La poésie tout autant que la peinture est pour Pierre Mabille une théorie des couleurs. Mais une théorie foisonnante, mouvante, pleine de bleus. On avance dans ce livre entre images et mots ? mais les uns sont les autres et vice versa ? avec « la lenteur vivante de ces glissements » colorés, avec un art du décalage, de la variation, comme une douleur qui se déplace. Mabille traverse les petits tableaux du quotidien, fait miroiter les détails, les reflets, les objets communs. Autant de poèmes nécessaires comme des bulles fragiles, comme une buée de souvenirs, juste un souffle, une exhalaison. Brefs moments, brefs « poems » happés, au passage : attrapés au vol. Textes qui viennent toucher le monde par les couleurs, à la façon des aveugles qui touchent le visage de l'autre pour le reconnaître, en petites touches, et sans avoir l'air d'y toucher. On glisse dans cette « étendue fatiguée de lumières perdues » : c'est vintage, sentimental, désaturé, ça sonne pop désabusée. Il y a la tonalité de ceux qui savent que le monde ne sera jamais gagné, l'affection des losers à la Brautigan, le petit pas de côté, la pirouette, l'ironie légère et un peu triste des gars perdus dans une époque et des vêtements trop grands. Ceux qui fantasment sur Robert Mitchum mais n'ont pas grand-chose sinon des vieilles photographies, un peu de distance, des orages et des périphériques. Et puis l'oubli, beaucoup d'oubli, beaucoup de nuits. Cet Antidictionnaire des couleurs est une collection d'instantanés poétiques qui se succèdent dans un dégradé de couleurs nostalgiques et joueuses, frondeuses et graves, entre le remord, la tendresse et la joie. Chaque couleur porte mille définitions, mille variations du monde, dans leur porosité, leur contagion, leurs contradictions. Glisser d'un jour à l'autre de sa vie est une alchimie, un mélange permanent, une recherche hasardeuse de solution d'équilibre, mais tout coule en permanence dans un flux de mosaïque. Tout au long de ce mélange d'images et de mots kaléidoscopiques, vous croiserez des joueurs de basket, des mouettes sur écran géant, des formulaires administratifs, des groupes de heavy metal, des chats dans le jardin, des femmes endormies, des stations service, des nuages très rapides et d'autres super lents, des touristes anglaises, des tableaux de Claude Monet? et que l'on puisse extraire des pigments bleus des tournesols à drapeau, vous le saviez ...
Nombre de pages
88
Date de parution
20/11/2020
Poids
182g
Largeur
148mm
Plus d'informations
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EAN
9782877042222
Titre
Antidictionnaire des couleurs
Auteur
Mabille Pierre
Editeur
UNES
Largeur
148
Poids
182
Date de parution
20201120
Nombre de pages
88,00 €
Disponibilité
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Pierre Mabille est connu surtout comme l'auteur du Miroir du merveilleux. Or en 1944, en exil à Mexico, il avait éprouvé le besoin de prolonger ce gros essai-anthologie par un texte bien plus bref qui en est aussi la synthèse.
Peut-on faire la liste de ce que l'on offre ? Comment organiser l'inventaire du désordre de nos objets, nos organes, nos émotions ? Arranger alphabétiquement le chaos du monde, comme une façon de faire le tri sans rien jeter. Excéder les limites en mettant l'infini de l'accumulation en route. C'est le paradoxe des listes alphabétiques, elles créent des hasards en rapprochant des choses éloignées dans l'espace et dans l'esprit, parce qu'elles ont une lettre en commun. Pierre Mabille par-delà les listes, cherche une forme. Une forme de légèreté, sur un fil, mais un fils tressés de mille autres fils qui se déploient simultanément : petits riens, tendresse, gravité, joie passagère, douceur, couleur, c'urs désabusés. Une foule anonyme, intime, parsème le livre, des solitudes au pluriel. Amants largués, dernières bières le soir, types qui perdent leur boulot, desperados oubliés dans le siècle dernier. Ou ce léger blues qu'on trimballe avec soi comme un vieux copain. Au-delà de ses variations textuelles, C'est cadeau est autant un livre de poète que de plasticien, les listes et les poèmes alternent avec des compositions graphiques, autour de cette forme anonyme, oblongue, qui est la matrice de l??uvre de Pierre Mabille. Une forme lisse, une forme liste, une forme monde. Une forme d'humanité. Tout s'entremêle, dans un dédoublement de soi et des autres. Dans une accolade donnée en cadeau.
Un homme se met en route pour un lieu qu'il ne connaît pas. Un autre revient. Un homme arrive dans un lieu sans nom, sans indication pour lui dire où il est. Un autre décide de revenir. Un homme écrit des lettres de nulle part, depuis l'espace blanc qui s'est ouvert dans son esprit. Les lettres n'arrivent pas à destination. Les lettres ne sont jamais envoyées.