Avec ce recueil intitulé originellement « Variable, avec vent fort », Claire Malroux s'inscrit en porte-à-faux avec un certain lyrisme du quotidien qui domine la poésie française actuelle. Non pas qu'elle juge sans intérêt l'attention de nombre de ses contemporains au surgissement du merveilleux dans un cadre banal, mais il lui importe, avec les poètes de l'antiquité et ses vieux compagnons en littérature que sont Novalis, Dickinson et Wallace Stevens, de chercher autour d'elle les signes épars d'une unité fragile de l'univers (« la Terre reconnaît dans le ciel son visage »). Il semble qu'il lui soit donc nécessaire d'écouter et de parler pour le monde muet, de faire place au milieu de nous à la vie des arbres, au « lent tempo de l'éclosion végétale » ? le poète fait entendre ici les « râles de l'herbe tranchée ». Météo Miroir, d'un côté, rend compte, par touches, de l'histoire de la matière depuis le point minuscule du big-bang jusqu'à la découverte récente des exoplanètes ; de l'autre propose une exploration de l'existence dans l'unité du jour, de l'aube au crépuscule. Si le livre se clôt sur un hymne à la nuit, c'est aussi que Claire Malroux reconnaît qu'à l'âge qui est le sien il lui faut désormais affronter les grandes énigmes : selon elle, la « force du vent » et « le temps ». C'est là peut-être ce qu'il y a de plus émouvant dans ces pages, cette tension entre l'enfance chaotique du cosmos et la géographie d'une mémoire personnelle vorace mais parfois défaillante, où l'on ne peut que reconnaître la « débandade des mots ». Les nuages qu'elle nous fait observer sont « comme nous plus instables que les végétaux accrochés au sol ». Le recueil rassemble des poèmes écrits, pour la plupart, entre 2013 et 2018 ; une poignée remonte aux premières années du siècle.
Nombre de pages
101
Date de parution
06/03/2020
Poids
146g
Largeur
137mm
Plus d'informations
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EAN
9782358731409
Titre
Météo miroir
Auteur
Malroux Claire
Editeur
BRUIT DU TEMPS
Largeur
137
Poids
146
Date de parution
20200306
Nombre de pages
101,00 €
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Traces. Ce sont, avant de devenir le mot associé à René Char et pour ainsi dire la signature de tout écrivain, les empreintes laissées par une bête sauvage, loup traversant un bois, ou les marques semées par un être humain afin, non seulement de se repérer dans l'univers obscur, mais de retrouver le chemin du retour aux origines. L'écrivain, en même temps qu'il crée les siennes, déchiffre celles qui jalonnent la littérature. Il creuse ainsi des sillons, cherchant sous la végétation qui a levé au passage l'élan initial profond imprimé en lui, sa permanence, son mystère. A ces deux dimensions, lire et écrire, d'une même pour-suite, j'en ai joint une troisième qui m'est familière : traduire. Chacune de ces activités faisant écho aux autres, j'ai adopté la forme du journal qui les mêle intimement, en me fiant à l'apport par ailleurs indispensable des rencontres et du hasard. C. M.
Ce recueil, par son titre, se réfère au Moyen-Age, période à laquelle la figure du cerf s'est imposée en France. Mais cet animal mythique est de tous les temps et je l'ai rêvé à mon tour en ce début du second millénaire, à partir de la préhistoire jusqu'à aujourd'hui, en passant par l'Antiquité et l'Age d'or rouge de la chasse. Suivre ses métamorphoses, méditer sur son destin avec quelques-un de ceux qu'il a hantés, c'est aussi parcourir la forêt intime où de fuyantes images laissent parfois, comme toute poésie, une empreinte durable, ainsi qu'il le dit lui-même, comme "l'os de (son) coeur, dur autant qu'une étoile".
Suspens, c'est d'abord l'incertitude, l'écartèlement entre les possibles de la joie et de la douleur. C'est aussi le suspense, l'attente et la suspension, la vie comme une goutte d'eau à l'extrémité de la branche tendue au-dessus de l'abîme.
Ce recueil s'ouvre sur la séquence : " La Femme sans paroles " et se clôt sur celle de " L'Homme en gris " - deux faces nécessaires et complémentaires de la poésie. La première s'inscrit dans l'observation critique du monde dont elle ne saurait s'exclure, la seconde s'ancre dans les profondeurs d'où elle tire sa force de résistance aux tensions qui menacent de la subvertir, sinon de la détruire. Elles se rejoignent dans leurs interrogations devant un présent où les choses perdent leurs contours, leur densité, leur signification familière, et tentent d'élaborer ensemble une mythologie du quotidien.
Les Mémoires poétiques d'Ukyô no Daibu (1152-1235), dame d'honneur de l'impératrice Kenreimon-in, pour la première fois traduits en français, sont la mise en forme qu'elle effectua à la fin de sa vie de ce qu'elle considérait comme le meilleur, le plus représentatif, le plus émouvant, de sa production poétique (on y compte pas moins de 359 waka) et de ses mémoires. "Ici, j'ai simplement noté pour mon usage personnel, au moment où je les revivais en mon coeur et telles qu'elles me revenaient en mémoire, les choses que je trouvais touchantes, tristes, ou qui pour une raison indéfinissable me semblaient difficiles à oublier." Ukyô no Daibu, Mémoires poétiques, 1233.
Je n'ai pas envie de parler de moi, mais d'épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps..." Même s'il s'en défend, avec Le Bruit du temps, publié en 1925 et rédigé en Crimée dès 1923, Mandelstam signe son livre le plus autobiogaphique et donc la meilleure introduction qui soit à son oeuvre. Il y évoque le Pétersbourg d'avant la révolution et sa formation de poète: de la bibliothèque (russe et juive) de son enfance à l'étonnant professeur de lettres, V. V. Gippius, qui lui a enseigné et transmis la "rage littéraire". Mais le livre est aussi une éblouissante prose de poète, qui annonce Le Timbre égyptien. Une prose où le monde sonore du temps (concerts publics, mais aussi intonations d'acteurs, chuintements de la langue russe) constitue la base du récit, une prose qui jaillit d'un regard à travers lequel le monde semble vu pour la première fois, avec une étonnante intensité. Mandelstam compose ainsi une suite de tableaux d'une exposition sur la préhistoire de la révolution. Le livre s'achève au présent sous une chape d'hiver et de nuit ("le terrible édifice de l'Etat est comme un poële d'où s'exhale de la glace"), face à quoi la littérature apparaît "parée d'un je ne sais quoi de seigneurial" dont Mandelstam affirme crânement, à contre-courant, qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte ni de se sentir coupable. Pourquoi traduire une nouvelle fois Le Bruit du temps alors qu'il existe déjà deux traductions en français, l'une, médiocre, dans une anthologie de proses de Mandelstam intitulée La Rage littéraire chez Gallimard, jamais rééditée; l'autre, extrêmement précise, par Edith Scherer, à L'Age d'homme, reprise dans la collection "Titres" chez Christian Bourgois? Sans doute parce qu'il fallait faire appel à un poète pour donner à entendre dans une langue d'une grande richesse, la musique et l'éclat si particuliers de cette prose. Nous avons commandé cette traduction nouvelle à Jean-Claude Schneider, admiré de poètes allemands comme Hölderlin, Trakl, Bobrowski, qui avait déjà traduit de Mandelstam, à La Dogana, des poèmes de Simple promesse et surtout le magnifique Entretien sur Dante, précédé de La Pelisse.
II est terrible de penser que notre vie est un roman, sans intrigue et sans héros, fait de vide et de verre, du chaud balbutiement des seules digressions et du délire de l'influenza pétersbourgeoise. L'Aurore aux doigts de rose a cassé ses crayons de couleur. Ils gisent aujourd'hui comme de jeunes oiseaux, avec des becs béants et vides. Cependant, tout absolument me semble contenir les arrhes de mon délire favori en prose."