Pour Marechera, le poème est un corps spiritualisé tout comme le poète est un texte incarné. L'esprit semble être le maître mot de cette poésie, qui peut être considérée comme la doublure spirituelle de l'oeuvre en prose, " une sorte de retrait de la réalité physique et une entrée dans un royaume où l'être humain se spiritualise ". Ces éclats d'esprit que sont les poèmes naissent d'un rapport âpre à une réalité dont le poète, né en 1952 dans une banlieue déshéritée de Rusape, fait l'expérience quotidienne. Il en résulte une poésie en fragments, souvent énigmatique, mais dont on pressent dès la première lecture qu'elle est sous-tendue par l'unité d'une expérience concrète du monde. De l'exil en Europe au retour dans une Rhodésie devenue Zimbabwe, les poèmes rassemblés dans ce recueil posthume retracent en filigrane ce parcours accidenté, sans pour autant se contenter d'être le reflet d'une époque révolue.
La première nouvelle, qui donne son nom au recueil, présente une jeunesse idéaliste, affamée de justice, assoiffée de liberté et d'égalité, refusant la falsification de l'histoire, l'avilissement de la femme noire, la répression violente ou insidieuse exercée par le pouvoir raciste de Rhodésie (Zimbabwe). Ecartelés entre la compromission pour survivre et la revendication de leur identité, les intellectuels africains n'avaient d'autres choix que la soumission ou l'engagement dans la lutte révolutionnaire avec, au bout du chemin, l'exil ou la mort. Le regard comme un scalpel, la plume trempée dans le vitriol, Dambudzo Marechera saisit sur le vif, avec violence, désespoir et ironie, les portraits d'antihéros, ceux d'une génération sacrifiée. Autant d'itinéraires où l'écrivain zimbabwéen a aussi mordu la poussière, autant de coups qui lui laissèrent des bleus à l'âme jalonnant un ensemble de récits aux accents autobiographiques.
La "Maison de la Faim" , c'est là où grandit le narrateur. C'est aussi l'insatiable appétit d'apprendre de cet adolescent qui évolue dans un milieu raciste et d'une pauvreté extrême. C'est en fait, selon Sylvain Prudhomme, "le nom de tous les enfermements. Dans la misère. Dans le ghetto. Dans la condition noire" . Voici l'histoire pleine de fureur d'un jeune homme dans le Zimbabwe d'avant l'indépendance. Critique sociale et exploration de soi s'y conjuguent avec une créativité verbale fulgurante. Dambudzo Marechera (1952-1987) a 26 ans quand The House of Hunger paraît. Le Guardian Fiction Prize en fait son lauréat en 1979 : il sera le premier et seul auteur africain à remporter ce prix prestigieux. Surdoué, fracassé, le prodige zimbabwéen meurt à l'âge de 35 ans. Pour Doris Lessing, lire son oeuvre "c'est entendre un cri" .
Quel est ce mystère d'écrire ? Qu'est-ce qui amène à l'écriture ? Quelle phrase, quel texte, peut marquer un. e auteur. e à ses débuts et pourquoi ? Quand est-ce qu'écrire devient une évidence ? Quelles influences ? Qui sont les auteur. es ou les textes qui ne quittent plus l'écrivain. e ? Dans cette collection des auteur. es s'adressent librement et dans une forme qui leur est propre à quelqu'un qui est plein de doutes, mais qui veut écrire. Confronté parfois à des questions insolubles, il ou elle est en recherche de réponses, de pistes pour franchir le pas. Deux malles et une marmite est un regard tendre et sans concession de la romancière et poétesse Ananda Devi. L'auteure crée un pont, un dialogue entre la jeune femme qu'elle a été et la romancière qu'elle est devenue. Un texte d'une grande générosité offert à ses lecteurs et à tous les passionnés des littératures indianocéanes. Il y a là des clés pour pénétrer une Åuvre exigeante, riche, bouleversante.
L'île sur laquelle se déroule l'intrigue ressemble fort à la Martinique, mais il pourrait s'agir de n'importe quelle autre île perfusée où l'on ne produit plus que de l'illusion et qui se retrouverait éperdue si un jour le cargo, en provenance d'une autre société qui les alimente, n'arrivait plus. Les choses seraient particulièrement compliquées pour la Martinique et la Guadeloupe, où l'empoisonnement par le chlordécone d'une bonne partie des terres arables rendrait la tragédie plus aiguë qu'ailleurs.
Souffle coupé. Soirs de pluie où les masques se déposent, les coeurs et plaies s'apaisent. L'odeur de la mère gifle tendrement l'enfant qu'elle allaite. Moment de flottement. Symbiose entre l'esprit et le corps, entre une mère et son enfant. Les premières gorgées sont celles qui assomment l'enfant et scellent le pacte." Amère est une traversée de l'enfance brûlée par une lucidité lancinante sur le devenir adulte. Il y a là l'enfant sommé de grandir sans y avoir été préparé et qui se remémore une mère éreintée par le réel. Quelle langue pour fondre le métal de cette enfance qui enchaîne ? Nadjim Mchangama invente une forge dans laquelle il bat le fer rouge, à vif.
Rêve en carton est un essoufflement salutaire, incandescent. Pour sauvegarder l'impossible et la chair partie en fumée. Reste cette partie cramée par les bombes et ébréchée par les lames des pluies diluviennes. Trois parties constituent ce recueil, Les derniers mots de ma mémoire (1995), La Nuit infinie (2017), Utopie (2019). Des mots ramassés dans la cendre après que l'auteur a tout perdu dans les flammes de ce qu'il appelle pudiquement les événements, des mots empilés les uns sur les autres, scalpant l'infinitude du monde, et enfin des rêves ressassés avec l'art du phénix, comme il sied après les feuilles brûlées et la mémoire jetée aux pourceaux. Rêve en carton est un cri organique, jeté sur un rail, entre deux infinis où le funambule est le somnambule. /DANS/ L'OSMOSE DES MONDES/ Utopie-Corps-Vents-Frontières/ Se croisent des temps-imperceptibles-indéfinis-espèce de toutes sortes - Ressac-Flux-Diversité-Corps-Langues-Reflux/ Nous inventons des chimères pour augmenter la vie/