007
Poids
510g
Plus d'informations
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EAN
9782872991679
Auteur
Mies Françoise ; Gilbert Paul ; Thomasset Alain ;
Editeur
LESSIUS
Date de parution
20071129
Nombre de pages
194,00 €
Disponibilité
Epuisé
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