Le trousseau de clés" travaille le motif de la clé ! Clé des champs, clé de voûte, clé de sol, solution clé mais aussi clé de la maison que l'on a laissée dans l'exil, clé du retour. La clé est le motif de tous les exils, mais elle est particulièrement présente et vivace dans la culture palestinienne. La nouvelle maison des exilés palestiniens abrite souvent la clé de celle qui a été quittée, une clé transmise de génération en génération. La clé est aussi un motif graphique : sur les affiches, dans les albums pour enfants, la clé est brandie comme symbole de la revendication du droit au retour des Palestiniens. Nous avons proposé ce motif comme clé d'écriture à Georgia Makhlouf, née au Liban, liée à la Palestine, vivant en France depuis longtemps. Elle explore le mot, ses occurrences dans les expressions françaises et ses significations implicites, comme dans un jeu, à travers le récit de vie d'un enfant. Un enfant unique comme le dit son prénom, Farid (unique, exceptionnel, inimitable, en arabe), une histoire unique reliée à l'histoire collective du Moyen-Orient. Puis nous avons confié l'illustration de cette histoire poétique à Inbar Heller Algazi, israélienne ayant grandi à Jaffa, engagée dans la lutte anticoloniale et antimilitariste en Palestine, vivant en France depuis peu. Pour donner un écho graphique au thème de la clé, elle a choisi les portes : les portes de l'ancienne ville arabe de Jaffa sont enlevées des maisons traditionnelles et revendues. Elles trônent devant les boutiques des antiquaires, séparées de leur maison, elles n'ouvrent plus sur rien. Dans les dessins d'Inbar Heller Algazi, elles ouvrent sur la mer et participent d'un paysage panoramique où l'illustratrice revisite les grands thèmes de la poésie de Mahmoud Darwich ? le fil à linge, le nid, les oiseaux, la maison? ? croisés avec les souvenirs de sa maison familiale en bord de la mer. Au-delà de la référence poétique, Inbar Heller Algazi détourne ces motifs : l'oiseau est un martin-triste, espèce invasive qui chasse les autres de leur nid ; le grillage est tissé comme les fils à linge et il envahit tout ; le fil à linge devient aussi cheveux, corde de l'âne, fil de cannes à pêche, palmes aux vent, brindilles dans le bec de l'oiseau ; les portes baignent dans l'eau et ouvrent sur le vide infini. Inbar Heller Algazi ramène la clé dans son monde d'origine et dans l'intimité des lieux, là où ses propriétaires palestiniens ne peuvent plus aller. Elle utilise, dit-elle, son « privilège » d'israélienne pour donner à revoir les lieux interdits. Les poèmes sont magnifiquement traduits par Najla Jraissaty Khoury qui recherche des rythmes et des facilitations dans la lecture afin de rendre l'histoire de Farid unique et sensible dans les langues arabe et française.
Depuis longtemps, l'Orient hante l'imaginaire européen. Au XIXe siècle, le "voyage en Orient" constituait un rite de passage pour les écrivains occidentaux. Ils voyageaient simultanément dans l'espace et le temps et l'Orient lointain leur fournissait des clés pour comprendre leur propre monde. Cet Orient des Mille et une nuits aux couleurs chatoyantes, parfums capiteux et musiques envoûtantes ne coïncide pas forcément avec celui des Orientaux. Chez eux, c'est la relation Orient-Occident qui est au coeur de nombreux romans, ambivalente, faite de fascination et de répulsion... Aujourd'hui, même un voyageur averti n'échappe pas à l'émotion : l'Orient se "désorientalise" peut-être, mais sa magie perdure. Exotique ou géopolitique, voyage en compagnie de Lamartine, Nerval, Flaubert, Loti, Edward Saïd, Dominique Eddé, Orhan Pamuk, Amin Maalouf, Farouk Mardam-Bey, Lawrence Durrell, Paul Fournel, Régis Debray, Jean Genet, Juan Goytisolo, Mathias Enard, J-M-G Le Clézio et bien d'autres.
Aspiration universelle, la liberté est de tous les discours et de toutes les revendications. Définie par les philosophes, perpétuellement remise en perspective par le cours de l'histoire, cette notion est aussi un ferment essentiel de la littérature. Après les philosophes, les écrivains ont mis le concept à l'épreuve : chaque roman, chaque poème n'est-il pas une manière d'exercer sa liberté ? Exercer et, surtout, conquérir, car si l'on ne naît pas libre on peut sans doute le devenir. Dire la liberté, c'est décrire les chaînes qui souvent l'empêchent, c'est dessiner l'horizon des combats à mener pour la gagner. Aventures collectives autant qu'individuelles : les chemins vers la liberté passent aussi par des quêtes intérieures - introspection, méditation, spiritualité... Evocations en compagnie d'Epictète, Rousseau, Montesquieu, Hugo, Dostoïevski, Sartre, Camus, Aimé Césaire, Frantz Fanon, Jorge Semprun, Virginia Woolf, Germaine Tillion, Mahmoud Darwich, Marguerite Yourcenar, Khalil Gibran, Krishnamurti, Dany Laferrière et bien d'autres...
Le Liban incarne depuis longtemps ce rêve d'Orient qui a poussé les écrivains romantiques à entreprendre le voyage. Lamartine, Nerval, Maurice Barrès et d'autres ont célébré avec lyrisme ses beautés souvent empreintes de spiritualité. Les grandes voix de la littérature libanaises ont elles aussi arpenté ce Liban éternel, mêlant avec brio réel et imaginaire, mémoire et poésie. Si les tourmentes de l'histoire n'ont guère épargné ce pays, elles n'ont pas entamé sa force d'attraction, ni la fascination qu'il exerce sur les écrivains. Ses guerres ont été lues de façon autant réelle que symbolique, ses paysages, ses hommes et ses déchirures ont continué d'inspirer des textes puissants et de magnifiques poèmes. Le Liban contemporain est plus que jamais terre de contrastes. De Dominique Eddé à Hanan el Cheikh, de Samir Kassir à Rabih Alameddine, de Salah Stétié à Vénus Khoury-Ghata, le goût du Liban se cultive entre bruit de pelleteuses et effluves douces-amères de fleurs d'oranger.
Abbas Mo ; Norac Carl ; Heredia Géraldine ; Macaig
Dans ce joli coffret dédié aux PAYSAGES, on retrouve trois titres de la collection Poèmes du Port a jauni : ? L'HOMME SANS PAYSAGE ? POÈMES DE ROCHES ET DE BRUMES ? POÈMES EN PAYSAGES accompagnés de 12 magnifiques cartes postales issues des livres et des liens QR code vers les versions sonores bilingues en français et arabe disponibles sur notre site : un cadeau idéal !
Une première version de ce livre a été publiée en 2021 avec d'autres illustrations de Jérémie Fischer. Les poèmes de Bernard Friot et leur traduction en arabe de Golan Haji sont identiques... à une ligne près ! mais où ... Ou ? dessous, derriere, dessus, en haut, en bas, dedans? partout ? Ici. Étonnant : ici change tout le temps. C'est même un peu agaçant. "Ici, c'est là où je suis : aux WC, quand je lis des BD ? sur le canapé, d'où je regarde un dessin animé ? c'est le ruisseau glacé où je trempe les pieds, et c'est aussi mon lit ici, quand je rêve d'ailleurs et d'autre part loin, oh loin, d'ici." Treize poèmes comme un jeu spatial adapte a la petite enfance, où Bernard Friot explore en poésie les adverbes de lieu. Treize poemes comme une promenade en images. Les nouvelles illustrations de Jérémie Fischer sont chatoyantes et ludiques. Ici, on devine les oreilles d'un lapin dans les montagnes au loin. Là, on plonge dans le paysage jusqu'à deviner ce qui apparaît, derrière. Jérémie Fischer investit l'espace comme un jeu, il guide notre regard dans les paysages avec ses collages orange, qui nous montrent où se passe le poème, dessus, dessous, en bas, oui... là !